Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 2026 02 05

    Pas moyen de trouver le chemin. Les mots se dispersent en millions de pensées fatiguées, dissipées. En tâches inaccomplies, en heures égarées. Alors l’acédie s’invite dans la danse. J’ai écrit un roman là-dessus, sur les chemins tortueux d’une cognition mal agencée qui éparpille la trame de l’action. Procrastination, évitements, errances stériles, recherche de stimulations bon marché dans l’espoir qu’elles suffiront à relancer la machine. À concentrer l’esprit. Tellement vain. Apaiser le système nerveux. Redescendre dans le bassin. Trier radicalement le bordel qui caracole dans ma tête. Toi tu attends, toi tu dégages, toi tu retournes dans ton coin, toi, ça peut être ton tour, toi non, du coup. Choix sans concession. Le temps manque. L’heure tourne trop vite quand on se débat avec son indécision. Gainsbourg chante ses textes incroyables tandis que je bafouille trois pauvres lignes inassouvies. Il y a des soirs comme ça.

  • 2026 02 04

    Une créature lubrique ! Sentez-la ! Sentez l’odeur de concupiscence qui se dégage de sa forme biscornue, qui suinte de ses sécrétions, de son cuir poisseux.

    Imagine ses contours. Imagine son corps. Un sexe énorme. Qui se masque devant tout le reste. Qui inonde tout. Monstrueux. Absurde. Une créature qui assume ça, sa nature hypersexuelle. Pas de honte. Pas le cliché du pervers replié sur lui, qui fuit la lumière. L’opposé de ça. Pousser ça au boute. Exacerber la… presque la fierté du truc. En faire une créature qui, d’abord, peut rebuter, mais qui finit par mettre en évidence nos propres pudeurs, nos automatismes, nos a priori individuels et sociaux face à l’image de notre propre nature sexuelle. Et puis dépasser ça. Dépasser ça pour trouver de la tendresse. Dépasser ça et voir la beauté dans le désir charnel. Quel défi ! Quel programme !

    J’ose ? J’ose incarner cette créature sur scène ? En public ? Lui prêter mon corps, lui prêter mon visage, mon nom ? L’ego en moi résiste. L’ego en moi dit « ça va pas la tête ! Tu vas me faire une réputation dégueulasse ! »

    C’est ça, le travail, ne pas inviter l’ego dans la décision artistique. Laisser mourir l’image de soi, atteindre la vacuité (無) pour pouvoir endosser un autre corps, une autre identité.

    À suivre

  • 2026 02 03

    Encore trop peu dormi. Accepté un dossier de dernière minute. Passé la nuit à le préparer. Je suis sur les nerfs ce matin. Cranky. Et le café n’arrange rien. Je gratte des jeux de hasard sans y croire, sans aucune justification rationnelle. Je gratte et je perds. Je ne suis même pas déçu, juste un peu plus blasé. Un peu plus cynique. Cinq crédits, c’est facile à justifier. C’est une non-dépense. Un non-événement. Une forme de compensation émotionnelle pour ma nuit sacrifiée. Si j’accepte ces dossiers, ce n’est pas par altruisme mais par nécessité. On en est tous là dans ce monde de grisaille où le capital écrase la masse. Gratter des interstices d’espoir sur lesquels appuyer notre survie. Cinq crédits, si ça devient une habitude, deviendront un problème. Moins que les frais de la banque. Depuis qu’ils ont supprimé l’argent papier, nous sommes prisonniers d’un système conçu pour nous rendre exsangues. Nous réduire à l’état d’enveloppes de chair vides de désir, toute pulsion de vie remplacée par une pulsion de consommation. Je préfère retourner dormir. Quelques minutes. Autant que je peux me le permettre. Autant que je peux m’en payer.

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  • 2026 02 02

    C’est l’heure d’un deuxième café. Easy listening. Easy drinking. Le soleil perce les nuages bleus. J’oublie qui je suis, mes mélodrames et mes complaintes. Il ne faut pas laisser la mélodie des médias plomber l’espoir et l’engagement. Pas sombrer dans l’à-quoi-bonisme. Lundi, c’est jour de repos. Lundi, c’est jour de clown. « C’est quoi, l’obsession de ton clown ? »

    Son obsession ?

    Je lis de la poésie et je ne comprends rien. Des fois ça me touche. Souvent, non. Comment choisit-on quels poèmes éditer ? Faut-il une sensibilité particulière pour être touché par un poème ? J’ai l’impression qu’il me manque une part d’âme, comme il manque des cônes ou des bâtonnets aux daltoniens. Ou plutôt qu’un manque, que ma configuration s’emboîte mal dans la configuration des poètes.

    C’est peut-être ça, mon obsession, détruire l’idée de norme. La remplacer par la multitude des singularités. Pour rêver un monde où l’on ne trouverait personne « bizarre ». Où l’on se contenterait d’ouvrir sa curiosité aux particularités de chacun·e. Où personne ne se sentirait menacé par les différences.

    J’ai perdu mes assiettes de jongle. Elles ont dû se glisser dans un des interstices que le réel laisse ouvert en permanence autour de moi.

    Je ne dis pas « je suis malade ». Je dis « mon organisme se réagence ».

    Je ne dis pas « je suis fauché », mais « je ne suis pas assez relié à ma vérité ». Qui n’est d’ailleurs pas la mienne, mais celle qui m’emprunte comme on emprunte une route.

    Trouver l’état de transe pour que surgissent les mots vrais. Où sont planquées ces assiettes ?

  • 2026 01 31

    Dans la confusion neuronale de l’épuisement, le système immunitaire débande. Sous le soleil indifférent de fin janvier — un mois s’est écoulé, déjà, de cette année d’apocalypse. Partout fleurissent les appels aux recrutements militaires. Les médias font pleuvoir leurs nécrologies pour la démocratie. L’ancien ordre mondial vacille et je tente, maladroitement, de semer un peu d’espoir, un peu de courage. Créer me paraît indispensable. Lutter en contrebalançant la pulsion de mort ambiante par un excès de pulsion de vie. Rire. Jouir. Danser. Célébrer les parcelles de nos existences comme autant de fragments de braise encore rougeoyante. L’art plutôt que la culture. La création sauvage, libre, punk, indisciplinée, plutôt que les objets commerciaux bien propres que le système accepte dans son giron. L’heure n’est plus à la politesse. Il est temps de hurler dans les rues.

  • 2026 01 30

    Un tunnel traversé en apesanteur.