Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 44. 209

    Rappel pour moi-même. Les 8000 nouveaux mots que j’ai écrits pour Isphelia il y 2 semaines ont été l’une des meilleures expériences de mon été. C’est pas que les mots aient été incroyables, c’est qu’écrire des histoires est ce qui me fait sentir à ma place. C’est ce pour quoi je suis fait, faut croire.

    Alors pourquoi m’en priver ? Pourquoi, sous prétexte que c’est difficile de trouver des lecteurs et de vendre des livres, me priver de ce qui me fait le plus de bien dans cette vie ?

    Pourquoi est-ce que je dépense autant d’énergie à me faire croire que ça n’en vaut pas la peine ? Que ça n’intéresse personne ? Que c’est du temps perdu, alors que je n’ai jamais tant l’impression de perdre mon temps que quand je n’écris pas ?

    Chaque minute passée sans écrire est une minute à attendre de m’y remettre. Et je ne parle pas d’écrire n’importe quoi. Par exemple ceci ne compte pas. Je parle de plonger dans mon imaginaire et d’en revenir avec une histoire ou un fragment d’histoire, avec des personnages et un monde, avec des émotions et des espoirs.

    Qu’y a-t-il de plus magique que de donner forme à ce qui n’existait pas avant ? Qu’y a-t-il de plus magique que de faire communiquer nos imaginaires par le truchement des mots posés sur la page. Je n’écris plus pour être compris mais pour rêver à voix haute et vous embarquer dans mes rêves.

    J’ai dépassé le stade où je m’identifiais à mes livres, où chaque histoire devait endosser l’ensemble de ma vérité. Au lieu de ça, je laisse chaque histoire porter la sincérité d’une part de moi ou du monde. Un extrait, une petite étincelle grossie au microscope, prenant toute la place le temps d’un récit.

    Je n’en peux plus d’attendre pour écrire de nouvelles choses. Le deal, c’était de finir les textes en réécriture avant de démarrer quelque chose de neuf. Je romps le deal. Je suis malheureux dans le deal. Je trouverai la routine qui me permettra de finir les textes en attente tout en explorant de nouvelles choses. L a Bête en moi, celle qui fabrique des rêves et me les confie pour que je les change en mots, est sur le point d’exploser. Je dois la libérer de l’excédent d’images et de sensations qui lui écrase la trachée.

    Peut-être, rien n’est sûr, que cet espace, ce « journal », va recommencer à accueillir des fictions flash. À suivre…

  • 44. 205

    Trouver de la joie.

    Regarder le beau.

    Créer de l’apaisement.

    Semer du bon.

    Random acts of kindness (that no one has to know about).

    Avoir des conversations inconfortables.

    Réparer ses torts.

    S’occuper de son jardin.

    Tenir sa maison.

    Respirer.

    Méditer.

    Que des actions intentionnelles, conscientes, choisies.

  • 44. 201

    Je n’écris pas en ce moment, je réécris. Enfin, c’est presque vrai. Je viens d’écrire 8000 mots de nouvelle fiction. C’est presque l’exception dans cette année consacrée à clôturer les projets en souffrance.

    C’est un travail invisible, difficile à mesurer. On ne compte pas la réécriture en nombre de mots ou de pages, mais en qualité gagnée sur une scène, sur une phrase. Ça ne se voit pas sur ce blog, qui est composé exclusivement de premiers jets.

    C’est une frustration particulière que celle de ne rien initier de neuf, que de travailler sur l’existant. Il manque l’excitation des débuts, l’étincelle de tous les possibles. Alors mon cerveau cherche à tricher. Il me propose de tout remettre à plat dans le projet. De tout dézinguer pour repartir de rien. Petit malin, tu ne m’auras pas comme ça.

    Heureusement, il y a le clown, qui est un espace relativement vierge, qui me file des piqûres d’adrénaline, de sérotonine ou, disons-le simplement, le kif de la nouveauté.

    En même temps, je sens bien que je retarde le moment de finir tous les projets. Il y a le vide derrière. Ça me fout le vertige à l’avance. Et puis il y a le labeur de parler des œuvres, de construire un discours pour les rendre attirantes et séduire les lectrices. Et celui de trouver les maisons à confier mes mots.

    Ou celui de décider de tout porter moi-même parce que fuck les intermédiaires, parce que je suis impatient, parce que le système s’effondre, parce que le rejet ça va, mais dans une certaine mesure, et que je n’écris pas des choses ostensiblement commerciales.

    C’est une excuse, hein, pour pas me sortir les doigts avec ma communication. Je fais deux trois trucs, histoire de dire que je ne fais pas rien, mais sans conviction, sans engagement, sans régularité ni prise de risque réelle. Alors, il faut me secouer et me mettre en mouvement, maintenant. Ce sera l’axe de la deuxième moitié de l’année.

  • 44. 196

    Août est une page blanche. Un nouveau départ. Le calendrier s’offre à moi dans toute sa virginité, prêt à accueillir écriture et accompagnements de projets.

    Je chasse de mon esprit les voix du doute et de l’anxiété. Je me concentre sur le fait d’être ancré dans le monde, dans mon corps. De me sentir centré.

    J’agis.

    J’entre dans le faire, même quand « faire » ressemble à : méditer, respirer, rêvasser, marcher pour laisser affleurer les idées.

    Apprivoiser un rythme, développer la routine qui l’accompagnera. Développer ma résistance face à la paresse et aux échapatoires.

    Ma grande crise existentielle n’est pas nouvelle. Comme l’a dit mon père : « tu as toujours été en crise, non ? »

    La renommer.

    C’est peut-être moins une crise que mon inadéquation avec le monde. Mais à un moment, il faut y agir, dans le monde, si l’on veut vivre. Alors je publie et j’écris et j’encourage les autres à le faire.

  • 44.191

    Revenir au corps. Réinvestir chaque cellule. Retrouver les sensations dont l’esprit suractivé, surstimulé, s’est coupé à cause du stress, de l’anticipation, de la gestion de l’urgence dont il a choisi de s’occuper cette fois-ci.

    Apprendre ces sas de retour à soi et à sa justesse intérieure, celle d’où peuvent émerger les rêves et les mots. Sans elle, les mots ne sont que bouillie mentale, dépourvus de poésie, qui est le regard fin posé sur le monde. Sans elle, les rêves sont confinés au possible. Sans elle, les histoires ne sont que commentaire du réel.

    Or créer c’est élargir le monde, ouvrir les possibles, s’attarder sur un instant pour le mettre en expansion, tel un petit univers de poche.

    Revenir au corps, donc. Respirer, s’allonger au soleil, se caresser, écouter, jouer à nommer les senteurs que l’air fait cabrioler sous nos narines, vibrer.

  • 44. 189

    Un peu plus de patience dans le ton ne serait pas de trop.

    Tiens, ça me serre encore dans le ventre. Quelque chose de la pression mentale des autres.

    L’incompréhension quand on me déverse des flots de paroles sur la tête et que je cherche le sens opérationnel des informations mais la personne en face prend un million de détours, me noie de détails inutiles. Get to the point, please, you’re hurting my brain.

    Si je ne réponds pas quand on frappe, quand on m’appelle, ce n’est peut-être pas que je n’entends pas, c’est peut-être une manière de répondre que je ne suis pas disponible. Alors, tu insistes ou tu captes le message ?

    Face à l’envahissement de mes espaces invisibles (espace mental, espace créatif), je m’efforce de garder mon calme. L’effort de concentration, vu de l’extérieur, ne laisse rien voir de la lutte intérieure, de l’énergie dépensée et investie par le sujet. De dehors on ne voit qu’un corps immobile. La concentration n’est pas caricaturale, elle ne plisse pas le front. Elle s’appuie sur la détente corporelle. Un corps en tension se fatigue et capte des ressources dont l’esprit a besoin pour sa concentration.

    Aucun degré de communication ne semble suffire à faire intégrer à l’entourage que l’immobilité du corps, son apparente décontraction n’est pas synonyme de disponibilité. Quand vous m’interrompez, ce qui pour vous paraît anecdotique, est pour moi le risque de perdre définitivement un fil volatile. Chaque once de mon attention qui est demandée par l’extérieur met en danger une matinée entière de travail.

    Je ne comprends pas que ce soit si dur à percevoir. Est-ce si facile pour vous de trouver votre concentration ? De la retrouver ? Ou travaillez-vous plus en surface, sur des pensées plus solides parce que mûries depuis plus longtemps ou est-ce une spécificité de ma cognition qui serait moins agile que la vôtre ?

    Quelle qu’en soit la raison, j’ai besoin de protéger et de défendre mes efforts de plongée en intériorité. Ne m’arrachez pas de mes profondeurs avec des questions qui concernent le monde de la surface sans m’offrir de sas de décompression.

    Je suis comme un plongeur des abysses. Je ne peux pas remonter d’un seul coup.