J’aime collecter des informations. Quand j’ai fait le test du Strength Finder, « Input » était parmi mes 5 premières forces. J’aime les mettre dans des tableaux et faire de jolis graphiques qui me donnent des statistiques. La plupart du temps, même s’il y a un aspect méditatif à cette pratique, j’y vois une forme de procrastination, mais j’en viens de plus en plus à me dire que penser ça est une forme d’évitement. C’est un travail laborieux que de collecter et d’organiser. Cela prend du temps et savoir quoi faire des données me force à me creuser le cerveau, cerveau qui préfère généralement lancer un jeu ou regarder un épisode de série. C’est aussi parfois douloureux de regarder la réalité objective en face. Constater que j’ai perdu ma pratique du dessin, ou que je n’ai pas écrit autant que l’année X, me rappelle à l’ordre avec froideur.
À l’inverse, je peux avoir de bonnes surprises et découvrir par exemple que, sur ce blog, j’ai écrit, en quantité, l’équivalent d’un petit roman sans ressentir d’effort ni me rendre compte de l’ampleur de ce que j’écrivais. En moyenne, depuis janvier, un post tous les deux jours, d’une longueur de 265 mots. Ça s’additionne. Et ça s’additionne sans me demander d’autre rigueur que de commencer ma journée ici. Ce qui n’était au départ qu’une pratique d’échauffement et un espace d’expérimentation stylistique (que j’ai un peu perdu au passage) ouvre la porte vers une nouvelle manière d’aborder l’écriture longue.
Je savais que la régularité et l’abaissement de la barre étaient moteurs de réalisation de projets ambitions, mais j’avais du mal à baisser la barre suffisamment bas. Je suis motivé par l’intensité de l’effort. J’aime entrer dans un tunnel créatif, vision laser, ne voir que le projet pendant quelques semaines, trimer dur et passer à autre chose derrière. Alors il y a toujours dans mes routines quelque chose d’un défi. Mais pour d’autres personnes, cette intensité n’est pas tenable. Beaucoup des autrices que j’accompagne sont déjà surchargées de contraintes et ont besoin de la pratique d’écriture la moins invasive possible.
C’est comme une porte qui s’ouvre, un exemple qui vient conforter une hypothèse mathématique. Et elle s’ouvre grâce à mon hobby de collecte.
Je n’aime pas l’approximation. Je n’aime pas ne pas savoir ce qui est à l’œuvre dans ma réalité. Je trouve déjà que mes moteurs internes sont une boîte noire, et j’ai déjà constaté que ma perception de la réalité était toujours floue/tordue/imprécise. Trop émotionnel, je tends à me baser sur ce que j’ai ressenti. Une session d’écriture difficile me paraîtra mauvaise et insuffisante, une session d’écriture où j’aurai eu le sentiment de m’amuser me paraîtra super bonne. Mais pas juste la session, son résultat. Or, il n’y a pas de corrélation entre ce que je ressens en écrivant et la qualité du résultat.
Objectiver ma pratique m’aide à me détacher de mes impressions et à regarder en face ce dont le projet a besoin. C’est valable dans mes relations, dans ma parentalité, dans mes loisirs. Comme j’ai tendance à vivre dans le monde des possibles et dans une forme d’idéalisation de mes projets, j’ai besoin de me rappeler consciemment de la valeur de ce que je fais au quotidien. Sinon, je finis par vriller, abandonner des projets qui avancent bien mais que je panique de ne pas avoir déjà fini, et me créer des obstacles inutiles.