Blog

  • 44. 179

    Le réel a souvent pour moi une dimension à la fois décevante, inquiétante, excitante, un mélange de « ce n’est que ça » et de « c’est tout ça ». J’oscille de l’un à l’autre, dévoré par une sorte d’idéal impossible. Mon imagination hyperactive m’ouvre de nombreux portails vers d’autres mondes. Je ne m’y perds pas, en général, même si cela me demande d’arpenter un fil étroit.

    Une vie passée dans les histoires tend à brouiller la frontière de la réalité. Surtout quand ton métier c’est de prendre un rêve et de lui donner une forme physique. Les histoires que j’ai publiées font désormais partie du tissu de la réalité. Elles vivent dans les souvenirs de leurs lectrices, les personnages sont gravés dans un coin de leur exitence.

    Ligne après ligne je tente d’insinuer des idées, des souvenirs, des sensations, des émotions, dans le tissu du monde. J’espère que ce sont ajouts de beauté plutôt que de détresse. De la douceur, un sentiment d’acceptation.

    Quand je perds le sens du réel, je retourne dans le monde. Je m’occupe de quelque chose de très terre à terre comme de faire un repas ou de régler un truc administratif.

    Méditer, travailler les bases de mon butō, du qi-gong, du clown, y contribue aussi.

  • 44. 178

    La chaleur ralentit ma pensée. Juillet piétine mon cerveau. Je me tiens loin de l’actu broyeuse de volonté. Tente de me construire de l’espoir. À l’automne, la fin du monde sera remplacée par les urgences de la rentrée et les conversations reprendront des airs quotidiens. Nous minimiserons les chaleurs et les inondations. Nous nous préoccuperons d’étouffer notre anxiété plutôt que de construire un avenir apaisé. Ça prendrait de la patience, la capacité de retarder notre satisfaction, de vivre avec l’inconfort de l’incertitude pour nous sentir apaisés.

    L’art est une bonne école pour ça. Repérer des lignes de tension et les entretenir. Jusqu’au bout ne pas savoir si ça tient, comment ça peut tenir, jusqu’où ça résiste. C’est ça, créer. Ça vaut aussi pour une société, une amitié, une vie dont on soit fier. Je sais pas si je serai jamais fier de la mienne, je suis trop révolté contre le réel. C’est comme ça. Il faut que je relise Camus. Que je me souvienne que ce qui a du sens, c’est ce qui nous éloigne du suicide.

    Je n’ai que ça, alors, des choses qui ont du sens. Reste à trouver la joie.

  • 44.174

    Hier, chez les copains du Médoc, j’ai chaussé le nez, encore, sous la chaleur.

    Aujourd’hui j’ai besoin de me recentrer. M’adapter consciemment à la course du mois et à ses spécificités.

    Toujours ce sas entre deux élans, cette reprise de souffle avant la prochaine plongée.

    J’en suis où ? Je vais où ? Instruments de navigation à la main, j’interroge les étoiles, je reporte leur course sur ma carte, compare avec mon cap, vérifie que mon horizon est toujours le bon.

    Dans ces périodes de grosse fatigue, c’est pas le plus évident à faire. Je remets en question toutes mes directions, je caresse l’idée de faire demi-tour, de faire marche arrière ou de juste jeter l’ancre là et ne plus bouger. C’est pas si mal ici, le ciel est beau, l’océan accueillant, les poissons en abondance, mais ici ça n’est pas là-bas, ici ça n’est plus être, c’est subir le mouvement.

    Au moins, quand je navigue pour ailleurs, je peux justifier de me faire rincer par la tempête. La traverser est nécessaire pour arriver. Tu me diras, je pourrais justifier d’essuyer une tempête ici en me disant que c’est la condition pour y rester, mais je sais pas, ça fait pas le même effet. Quand t’es installé, il y a tout de suite un sentiment de propriété qui émerge et l’arrogance de vouloir contrôler l’état de mon morceau de pré. « Vanité des vanités ».

    Alors je reprends mes instruments et je vérifie être bien dans l’axe mon horizon.

  • 44. 167

    Instant suspendu. Ma respiration gonfle mon ventre et le dégonfle. Les oiseaux discutent de l’autre côté de la fenêtre. Souvenir de l’air enveloppant tiède mon visage et mes bras, sur le scooter. Souvenir de l’eau glacée de la douche.

    Les mouvements de mon univers m’interpellent. M’intriguent. Il se joue là des choses qui échappent à la logique matérielle.

    Le travail commence.

  • 44.163

    Après avoir liquéfié, la brise fraîche me glace. La musique m’isole. Mon calendrier, à ma droite, couvert de rectangles fluos qui scandent les rendez-vous de l’été. Échéances, ateliers, livres à finir, famille à visiter. Après le rush de juin et une semaine de récupération bienvenue, j’aborde la deuxième moitié de l’année avec sérénité. Reposé, les neurones disponibles, je dessine les contours d’une pratique à expérimenter : ramener du zen, ramener du corps, me concentrer sur la pratique comme véhicule d’éveil, comme espace de croissance et de méditation. Pleine conscience. Présence fine. À l’écriture. Au dessin. Au rangement. À la marche. Prendre appui sur la pratique pour consolider mon intériorité que je sens fragile depuis quelques mois (semaines ?). La pratique, c’est quelque chose qui n’est jamais acquis, que l’on répète et à quoi l’on se confronte de façon récurrente. Pour l’instant, remplir un dossier d’aide à la création pour espérer respirer et pouvoir créer sans pression matérielle. Ensuite, accompagnements, atelier, clown. Les semaines se remplissent avec fluidité. Bientôt, je vais devoir recommencer à dire « non » aux nouvelles opportunités qui se présenteront. Je serai à pleine capacité. Déjà, il me reste peu de marge.

  • [CDD] Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

    [CDD] Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

    * cliquez ici si vous préférez lire ce message dans votre navigateur *

    Si ce mail vous est utile, vous pouvez le transférer aux auteurs de votre entourage ou m’offrir un café.

    ***

    Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.

    Atelier ce dimanche : il reste des places

    Des radiologues, pourtant experts, passent à côté d’un tiers des anomalies indicatrices d’un cancer du poumon. En cause, la manière dont les informations transitent de notre perception visuelle (la manière dont la lumière frappe notre rétine) à notre cortex préfrontal (où se construisent nos interprétations conscientes de ce que nous voyons).

    Une équipe scientifique s’inspire de la vision des pigeons, meilleurs en perception et traitant l’information sans la filtrer. Plutôt que de limiter les informations visuelles qui montent à leur conscience, les pigeons trient en effet les données en grandes catégories abstraites (de type « nourriture », « danger », « rival », « abri », j’imagine).

    Les scientifiques ont entraîné les pigeons à repérer les anomalies sur les radios et les pigeons se sont révélés être d’excellents détecteurs à affections pulmonaires. La prochaine étape, repérer les réactions subliminales des radiologues (en filmant leurs pupilles, notamment) pour les aider à prendre conscience de ce qu’ils voient mais que leur cerveau ne prend pas en compte.

    Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

    Pourquoi je vous parle de cette étude ?

    Parce qu’en écriture, il se passe la même chose.

    Vous avez une connaissance subliminale de votre histoire. Vous avez suffisamment lu et entendu d’histoires pour reconnaître une histoire qui fonctionne, un texte qui emporte un lecteur.

    Vous avez une intuition assez construite de l’histoire que vous voulez raconter, de ses personnages, de ses tenants et aboutissants, pour écrire un livre qui nous embarque.

    Mais entre cette connaissance intuitive et votre conscience, un tri s’opère à votre insu, qui vous fait passer à côté d’une grande proportion des solutions d’écriture grâce auxquelles vous pouvez transformer un simple texte en texte satisfaisant.

    Il y a, entre l’histoire que vous voulez raconter et le regard que vous portez sur vos textes, une myriade de couches de jugements, autocensures, comparaisons, doutes, qui ne servent pas l’écriture.

    Passer d’un regard descendant sur le texte à regard remontant depuis le texte

    Ma spécialité, depuis bientôt 20 ans que j’accompagne des auteurs et des autrices, c’est de déplacer le regard de vous vers le texte.

    Quand le regard est fixé sur vous, la question subliminale à partir de laquelle vous travaillez, c’est « Qu’est-ce qu’on va penser de moi en lisant mon texte ? ».

    La conséquence : vous regardez le texte de haut, à distance.

    Le glissement de regard que je propose consiste à travailler à partir de la question : « Quelle décision d’écriture est le plus au service de ce texte ? »

    Depuis cette posture, vous laissez le texte vous dire ce dont il a besoin, sans jugement ni distance.

    En changeant la question, le regard s’ouvre. Vos intuitions cessent d’être bloquées à la porte de votre conscience, et vous pouvez écrire avec justesse et efficacité.

    Ce dimanche 28 juin, de 15h à 19h, j’anime un atelier pour expérimenter ce glissement.

    Nous partirons d’un texte que vous écrirez en début de séance ou avec lequel vous arriverez, et vous apprendrez à formuler ce qui ne va pas encore dans ce texte.

    À partir de là, vous choisirez un axe de retravail, et un seul. Vous fixerez plusieurs éléments du texte et réécrirez à partir de l’axe que vous aurez choisi.

    Quand votre texte ne vous satisfait pas, comment trouver le premier axe d’amélioration ? Comment gagner de la capacité d’action sans repartir d’une page blanche ?

    Ce sera dimanche 28, de 15h à 19h. Vous repartirez avec une manière simple d’entrer dans vos textes. Inscriptions par retour de mail ou sur :

    https://anaelverdier.thrivecart.com/entrer-dans-le-texte/

    Anaël « tout est question de regard » Verdier

    PS : même si vous ne participez pas à l’atelier, essayez de repérer les moments où vous vous placez en juge de votre texte, et ceux où vous laissez le texte vous souffler la direction à suivre.

    Autres actus :

    Ma dernière vidéo : Comment Transformer vos Nouvelles en Roman (et éviter de vous perdre dans un projet trop vaste)

    video preview

    Retrouvez mes autres conseils d’écriture sur Youtube.