2026 02 02

C’est l’heure d’un deuxième café. Easy listening. Easy drinking. Le soleil perce les nuages bleus. J’oublie qui je suis, mes mélodrames et mes complaintes. Il ne faut pas laisser la mélodie des médias plomber l’espoir et l’engagement. Pas sombrer dans l’à-quoi-bonisme. Lundi, c’est jour de repos. Lundi, c’est jour de clown. « C’est quoi, l’obsession de ton clown ? »

Son obsession ?

Je lis de la poésie et je ne comprends rien. Des fois ça me touche. Souvent, non. Comment choisit-on quels poèmes éditer ? Faut-il une sensibilité particulière pour être touché par un poème ? J’ai l’impression qu’il me manque une part d’âme, comme il manque des cônes ou des bâtonnets aux daltoniens. Ou plutôt qu’un manque, que ma configuration s’emboîte mal dans la configuration des poètes.

C’est peut-être ça, mon obsession, détruire l’idée de norme. La remplacer par la multitude des singularités. Pour rêver un monde où l’on ne trouverait personne « bizarre ». Où l’on se contenterait d’ouvrir sa curiosité aux particularités de chacun·e. Où personne ne se sentirait menacé par les différences.

J’ai perdu mes assiettes de jongle. Elles ont dû se glisser dans un des interstices que le réel laisse ouvert en permanence autour de moi.

Je ne dis pas « je suis malade ». Je dis « mon organisme se réagence ».

Je ne dis pas « je suis fauché », mais « je ne suis pas assez relié à ma vérité ». Qui n’est d’ailleurs pas la mienne, mais celle qui m’emprunte comme on emprunte une route.

Trouver l’état de transe pour que surgissent les mots vrais. Où sont planquées ces assiettes ?