(Sloan Lucas, Je pense)
Journée en suspension à mi chemin entre écriture et travail scénique. À la troisième tentative, je réussis presque le café. Recette à affiner. Quantité de mouture, température de l’eau, temps d’infusion entre les versements, température de dégustation. Trop de variables pour réussir à chaque fois avec ma précipitation et ma paresse, mais quand c’est réussi, qu’est-ce que c’est chouette ! On est loin des capsules cramés à la pression expresso. Quand je prends le temps, les choses ont du goût. Il y a là une leçon de vie mal dissimulée que je n’écoute pas vraiment.
Je lis Emma Becker et des manuels d’acting, je me demande encore ce que je veux faire quand je serai grand, j’ai l’impression de débuter ma vie alors que j’en ai déjà trois ou quatre dans les talons. Je n’ai jamais eu autant d’énergie pour faire les choses, jamais autant eu faim de la vie, jamais autant désiré de repousser l’horizon. Rien n’est serein là-dedans et c’est très bien. Mon axe, c’est le mouvement, le risque, l’audace de plonger dans le dense de l’existence. Ça ne se traduit pas toujours par une réussite visible. Souvent, ça ressemble même à une défaite.
Ne pas s’arrêter à cette semblance, parce que la vérité est multiple et plus vaste. Ce qui range le monde en catégories figées, en défaites/victoires, par exemple, est une toute petite lentille étriquée qui nous enferme dans un monde tout petit alors qu’il est en réalité vaste et rempli de possibles. Alors, pour tordre les paroles de la chanteuse, même si je pense qu’on va perdre, je vais le faire.