Catégorie : Statut

  • Entre-deux

    Entre deux projets, il y a le vide. Le vide et l’attente. C’est une attente qui n’a pas de visage, pas de forme. On attend. « Qu’attends-tu ?
    —Je ne sais pas.
    — Comment sauras-tu que tu as fini d’attendre ? »

    Haussement d’épaules. Je le saurai parce que je serai à nouveau entraîné par l’évidence de la clarté, comme un élan qui m’emportera et donnera sens au quotidien.

    En attendant, je savoure les petites choses. Réparer un four, regarder la pluie tomber, écouter le chant des oiseaux, apprendre de nouvelles choses. J’ai conduit un scooter pour la première fois le mois dernier, et je me suis mis au Kung fu, comme Marina dans Semaines Père.

    Recommencer à écrire. Même pour dire que je n’ai rien à écrire — alors que j’ai tant à écrire ! Plus d’histoires que je n’arrive à en produire !

    Je cherche quelque chose comme une justesse qui n’existe pas. Ou plutôt, qui existe mais en mouvement constant. Elle s’éloigne, se rapproche, s’éloigne à nouveau. Je ne cherche plus à l’atteindre. J’apprends à ne plus la convoiter. À accepter ce qui se présente et à l’apprécier. Les histoires vivent ensuite leur vie avec les lecteurs.

    Dans cet entre-deux, ce n’est pas la justesse que j’attends, c’est le prochain élan sur lequel elle cherchera à se greffer. C’est comme un état de flottement que je peux accompagner d’une réflexion consciente, de décisions intentionnelles : qu’ai-je envie de créer maintenant ? Où est le prochain défi que je veux relever ?

    Après avoir fait sauter plusieurs des verrous qui gardaient ma créativité enchaînée, vers quelles expériences ai-je envie d’aller ?

    C’est tout l’enjeu de cette rentrée.

  • 2023 08 17

    23088 mots en 12 jours.

    De grandes étendues de nature où me dépenser après mes intenses séances d’écriture.

    Encore 12 jours. Midpoint de ma retraite (pas du projet, là, c’est le dernier sprint. 5 mois de travail non stop, 20 épisodes par mois à part en juillet où je n’en ai écrit que 10.)

    C’est la première fois que je porte un projet d’une telle ampleur. Tout ce qui a précédé m’a préparé à pouvoir l’honorer.

    Midpoint aussi de ma vie. On le sait depuis 18 mois, que je suis en brouillon.

    Je n’ai jamais été aussi proche de vivre ma vie telle que je la rêvais.

    J’ai commencé comme ça, par une année sabbatique. 9 mois consacrés à la rédaction de mon premier roman. Full time.

    Maintenant comme à l’époque, ça ne suffit pas.

    Maintenant, contrairement à l’époque, je ne suis pas excité à la perspective de ma carrière qui commence, un peu fier, un peu inquiet.

    Maintenant, je suis un peu blasé. Je fais le job et je me dis que je commencerais bien autre chose. Une autre carrière. Moins sédentaire.

    À l’origine, le rêve c’était un mélange de création et de voyage. Corto Maltese comme avatar de l’homme que je cherchais à devenir.

    Il paraît qu’on me voit comme l’aventurier que je rêvais d’être. À cette nuance près que mes voyages sont immobiles, mes explorations intérieures et relationnelles, mais essentiellement statiques.

    Alors j’ai décidé de foutre en l’air le château de carte. Je vends tout.

    Je donne tout.

    Je commence autre chose.

    Je n’arrête pas d’écrire mais je démarre une nouvelle carrière. Quelque chose où je serai à nouveau débutant. Où j’ai tout à apprendre. Le savoir-faire comme le savoir-être. Une carrière avec un horizon large large large. Du boulot à la pelle et de vastes perspectives d’évolution. Vastes au sens où les embranchements possibles sont nombreux. Ce qui laisse beaucoup de place à l’aventure, à la découverte, aux fausses pistes, aux retours en arrière.

    Ça me rappelle l’une des deux histoires qui a marqué mon enfance : Le Piège à Ennui. C’était l’un de ces petits « romans » jeunesse publiés dans des périodiques mensuels. L’histoire d’un roi qui avait tout. À qui l’on faisait cadeau d’un Piège à Ennui perpétuel. Il s’agissait d’une Quête. La quête d’une fleur qui n’existait pas. Toute sa vie, le roi échoue. Il expérimente. Il passe à côté. Il apprend la botanique et les greffes, il délaisse ses anciens jouets pour se consacrer à cette recherche.

    Finalement, dans son vieil âge, il réussit et décide que, maintenant, il est prêt à s’ennuyer.

    Bon. Cette nouvelle carrière c’est mon piège à ennui. J’ai déjà tout ce que je voulais.

    Je fais partie d’une génération qui a été encouragée à suivre sa passion, à structurer sa vie autour de sa passion.

    Nos parents étaient passés à ça de le faire. Ils avaient découvert qu’ils avaient le droit de rêver leurs vies mais tout restait à inventer : comment fait-on ça, « rêver sa vie » ? Ils ont essuyé les plâtres et nous ont confié le plan. À nous de bâtir la machine.

    Peu importait la validation sociale, la réussite financière, mieux valait une vie épanouie de bohème qu’une réussite sociale vide de sens.

    Ce qu’ils ignoraient. Ce que nous avons découvert, c’est que la passion ne suffit pas. Ce n’est pas qu’elle ne dure pas. Je suis plus passionné par mon métier aujourd’hui que je ne l’étais à 20 ans. C’est quelque chose comme … une étincelle a été cultivée en nous. L’étincelle qui pousse à chercher, fabriquer, rêver, traquer, désirer toujours l’état de passion.

    Pas le résultat de la passion.

    Pas la pratique passionnée.

    Non, la recherche elle-même est devenue notre objectif.

    On a un moment de désarroi quand, en plein dans la réalisation de notre rêve, en plein dans notre vie idéale, on se rend compte d’un désir qui nous taraude : « qu’y a-t-il de l’autre côté de la prochaine butte ? »

    On se dit « il y a un problème. Je devrais être content d’être arrivé là ».

    Le secret est de réaliser que cette aspiration perpétuelle n’est pas le problème, c’est la réponse.

    Vivre c’est désirer, et réciproquement.

    Cesser de chercher la satisfaction, se réjouir de la recherche.

    Finir les projets, s’investir dans ce que l’on entreprend, bien sûr, et emporter tout ça avec soi comme un bagage du cœur sur les chemins de traverse qui nous mènent de l’autre côté de la prochaine butte, justement.

    Bref. Je change. J’accepte cette voix qui appelle en moi, qui appelle la nouveauté, qui appelle la découverte, le renouvellement de moi. Cette voix qui s’appelle passion. Cette voix qui s’appelle désir. Cette voix qui dit « je vis ! »

    Ce projet, c’est un secret.

    Je le préserve comme une braise qu’il ne faut pas exposer aux quatre vents sous peine qu’elle s’éteigne.

    Le temps venu, je soulèverai les pans du mystère.

    En attendant, j’ai un roman à terminer.

    Projet Alfred : 86/100.
    Dehors, d’où je tape ces mots : la montagne, le soleil couchant qui me caresse la joue, l’odeur de la mousse et du pin trop sec.

  • 7.8.23

    Les semaines se suivent sans se ressembler. Quelle aventure que cette écriture marathonienne.

    Longtemps que je n’ai plus eu envie d’écrire ici. Pas seulement un manque d’envie mais un repli de l’écriture sur elle-même. Peut-être qu’elle était plus dure, qu’elle avait besoin de mûrir dans son coin. Peut-être, simplement, qu’il y avait trop de poids sur mon esprit et que je n’avais pas l’espace pour, en plus, penser. Je ne prétends pas comprendre ce qu’il se passe en moi.

    J’ai commencé ce projet à la montagne il y a 6 mois. Je suis de retour, installé sur la même banquette, pour le finir.

    Isolé mais pas trop. En retraite pour le sprint final de la rédaction. Ensuite viendra le travail éditorial puis ce sera le grand vide.

    De ce temps un peu fou ne resteront que quelques mots sur des pages virtuelles, quelques émotions qui traverseront la vie d’inconnus. Je passerai à autre chose.

    J’ignore quoi. Le grand large.

    Cette semaine, l’Éveil de Shakti ressort sous label Vivlio Studio.

    Je l’aime tellement cette histoire ! Elle condense mon obsession pour les relations non conventionnelles, pour la sagesse du tantra, pour la vraie inconditionnalité de l’amour, pour l’exploration amoureuse et intime, pour l’épanouissement par la sexualité décomplexée, libre et joyeuse.

    C’est un livre sur le tantra, un peu. C’est surtout une histoire de rencontre avec soi-même pour mieux rencontrer autrui.

    C’est une histoire qui raconte la beauté des frictions.

    Aujourd’hui j’ai été ému jusqu’à fleur de cœur par le plus récent texte d’Élodie Lauret.

    J’y ai retrouvé la douceur de la nostalgie joyeuse, celle qui célèbre le passé qui est le chemin qui nous a permis de devenir qui nous sommes.

    J’ai voyagé en la lisant au royaume de mes seize ans. Les rues enneigées de Montréal, les amitiés à la vie à la mort, les longues marches et les discussions plus longues encore à une époque où le monde nous paraissait infini et nos vies offertes au mystère d’un avenir aussi vertigineux qu’il était libre.

    Je retrouve ces sensations aujourd’hui, à 41 ans. Cette sensation que tout est possible, cette excitation d’une vie encore à construire. N’est-ce pas cela, le grand défi de l’existence ? Ne jamais cesser de rêver et de se mettre en mouvement pour la réalisation de nos rêves ?

    Allez, je retourne écrire !

    Projet Alfred : 71/100 (dernière ligne droite)

    Musique : Mandarine, Les Innocents.

    Dehors : il pleut sur la montagne silencieuse.

  • 5.7.23

    Après le chaos de l’année scolaire, l’apaisement des vacances estivales.

    La charge mentale s’effrite, ne laissant sur son passage qu’un sillage de miettes vite dispersées par la brise.

    Plus qu’un atelier et mon calendrier sera vide jusqu’en septembre. Un espace ouvert pour me reconnecter à mes projets. D’abord, finir Alfred. Je ne suis qu’à la moitié, qui est toujours un cap difficile à franchir pour moi, peu importe le projet, peu importe sa longueur ou sa complexité.

    Une fois que j’aurai franchi ce cap, ce sera plus fluide. C’est surtout psychologique.

    En août, je disparais dans les sommets pour mieux reparaître en Septembre, requinqué, j’espère, et plein d’idées pour les années à venir.

    Ces temps-ci, je rêve de fuite.

    Je m’invente de nouvelles carrières, de nouvelles destinations, de nouvelles envies, une nouvelle personnalité.

    Et puis je tombe par hasard sur ce livre qui, non sans ironie, se révèle être exactement ce que j’avais besoin de lire sans le savoir.

    Je ne suis pas sûr de pouvoir ni de vouloir apprendre à mieux « gérer » ma charge mentale. Je crois que ça me plaît d’être débordé. C’est mieux que de m’ennuyer. C’est aussi le signe que je tente des trucs. Parfois je ferais mieux de dire non mais la plupart du temps, je vis des aventures chouettes.

    Il y a des dégâts collatéraux, comme mon podcast, laissé en chantier en cours de route ou certaines amitiés pas assez solides pour survivre à mes tempêtes.

    Mais j’aime ça. Les tempêtes. Les sorties de tempête. Et l’œil de la tornade, ce moment comme maintenant, où tout semble apaisé alors que le chaos est là, juste là.

    Mes livres ressortent chez Vivlio Studio, c’est un grand honneur d’inaugurer cette nouvelle collection aux côtés d’auteurs aussi brillants.

    Tableau de bord du Projet Alfred

    Écrit : 51½/100

    Livré : 50/100

    Retard à rattraper : 13½/100

    Dehors : gris et petite pluie comme j’aime et une brise fraîche.

    Dans mes oreilles : le ventilateur de mon ordi.

  • 28.6.23

    Faire le vide pour faire de l’espace.

    Faire le vide pour y voir clair.

    Se débarrasser du superflu et du trop-plein accumulé par inertie et par paresse.

    Vider n’est pas facile. Les objets ont cette faculté à peser dans l’imaginaire : « je pourrais en avoir besoin » ou le sentiment nostalgique des circonstances dans lesquelles l’objet est venu à nous. Ou cette forme de nostalgie étrange qui consiste à regretter un usage qui n’a pas eu lieu.

    On a investi de l’imaginaire dans nos objets. On s’est projetés. Ils sont arrivés dans notre vie comme une bonne idée. On s’est projetés les utilisant. Et parfois cet usage n’a pas eu lieu. L’objet s’est retrouvé remisé. Pour une raison ou pour une autre, on l’a posé là et oublié. Les habitudes, parfois, sont dures à secouer, et ce nouvel objet n’a pas su les supplanter.

    Mais on reste attaché à ce qui aurait pu être. L’organisation qu’on aurait pu avoir. Les plat qu’on aurait pu cuisiner. L’histoire qu’on aurait pu lire. Les soirées qu’on aurait pu vivre. Qu’on pourrait encore vivre, avoir, cuisiner, lire… si seulement on s’y mettait. Si seulement on prenait l’habitude de ranger les documents dans les porte-documents au lieu de les entasser sur un coin de bureau.

    C’est illusoire.

    Le coin de bureau offre une praticité et une immédiateté que les bannettes n’ont pas. On se rend compte que l’on peut être organisé sans respecter les systèmes de classement. La règle ? que ce qu’on utilise le plus souvent reste à portée de main. Que l’urgent soit visible. Que les archives soient … quelque part.

    Je ne suis pas très attaché au passé mais je suis attaché à ce qui pourrait être.

    Faire le vide s’avère difficile pour moi parce que cela demande de couper les fils de mes vies possibles. J’essaie de me rappeler que c’est pour mieux ouvrir de nouvelles portes. Faire le vide offre de l’espace. Quand l’intérieur déborde de choses, l’intériorité étouffe. Elle se sclérose.

    Je rêve de mettre le feu à tout et de prendre le large. Juste pour retrouver le sens de l’espace et du possible. Rien de pire à mon cœur que de vivre une vie étriquée. Mais l’inertie est une force qu’on néglige trop et le côté étriqué de l’existence nous rattrape vite.

    Ma mère m’a demandé l’autre jour : « tu en as marre des contraintes ? »

    Ce ne sont pas les contraintes qui m’écrasent. C’est le repli de mon âme.

  • 23.6.23

    Dormir aide.

    Il y a un cycle qui s’installe : je bosse 12-13 heures par jour pendant 4-5 jours. Je m’effondre. Je dors pendant deux jours. Je redémarre. À peu près. C’est plus nuancé que ça mais c’est assez proche de la réalité. J’essaie de conquérir plus d’endurance. De faire durer plus longtemps ma capacité à tenir. Parce que je ne supporte pas l’idée d’avoir des limites. Parce que je déteste l’idée d’une vie équilibrée — plate, beige.

    Je continue, chaque jour, à me demander ce que je veux faire de ma vie. J’essaye de me représenter l’échelle de temps qui s’ouvre devant moi. Sauf accident majeur de la vie, il me reste quarante bonnes années. Soixante si je fais quelques efforts pour assurer ma longévité. Vivre 100 ans, ce serait fun.

    Disons quarante.

    J’ai regardé les vingt dernières années. Il y a vingt ans je finissais juste mon premier diplôme, une maîtrise de philo que je ne comprends toujours pas avoir eue. Je veux dire… je n’ai fait aucun effort. Bref. Je n’avais encore rien publié. Je ne savais même pas que le CEEA existait. J’étais de retour en France depuis à peine un an. Honnêtement, je ne pensais pas y rester si longtemps.

    Le monde était ouvert, une gigantesque opportunité, un espace à explorer et conquérir.

    Mes projets n’étaient pas très différents d’aujourd’hui mais je n’avais ni l’expérience, ni la technicité pour les réaliser. Écrire était un rêve, pas un vrai projet avec une échéance et un cahier des charges et une méthodologie solide pour l’accompagner.

    Vingt ans. Il s’est passé tellement de choses, j’ai vécu tellement de vies pendant ces deux décennies.

    Me dire que j’ai la même richesse sous mes roues m’exalte !

    Quand je me demande ce que je veux pour mes vingt prochaines années, il y a beaucoup de « je ne veux pas ça » et peu de « je veux ».

    Je ne veux pas que mes conversations portent sur les travaux et aménagements de ma maison. Je ne veux pas penser à ma maison. Je veux y dormir, y manger, y travailler et ne pas y penser. Je dis ça parce que je remarque beaucoup de conversations comme ça aux terrasses de café. Des conversations qui portent sur les matériaux, la couleur des peintures, les aménagements paysagers et les aménagements intérieurs. J’ai l’impression que les gens jouent aux sims avec leur vie.

    Je ne veux pas penser à mes vacances. Je ne veux pas que ma vie soit partagée entre « vacances » et « non-vacances ». Je veux qu’elle soit fluide. Si demain je ne veux pas travailler, je ne travaille pas. Si je veux partir un mois avec mon projet, je pars un mois et j’embarque mon projet.

    Je veux continuer à naviguer ma vie et mes projets selon mes propres règles et mes envies. Nomade de corps et de cœur.
    Je veux m’immerger dans mes projets. M’investir dans la réalisation de mes idées.
    J’ai vécu beaucoup des choses que je voulais vivre. En fait pendant cette première moitié de vie, tout ce que j’ai voulu vivre, je l’ai vécu. J’ai eu vingt années d’une richesse inouïe. Je veux vingt années encore meilleures !

    Et comme le temps a passé, que mes envies ont bougé — et que je ne sais pas encore complètement comment elles ont bougé — ça me prend un peu d’ajustement et de temps de savoir exactement ce que je veux maintenant, ce que je veux construire et comment.

    Alors comme à chaque fois je compare. Pas ce qu’untel a par rapport à ce que j’ai. Non, je compare les projets de vie : je me dis untel parle de sa maison et s’investit dans sa nouvelle cuisine. Est-ce que je veux ça ? Est-ce que ça me fait tripper ? Clairement, non.

    Ou untel dit qu’il faut de l’équilibre dans la vie. Est-ce que je veux de l’équilibre ? Qu’est-ce qu’il y a derrière cette question d’équilibre ? Une forme de sérénité et de sécurité. Est-ce que je veux de la sérénité et de la sécurité ? Une part de moi, oui, mais c’est à quel prix ? Est-ce que je peux apprendre à me contenter d’un besoin de sécurité moins important et en retour gagner plus de liberté ?

    Moi c’est mon truc, la liberté. Cette capacité à décider chaque jour de la manière dont je vais occuper mon temps. Peut-être que je vais décider 90% des jours de m’asseoir devant mon ordi pour coucher des mots sur un écran. Mais je vais le faire sciemment et par choix. Pour certains, la liberté passe derrière la sécurité. Ils disent « l’argent me rend libre » mais c’est uniquement parce que l’argent les libère de leur peur de manquer. Moi qui n’ai pas autant peur de manquer, je peux me sentir libre sans argent. J’utilise l’argent parce que c’est une conversation que j’ai beaucoup entendue ces derniers mois. Ça fonctionne avec le couple (quelle aberration que cette notion), avec la famille, avec le statut, avec la politique, avec la religion, avec tout ce qui nous définit.

    Enfin, je dis la liberté. Je crois que c’est la réalisation de projets. Je crois que ce qui me botte c’est de partir d’un ensemble de contraintes et de devoir créer quelque chose. Je crois que ça c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. Mais oui, la liberté créative. Le fait que les contraintes ne soient pas étouffantes.

    C’est ce que j’apprécie avec l’équipe derrière Alfred, c’est la liberté créative dont je dispose et la fluidité de la relation. C’est souple, c’est clair, c’est simple, c’est efficace, il y a une communication claire et directe, ils savent ce qu’ils veulent et ils savent le dire et je sais l’apporter.

    Par moments je freine sur ce projet parce que je n’ai pas envie que ça s’arrête. Rox m’a dit récemment « je ne t’ai pas vu autant épanoui depuis longtemps ». Ça m’a frappé parce qu’intérieurement c’est une lutte quotidienne. Contre les échéances, contre les doutes, contre la fatigue, pour trouver les mots, pour les agencer, pour tenir les fils des intrigues et des personnages, les émotions, l’univers, et le reste.

    Et en même temps c’est exactement ce que je veux : résoudre ces problèmes-là. Être aux prises avec ces considérations et ces défis.

    C’est ça, la grande question de l’existence : quels sont les problèmes que je veux résoudre ?

    Les gens aux terrasses veulent résoudre des problèmes domestiques et diplomatiques. Ils parlent de politique de bureau et de pergola.

    Je veux faire mon métier, ce métier formidable que j’ai choisi, qui me permet de passer beaucoup de temps seul et dans le silence, qui me permet de passer beaucoup de temps à écouter et raconter des histoires, parce que les histoires sont le meilleur moyen pour moi de faire sens du chaos et de faire sens du monde.

    Anyways. J’ai dormi 2 jours. Je suis d’attaque pour mon prochain sprint intensif.

    Alfred : livrable -> 45/100 | écrit -> 50/100