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* cliquez ici si vous préférez lire ce message dans votre navigateur * Si ce mail vous est utile, vous pouvez le transférer aux auteurs de votre entourage ou m’offrir un café. *** Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires. Bonjour, Écrire n’est pas une affaire de mental. Ce n’est ni la réflexion ni la logique qui font la puissance émotionnelle d’un texte. Ces aspects-là ont une importance si vous voulez créer un ensemble intelligible, mais ils ne sont pas déterminants. Je n’ai jamais rencontré un auteur qui se soucie que son livre soit compréhensible. J’ai, en revanche, rencontré des centaines d’auteurs qui voulaient écrire des histoires qui touchent leurs lecteurs. Ils veulent émouvoir, laisser une trace dans l’imaginaire de leurs lecteurs. Que leur livre devienne un doudou, un livre de cœur. Pour y parvenir, il faut écrire avec sincérité. La sincérité a peu à voir avec le contenu factuel de l’histoire, ou avec le fait que vous ayez ou non une expérience directe et personnelle de ce que vous racontez. La sincérité, c’est une affaire de présence. Êtes-vous présent à vous-même, à vos personnages, aux événements qu’ils vivent, et racontez-vous sincèrement ce qu’ils ressentent, leurs réactions même les moins nobles, leurs fragilités, leurs difficultés à faire face, leurs dénis, leurs colères, leurs joies ? Pour écrire de cette façon, cela commence par soi. Par vous. Vous avez besoin de vous relier à un état d’être particulier. De vous mettre dans un état de disponibilité pour ce que vivent les personnages. Le moment où la logique ou la censure ou le jugement intervient, vous avez perdu le fil. Recommencez. Cherchez l’émotion. Où se situe-t-elle dans votre corps ? Comment la reconnaissez–vous ? Comment pouvez-vous la retrouver ? Il ne s’agit pas de l’imiter, ou de la singer, au risque de tomber dans la caricature, mais de la convoquer en vous, pour écrire à partir d’elle. C’est en écrivant depuis l’émotion, qui peut se trouver dans votre gorge, dans votre plexus, votre ventre, votre périnée, dans le bout de vos doigts, que vous trouver la justesse du texte. La logique et le langage viennent en soutien. Ils sont l’écrin de l’émotion, ils la mettent en lumière et la font briller mais ne s’y substituent pas. Vous aurez toujours plus de force avec un texte maladroit mais sincère qu’avec un texte parfait qui ne dévoile rien des failles de votre intention. L’exercice est simple, ce qui ne le rend pas facile à réaliser : Chaque jour, connectez-vous à une de vos émotions. Celle de votre choix. Ressentez-la. Ressentez-la vraiment, dans votre corps. Elle doit changer quelque chose dans votre physiologie. Vous donner chaud, vous donner l’impression de vibrer de l’intérieur, vous glacer le sang, hacher votre respiration… Ressentez l’émotion et accompagnez-la. Observez comment elle réagit, si elle se déplace, si elle diminue, si elle se change en autre chose. Observez comment vous réagissez. Trouvez-vous cela inconfortable ? Avez-vous envie que ça s’arrête ? Ou au contraire, prenez-vous du plaisir ? Si vous y arrivez, jouez à amplifier puis diminuer l’émotion que vous ressentez. Transformez-la en autre chose, puis revenez à l’émotion initiale. Ces entraînements vous aideront pendant l’écriture. Il ne s’agit pas de décrire les manifestations corporelles de l’émotion, surtout pas. Il s’agit plutôt de reconnaître ce qu’il se passe dans un personnage quand vous le confrontez à une situation. Il s’agit d’entretenir votre outil (votre sensibilité) pour qu’il soit aiguisé, précis et réactif quand vous en aurez besoin, c’est-à-dire à chaque instant de l’écriture. En suivant la logique interne des personnages, la structure s’impose, à condition de vous concentrer sur les axes de transformation de vos personnages et de les pousser vers le changement. C’est là que le choix des situations a son importance. Choisissez celles qui forcent le personnage à s’engager dans la transformation (celle que vous avez choisie), à faire des choix (difficiles), et qui le mettent dos au mur. Nous aurons l’occasion d’en reparler. D’ici là, écrivez bien ! Anaël PS : Ma dernière vidéo postée sur Youtube parle de comment garder confiance quand vos résultats ne sont pas à la hauteur de vos attentes. PPS : cet été j’organiserai un nouveau stage d’écriture de nouvelles. Si vous voulez en savoir plus, répondez directement à cet email. Retrouvez mes conseils d’écriture sur Youtube. |
Catégorie : Ateliers d’écriture
Depuis 2007 j’accompagne les auteurs dans leurs projets d’écriture. Sur cette page, vous trouverez les différentes formations ou formules d’accompagnement que je propose ainsi que plusieurs articles présentant les principes qui sous-tendent ma pédagogie.
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![[CDD] Écrire avec le cœur](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/k3GmYetoT69F9p3uZ1XimR.jpg)
[CDD] Écrire avec le cœur
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![[Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/sn9y7JYWszfUkagUDpDpSz.gif)
[Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration
Événement à la Maison Demons : visitez-la, et rencontrons-nous.
Longtemps l’on confond humeur et inspiration.
On attend d’être dans un certain état d’esprit et une certaine disponibilité pour se mettre à écrire.En réalité, l’écriture peut venir indépendamment de votre humeur ou de votre état du moment.Et tant que nous associons écriture avec un certain état relativement réducteur, nous nous empêchons d’accéder au stade de notre pratique où l’écriture est quotidienne, les projets terminés et les envois aux éditeurs faits.Écrire un texte demande de créer de l’espace pour ce qui écrit en nous, d’accepter les étapes du travail, et de laisser émerger la matière même si nous ne sommes pas complètement disponible, sur l’instant.Vous vous installez pour écrire, la matière sort, et vous vous mettez à son service.
C’est quoi, se mettre au service de la matière ?
- Écouter l’histoire qui est en train de se raconter
- Repérer les motifs qui ont un fort potentiel émotionnel
- Repérer ce qui peut se transformer (un personnage, une situation, un décor)
- Identifier une intention au moment où elle se manifeste (et la reconnaître pour le pilier qu’elle est pour le texte)
Développer un motif ou une situation pour en découvrir les contours - …
Pour ça, pas besoin d’être en forme. Vous pouvez produire la matière et la lire plus tard pour repérer ce qu’elle contient. C’est pour ça que l’on réécrit.
Le texte n’a pas du tout vocation à être abouti du premier coup. Ça n’arrive presque jamais. Il faut toujours tailler dans la matière, élaguer, densifier, recadrer… C’est inhérent au travail, puisque le matériau brut émerge de notre première passe.
Faites la paix avec ça, ça vous aidera à ne pas attendre un état intérieur idéalisé pour vous mettre devant la page. Vous pourrez écrire en remplaçant l’attente par la curiosité.
Il n’y a rien à attendre d’un texte, mais beaucoup à découvrir et recevoir.
Quand on bascule de l’anxiété de « bien écrire » pour entrer dans la joie de découvrir ce qui va sortir de nous, et la jubilation de le rendre plaisant pour des lecteurs inconnus, il y a quelque chose qui s’ouvre en soi. Notre pratique devient plus expansive.
Vous avez déjà connu ça ?
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[1pàlf] Écrivez à partir de vous-même
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Un atelier pour réveiller votre écriture à la sortie de l’hiver, ce samedi, ça vous tente ?
Bonjour,
Ce matin, à Demons, je discutais avec Soulcié d’une question simple en apparence :
Quelle est la différence entre le sujet et le thème d’une histoire ?Derrière cette question, il y en a une autre, plus essentielle :
À partir de quoi écrit-on, vraiment ?Pour moi, la réponse est toujours la même : on écrit à partir de son expérience humaine.
Une histoire devient universelle quand elle touche à un vécu partagé par d’autres humains comme :
la quête de soi, la rencontre de l’altérité, la conscience de sa propre mortalité, le deuil, le rêve, le désir…
Une question simple pour penser le thème :
Qu’est-ce que traversent mes personnages que tous les êtres vivants traversent ?On affinera, bien sûr, en fonction de comment c’est vécu par les personnages, mais il faut ce point de départ.
Une façon simple de faire la différence :
- Le sujet, c’est ce que je raconte
- Le thème, c’est ce dont je parle
Le sujet se lit dans le contexte de l’histoire.
Le thème n’est pas immédiatement perceptible. Il se trouve dans le sous-texte. Surtout, on le retrouve dans des histoires radicalement différentes.
Par exemple, je peux parler de la recherche de vérité dans :
- un biopic sur Socrate
- une enquête journalistique
- une romance
- un roman d’aventure à la Indiana Jones
Le sujet est propre à l’histoire, le thème traverse tous ces contextes.
Écrire à partir de soi
Le meilleur chemin pour accéder au thème, c’est de partir de soi.
Il ne s’agit pas de raconter votre vie, mais de partir de ce qui, dans votre expérience, vous touche.
Partez de quelque chose de simple.
Par exemple, l’arrivée du printemps.
Puis observez ce qui s’agite en vous :
- quelles images
- quelles sensations
- quels souvenirs
- quelles idées associées
- quelles envies
Accueillez tout sans jugement.
Ne vous demandez pas ce que vous allez en faire. Ne reculez pas en vous disant que c’est convenu ou « culcul » ou que ça n’intéressera personne.
L’idée n’a pas besoin d’être séduisante. La matière se sculpte et se module.
Repérez, dans ce qui s’agite, le fil conducteur que vous avez envie de tirer.
Comment, en racontant le printemps, vos cordes sensibles entrent en vibration.
Ce fil vivant vous guide vers le thème de manière empirique.
Samedi, en atelier, nous verrons comment faire un texte à partir de cette matière
Pendant 4 heures, à partir d’une expérience simple, vous découvrirez la richesse de votre sensibilité et écrirez sans pression de résultat
Vous pourrez écrire un fragment poétique ou une micro fiction ou un morceau de journal, toutes les formes sont les bienvenues.
Vous allez surtout faire l’expérience concrète de comment un thème émerge sans forcer.
Vous repartirez avec :
- un texte
- une matière vivante
- un fil thématique clair
- et surtout, une expérience d’écriture ancrée que vous pourrez réutiliser en autonomie.
L’atelier est en visio (15h–19h).
Il y a 12 places pour garder un cadre attentif.Le printemps c’est la saison du renouveau. Si vous sentez que votre écriture se réveille sous l’écorce de l’hiver, si vous voulez voir quels textes peuvent bourgeonner, ce moment d’écriture partagée s’adresse à vous.
Vous pouvez vous inscrire ici : https://anaelverdier.thrivecart.com/ateliers-sensible/
Sinon, aucun souci, relisez cette lettre tranquillement et prenez un moment aujourd’hui pour observer ce que l’approche du printemps remue en vous.
À bientôt,
Anaël Verdier
PS : Si vous sentez que ce type d’exploration demande plus de temps, je propose aussi un stage d’écriture de nouvelles le week-end du 28 mars.
Deux jours pour entrer dans une histoire et lui laisser l’espace de se déployer.
(Je vous en reparlerai bientôt)
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[1pàlf] Un atelier et un stage pour écrire à partir de ce qui vous touche
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Bonjour,
le printemps arrive et avec lui nos cordes sensibles se dénouent. L’hiver nous pousse souvent au repli et à une forme de minimalisme émotionnel.
Avec les beaux jours, les nuances reviennent dans notre regard en même temps que les parterres fleurissent et que les terrasses se remplissent.
C’est aussi parti pour une nouvelle fournée d’ateliers et de stages d’écriture chauds et moelleux comme des petits pains.
Atelier | écrire à partir de l’expérience sensible
C’est la saison idéale à célébrer avec un atelier sur l’écriture à partir de l’expérience sensible.
Je l’ai créé à l’occasion de ma résidence d’écriture à la Corderie Royale de Rochefort l’an dernier, où il a fait salle comble.
Nous avons souvent l’impression qu’une histoire doit être exceptionnelle pour être intéressante, mais c’est rarement vrai.
Certaines des histoires qui nous marquent le plus racontent des événements très simples, voire quotidiens. Ce qui les rend singulières, c’est le regard de celui ou celle qui les écrit.
Peut-être vous est-il déjà arrivé de vivre très fort quelque chose de très simple (une conversation, un paysage, une sensation intime) et de sentir qu’il y avait là matière à écriture, sans savoir quoi en faire.
L’atelier part précisément de ces moments.
Encore faut-il apprendre à :
- capter ce qui vous touche
- reconnaître le regard de votre sensibilité
- l’écouter
- le traduire en mots.
C’est exactement ce que nous ferons pendant cet atelier.
Pendant 4 heures, nous explorerons :
- comment écrire à partir de sensations et d’émotions
- comment traduire une expérience ordinaire en matière narrative
- comment trouver votre point de vue singulier et l’exprimer dans l’écriture
- comment retravailler le texte pour qu’il soit abouti
Modalités
📅 : Samedi 21 mars 2026
⏰ : 15h – 19h
💻 : en visio
👥 : 12 participants maximum, débutants ou confirmés
📚 : ouvert à tous les genres (poésie, prose, journal, fiction, non-fiction…)
💶 : 27 €Si vous avez envie de tenter l’expérience, vous pouvez vous inscrire ici : https://anaelverdier.thrivecart.com/ateliers-sensible/
C’est le format le plus accessible que je propose, et une bonne opportunité de découvrir mes accompagnements.
Ce sera un joyeux moment de partage en hommage au printemps et à l’écriture.
Stage | Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin
Je propose également un stage d’écriture de nouvelles le week-end suivant.
Cette fois, pendant deux jours, nous travaillerons la construction complète d’une histoire :
- quels personnages développer
- comment rendre les décors vivants
- quelles péripéties sont nécessaires
- comment commencer et finir l’histoire
C’est un concentré de dramaturgie et de narration qui vous aidera à comprendre ce qui rend une histoire captivante.
📅 : samedi 28 et dimanche 29 mars 2026
⏰ : 14h – 18h
💻 : en visio
👥 : 6 auteurs maximum
📚 : pour les auteurs de fiction en prose (autofiction acceptée)(romans en cours acceptés)
💶 : 160 €Chaque participant reçoit également un appel d’accompagnement individuel avant ou après le stage pour travailler son projet.
Si vous vous inscrivez au stage et souhaitez participer à l’atelier du 21 mars, je vous l’offre. Il vous suffit de m’envoyer un mail au moment de votre inscription.
Inscription ici : https://anaelverdier.thrivecart.com/stage-nouvelles-2026/
Un exemple d’exercice
Pour vous donner un aperçu du travail que nous ferons ensemble, voici un exemple d’exercice proposé dans l’atelier Écrire à partir de l’expérience sensible.
Je vous demanderai de noter tous les mots qui vous viennent pour parler d’une chose (une situation, une œuvre, un événement) qui vous aura touchée cette semaine.
Dans ces mots apparaîtront les indices de votre sensibilité,
la manière dont cette chose vous a touché·e vous, spécifiquement.
À partir de là commence à se dessiner la conscience de votre regard.
Face à une image des fonds océaniques, certains écrivent : « angoisse », d’autres « rêve », « infini », « cauchemar », « lumière diffuse », « filaments » [d’algues]…
Quels mots vous viennent déjà ?
Au plaisir d’écrire avec vous,
Anaël VerdierPS : dans les coulisses, je vous prépare de nouveaux articles de réflexion et de technique pour accompagner votre écriture, ainsi qu’un guide-compagnon consacré à la construction d’une pratique durable.
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[1pàlf] Ce petit frisson qui ressemble à de la peur
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Bonjour,
Exercice d’échauffement
Écrivez un texte à partir de ce que vous ressentez là, tout de suite. Je ne veux pas un texte autoréférentiel mais une fiction qui part de quelqu’un qui ressent quelque chose. Vous pouvez changer le décor, changer le sexe et l’âge et même l’espèce de la personne ou de l’objet ou de l’animal qui ressent quelque chose, mais pas le ressenti. Ce ressenti c’est le socle de votre texte et c’est ce qui lui donne sa vérité.
Prenez 15~20 minutes et voyez comment ça se transforme.
Les passages les plus intéressants à écrire sont aussi les plus terrifiants
Hier, j’étais en plateau et le clown qui me visite en ce moment était au rendez-vous. Il a plusieurs fois éclaté de colère. Je l’ai laissé faire mais à la fin, quand le clown est reparti, je me suis senti honteux et un « pardon » m’a échappé.
Il est bizarre, ce « pardon », parce qu’on est là pour ça : pour s’exprimer, pour explorer, pour jouer à faire semblant. En plateau comme sur la page sortent des aspects de l’humanité auxquels on ne veut pas forcément s’identifier. Quand je dis « on », j’entends soi, « je », ce masque que nous prenons pour notre identité.
Moi, Anaël, je n’étais pas à l’aise avec les débordements du clown, mais pour ce personnage-là, à ce moment-là, c’était juste.
C’est un obstacle, cette image que l’on veut renvoyer et cette honte quand on sort du cadre. Un obstacle à notre créativité et à la liberté d’expression qui rend l’art intéressant.
L’intertitre que j’ai donné à cette partie est une paraphrase d’un mail que m’a envoyé une participante à l’atelier du mardi suite à un retour que j’ai fait sur son projet.
Je disais : mon hypothèse c’est que tu ne vas pas assez dans les failles du personnage, et elle m’a répondu, en substance et sans rien révéler du projet : je le sens, je sens aussi que ce serait ce qu’il y a de plus intéressant à faire. Et ce qu’il y a de plus terrifiant.
Dépasser la peur
La peur, en ce qui me concerne et dans ce que je crois observer chez les auteurs que j’accompagne, ce que je retrouve dans beaucoup de livres sur l’acte créatif, la peur donc, est multiple.
C’est la peur de déborder que j’évoquais juste avant.
C’est la peur de ce que l’on va devoir traverser intérieurement si l’ »on y va ».
Ça peut être la peur de ce que l’on va découvrir de ce qui nous traverse (je ne dis volontairement pas « ce que l’on est » ou « ce qui nous habite », les personnages et les histoires nous traversent, on n’a pas besoin d’en faire un sujet psychanalytique, des fois c’est juste le résultat d’une écoute un peu trop fine du monde et des courants qui agitent l’humain en général).
Ça peut être la peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sort.
La peur est paralysante quand on ne sait pas de quoi elle parle.
Vous ne travaillerez pas pareil si vous avez peur du débordement ou si vous avez peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sortira.
Avoir peur n’est pas un problème. D’ailleurs, est-ce réellement de la peur ?
C’est peut-être le trac de s’exprimer et de ne pas savoir ce qui va sortir.
Ou le vertige avant de se jeter dans le vide.
Ou le petit frisson d’excitation que l’on ressent au moment de pousser une certaine porte pour la première fois.
Apprivoisez cette sensation et reconnaissez-la pour l’invitation qu’elle vous tend.
L’invitation au jeu et à l’audace du vrai
Écrire, c’est s’exprimer. S’exprimer c’est s’amuser et c’est se dire.
On ne se dit pas au sens autobiographique, mais au sens où l’on puise à notre expérience intime pour nourrir le texte, même si sa forme (ce qu’il raconte et comment il le raconte) n’a rien à voir du tout avec nous.
Ça peut être l’histoire d’un petit galet qui fait des ricochet et parler de notre vie en rebonds successifs. Ou de notre sentiment de rester à la surface des choses. Ou de notre sens de l’aventure.
La plupart du temps, on est obsédé par l’histoire : qu’est-ce que je raconte ? Où ça se passe ? Avec quels personnages ?
Et si, ce qui compte, c’était plutôt ce dont ça parle ?
Quand nous écrivons à partir de ça, du truc qui s’agite quand on écrit, de la manière dont ça parle de notre expérience du monde, de ce que ça nous fait d’être humain, d’exister, d’avoir vécu peut-être un moment précis de notre histoire, le reste a tendance à se mettre en place tout seul et même les maladresses d’écriture deviennent touchantes.
Si on se détache de la forme, une forme s’invite.
C’est peut-être ça le plus dur, accueillir la forme qui se présente et lui donner de la place, se décentrer de soi et se mettre au service de la forme.
Ce n’est pas mon idée de ce que doit être l’écriture, de ce qui est noble, des formes qui valent le coup, qui compte.
Ce qui compte c’est ce qui est là et comment je l’écoute et je l’entends et je l’aide à s’exprimer pleinement.
Mais pour ça, il faut oser se faire un allié de ce petit frisson qui ressemble à de la peur et qui est aussi de l’excitation. Et jouer avec.
À très bientôt,
Anaël Verdier
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[1pàlf] Apprivoiser la matière de son texte pour devenir auteur
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Bonjour,
Exercice d’échauffement
Écrivez un texte sur un personnage se livrant à une habitude quotidienne. Rien d’extraordinaire. Le personnage se fait un café, ou son yoga du matin, ou se rend au travail. Laissez-vous porter par la « vérité » du personnage, cette intuition qui vous pousse dans telle ou telle direction et vous fait dire : « c’est ça, c’est juste ».
Après avoir écrit, posez-vous ces questions :
- Qu’est-ce que le texte révèle de la singularité du personnage ?
- Quelles questions l’habitude que vous avez choisie vous pose-t-elle au sujet de ce personnage ?
- Sur quoi avez-vous buté pendant l’écriture ? Quelles libertés ne vous êtes-vous pas autorisées ?
- Que vous apprend le décor ? Même si vous ne l’avez pas écrit, pouvez-vous imaginer où se déroule la scène ? Quelle texture ce lieu donne-t-il à la scène ?
- Vous devez garder quelque chose de ce texte (ou de son sous-texte), qu’est-ce qui vous intéresse ? vous stimule ? vous intrigue ? vous énerve ? vous émeut ?
- Qu’est-ce qui vous semble superflu ?
Réécrivez ou écrivez la suite (ou la scène qui précède).
Ralentir pour mieux entendre le texte
La semaine dernière, après l’atelier, j’avais une idée très claire de quelque chose que je voulais partager avec vous : l’importance de ralentir face à vos textes, de ne pas juger trop vite que tel ou tel aspect peut rester ; que tel ou tel autre devrait sauter ou être déplacé.
La matière du texte est toujours plus complexe qu’on ne le perçoit en le lisant. Il faut laisser le temps à l’intelligence du texte de cheminer jusqu’à notre conscience avant d’appliquer notre volonté.
J’allais aussi dire que cette patience se travaillait en apprenant à tolérer les points de tension sans les transformer en problèmes à résoudre.
Les points de tension nous donnent des informations sur le texte et ce qu’il cherche à devenir. Les supprimer parce qu’ils nous mettent dans l’inconfort revient à nous couper d’un éclairage précieux sur notre matière d’écriture.
J’allais ajouter mes recommandations contre l’excès de prudence qui nous retient parfois d’apporter des modifications à un texte dont nous sentons qu’il n’est pas encore abouti, parce que nous pressentons qu’aucune modification n’est anodine.
Nous craignons de casser quelque chose de manière irrémédiable si nous coupons ou déplaçons ou reformulons la mauvaise partie de notre texte. Alors nous ne prenons pas le risque et nous contentons de travailler à la marge en cherchant un synonyme ou en déplaçant une virgule, ou en hésitant entre une narration au « je » ou à la troisième personne, au présent ou au passé, des changements qui nuancent la texture du texte sans résoudre les imprécisions de fond.
J’avais une vision claire de ce que j’allais écrire, et mon calendrier a fait que je n’ai pas pris le temps de l’écrire tout de suite. Résultat, si j’ai toujours une vision claire du concept, je n’ai plus aucune clarté de la forme avec laquelle je voulais communiquer ces choses.
C’est inévitable, dans une vie d’écriture, que ces moments se produisent.
Tant pis.
Le deuil de la clarté immédiate
Il faut apprendre à ne pas se crisper autour d’une clarté perdue, et se concentrer plutôt sur la manière de continuer à écrire. Il y a là sans doute quelque chose de l’apprentissage du deuil de ses idées, ou de l’aisance à embrasser le changement.
Je ne peux pas vous dire exactement ce que je voulais vous écrire, qui était nourri des partages d’expérience de l’atelier du mardi, mais je peux vous en communiquer l’essence : ralentissez, faites la paix avec vos inconforts, ne cherchez pas à résoudre trop tôt les tensions (voire ne les résolvez pas du tout), ne craignez pas l’irrémédiable de vos décisions (elles ne le sont pas), apprenez à discerner le vrai travail du travail d’apparat.
C’est là que se joue la différence entre le lecteur qui écrit et l’auteur.
Du lecteur passif à l’auteur actif
La lecture nous habitue à un rapport passif au texte. Nous recevons un texte fini, dont la forme a été fixée. Nous l’acceptons et la ressentons telle quelle. C’est comme ça que tous les aspirants auteurs commencent à écrire : un texte sort d’eux et ce texte leur apparaît comme une forme fixée. Ils la touchent avec circonspection parce qu’on ne modifie pas le texte d’un livre.
L’écriture devient alors un jeu de hasard et d’espérance. Chaque session est un jet de dé qui donnera peut-être un texte dont nous serons satisfait, que nous serons prêt à montrer, qui nous donnera ou non envie d’écrire autre chose qui serait comme une suite.
On écrit comme on irait feuilleter les livres en librairie : à la recherche d’une page qui fera mouche, qui nous touchera et nous emportera dans un imaginaire où nous aurons envie de rester.
C’est une manière de faire qui va bien si vous aimez l’acte d’écrire et que vous ne désirez pas construire de projet trop vaste et que vous vous moquez d’écrire des textes que vous considérez aboutis.
Cette manière de faire cesse d’être satisfaisante à partir du moment où vous voulez avoir une certaine prise sur le résultat de votre écriture (vous voulez, par exemple, savoir que vous pouvez amener la majorité de vos textes à un état d’aboutissement donné), ou que vous aspirez à écrire des projets plus longs (disons des projets qui demandent plus d’une seule session d’écriture).
Quand vous voulez écrire autrement qu’au hasard, vous devez entrer dans les habits de l’auteur.
Et l’auteur, à l’inverse du lecteur, interagit constamment avec une matière qui n’est pas fixée.
C’est la différence entre manipuler de la pâte à modeler sortie du pot et manipuler la même pâte une fois cuite. Dans un cas, la forme reste malléable, dans l’autre elle est figée.
La vision artistique : une boussole née de la matière
Quand vous sortez du rapport passif à vos textes, vous faites face à une responsabilité nouvelle. Puisque le texte n’est pas une entité étrangère à votre volonté, comment devez-vous interagir avec lui ?
Quelle dose de volonté devez-vous lui imposer ?
Quelle part de liberté devez-vous lui laisser ?
Quoi modifier ? Quoi laisser en l’état ?
À partir de quel moment ça ne sert plus à rien de continuer à le modifier ?
Comment décider ce que vous voulez en faire ?
Toutes ces questions relèvent de la vision artistique, c’est-à-dire de votre intention pour le texte. L’intention, c’est une direction, comme une ligne directrice qui oriente vos décisions. Cette direction n’est pas antérieure au texte, elle naît de son écriture.
Quand vous avez la matière entre les mains, vous pouvez la voir. Avant, c’est un exercice de divination. Vous pouvez dire : « je veux écrire un texte sur l’amour », mais ce n’est qu’une fois écrit que vous saurez que c’est un texte sur l’impossibilité de l’amour, porté par deux personnages de familles rivales, qui cherchent à s’unir malgré l’opposition mortelle de leurs proches.
Je n’entrerai pas ici dans les raisons probables qui font que la vérité d’un texte n’apparaît que pendant son écriture.
Il suffit de savoir qu’un texte contient une texture, une couleur, une dynamique qui le pousse naturellement dans une certaine direction. Définir votre vision artistique revient à poser la question : qu’est-ce que je fais de cette matière ?
C’est une décision qui n’est pas décorrelée du réel. Elle s’appuie sur une matière existante. Plus vous écrivez, plus elle se précise. Vous dites : « ah, ce motif m’intéresse » ou « tiens, ce personnage revient souvent, j’ai envie de lui donner plus de place » ou à l’inverse « cette forme ne me plaît pas, je vais chercher autre chose ».
Petit à petit, à force d’écouter ce que le texte fait et ce qu’il fait en vous, vous découvrez quelles parties vous voulez garder, quelles parties le rapprochent de votre vision artistique et quelles parties l’en éloignent ou n’y sont pas encore tout à fait.
La technique au service de l’intention
C’est sur cette base que les notions techniques comme la structure dramatique ou les décisions narratives deviennent intéressantes, parce qu’elles vous donnent un moyen d’action. Elles vous aident à moins tâtonner à la recherche de réponses à vos envies.
Vous savez, à force d’utiliser ces notions, qu’en les appliquant, la plupart du temps, elles vous donnent tel ou tel résultat.
Par exemple, la structure dramatique, quand vous l’imposez à votre histoire, la plupart du temps, elle vous aide à gagner en intensité, à éviter les passages à vide de l’intrigue. Ça ne résout pas tout, mais ça donne de la cohérence et du ryhme à l’action.
Ou alors vous savez qu’un personnage sans faille paraîtra plus facilement caricatural et factice, alors vous donnez une fragilité à votre protagoniste et il gagne en profondeur et en sympathie.
Appliquer les techniques sans vision artistique est plus aléatoire. D’un côté cela vous aide à travailler votre matière première et à l’éclairer pour qu’elle vous mette sur la voie de votre intention (= la vision artistique que je mentionnais plus haut). De l’autre, si vous les appliquez aveuglément parce qu’on vous a dit qu’il fallait le faire, vous risquez de créer un texte très mécanique et artificiel.
Alors prenez le temps, même si les réponses vous échappent un temps, de vous poser ces questions sur votre texte. Elles sont la voie qui mènera vos textes à leur aboutissement.
À très bientôt,
Anaël Verdier
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