Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • 44.230

    Dimanche. Les cloches résonnent dans la ville, vestige d’une tradition désuète. L’appel de la montagne grimpe en intensité. Les souvenirs ne sont pas chargés de la même émotion que les événements qui les composent. Pas de musique. Comptes d’apothicaire : ça ira. Ça va tirer, mais ça ira. Lecture décevante ce matin. Autocentrée, et qui revendique son autocentrage. Et puis une espèce de fausse conclusion qui justifie le foirage narratif. Quelques idées jetées en vrac dans un shaker ne font pas une bonne histoire, n’en déplaise à ce monsieur. C’est comme si je prétendais que ce blog était autre chose qu’un fourre-tout de mes humeurs. Mais bon, on ne peut pas toutes les réussir, et on produit ce qu’on peut quand on est en crise existentielle.

    Allez, c’est dimanche et mes courbatures me réjouissent. Utiliser son corps, il n’y a rien de mieux dans cette civilisation virtuelle. J’ai hâte d’achever de me sortir de l’inertie qui m’englue encore. J’ai hâte de jaillir de l’autre côté de ce tunnel de lutte interminable.

  • [CDD] 265 mots

    [CDD] 265 mots

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    Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.

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    265 mots.

    C’est l’équivalent d’une demie page A4, dans une police standard, 12. Quelques paragraphes, un fragment de scène.

    Si vous écrivez cette quantité de mots tous les 2 jours, vous finirez avec un petit roman au bout d’un an. À peine moins de 200 pages.

    Quand j’ai découvert ce nombre, ça m’a fait un choc. 265 mots c’est faisable dans presque n’importe quelles circonstances.

    Pourtant nous nous racontons qu’il nous faut du temps pour écrire, que nous avons besoin d’être immergés dans le projet, que sinon nous n’arrivons pas à entrer dedans.

    Alors bien sûr, c’est plus confortable d’avoir du temps (encore que, parfois, ça puisse se retourner contre nous) et c’est agréable de pouvoir voyager dans notre histoire pendant trois ou quatre heures d’affilées.

    Mais tenir quatre heures d’affilée la concentration nécessaire pour rester au plus proche de l’histoire et des personnages, ça demande un bon entraînement mental en amont.

    Et cet entraînement se fait en s’habituant à « entrer en écriture », c’est-à-dire se mettre dans un état de conscience favorable à la transe créative, et à y rester. En sortir et y revenir. Y rester 10 minutes, puis 15, puis 20 sans décrocher.

    Le problème des sessions longues, c’est qu’elles mettent notre acuité à l’épreuve. Écrire une histoire qui se tient, ce n’est pas qu’un exercice d’imagination. Cela demande de faire des allers-retours mentaux entre le passage que l’on imagine et la vision d’ensemble du projet.

    Ces mouvements nous permettent de vérifier que nous sommes bien en train d’organiser l’histoire et les informations d’une façon qui servira l’expérience de lecture plutôt que d’une façon complètement aléatoire qui exigera une réécriture majeure.

    Je ne suis pas en train de parler de structurer en amont, mais simplement de garder à l’esprit, pendant que nous écrivons, l’impression générale de l’ensemble, de notre fil conducteur, et de vérifier si les nouvelles informations qui nous viennent pendant l’écriture contribuent à un ensemble qui nous plaît et qui nous paraît logique et qui nous semble aller dans une direction qui nous convient.

    Cette double présence au texte que nous écrivons et à l’ensemble qu’il contribue à construire n’est pas facile à soutenir sur de longues périodes.

    Observez le moment où l’écriture vous hypnotise tellement que vous en oubliez votre vision d’ensemble.

    Observez, à l’inverse, les moments où vous vous préoccupez tellement du « livre » et de sa cohérence que vous perdez le sentiment d’immersion dans le passage que vous êtes en train d’écrire.

    L’objectifs, pour la majorité de nos sessions d’écriture, c’est de maintenir ensemble et en même temps les deux consciences : l’immersive et la globale.

    Tout texte est d’abord une expérience d’écriture pour vous, et de lecture pour vos lecteurs et lectrices à venir. Donnez-vous des objectifs clairs d’expérience(s) à vivre et faire vivre avant de vous lancer dans les mots. Ils contribuent à préciser votre vision d’ensemble et favorisent votre sentiment d’immersion. Plus d’infos dans ma vidéo ci-dessous (le texte continue après cet encart)

    Ma dernière vidéo : Se fixer des objectifs d’expérience à vivre et faire vivre

    On écrit pour ressentir et faire ressentir des choses. Lesquelles ? En vous fixant des objectifs expérientiels, vous clarifiez votre pratique et ses bénéfices pour vous, et vos lectrices et lecteurs.

    video preview

    Le bénéfice des sessions courtes

    En visant 265 mots par session d’écriture, vous réduisez la friction face au passage à l’acte.

    Il y a moins à produire, donc moins à concevoir en amont, moins à planifier, moins à vous préoccuper de « réussir » votre session.

    Au pire, vous écrivez 265 mots qui tombent à plat. C’est plus facile de les ranger dans la catégorie « j’ai au moins appris où je ne voulais pas aller » que si vous aviez mille ou deux mille mots.

    En 265 mots, vous avez le temps d’explorer un décor et une action, de découvrir une intention de personnage, de rencontrer de nouvelles informations sur votre intrigue si vous créez en écrivant.

    Si vous structurez à l’avance, 265 mots vous permettent de déployer une puce de votre liste d’étapes.

    En travaillant par sessions courtes et régulières, vous normalisez le passage à l’acte d’écriture. Ce n’est plus un fantasme, ou quelque chose que vous ferez « quand vous aurez le temps », ça devient un automatisme. Vous écrivez vos 265 mots chaque jour.

    Parfois, vous n’avez pas de projet et ces 265 mots vous servent d’espace d’expression créative. Ils vous permettent de jouer avec la forme, ou avec des idées, de dessiner des personnages ou des décors, de tester des mini intrigues.

    Et quand vous avez un projet, ils vous permettent d’avancer et de révéler les questions auxquelles votre projet a besoin que vous répondiez.

    Dans Sillages, mon essai d’écriture qui vient de paraître, j’insiste sur la nécessité de penser l’écriture comme une pratique, au sens où le zen est une pratique, c’est-à-dire une activité ou un ensemble d’activités que l’on répète chaque jour et qui est sa propre fin.

    L’écriture cesse d’être un moyen pour atteindre une fin externe (un livre, une publication, un partage, une expression) et devient sa propre raison d’être. La raison pour laquelle j’insiste là-dessus … en fait, il y a plusieurs raisons, mais l’une des raisons, c’est que la pratique de l’écriture me procure un équilibre intérieur, du bien-être, du plaisir, et qu’en même temps le fait de maintenir ma pratique me force à l’engagement, m’oblige à rester conscient de ce qui est important pour moi, de pratiquer en conscience.

    Et rien que ça, c’est suffisant. Et si c’est comme ça pour moi, je n’ai aucune difficulté à penser (et j’observe) que ça soit comme ça pour certain·e·s d’entre vous.

    Alors bien sûr, et je le développe dans le livre, cette pratique est indissociable des objets qu’elle produit, mais le livre est comme le fruit de l’arbre, une composante, mais pas sa raison d’être. L’arbre pousse et vit pour lui-même et il se trouve que dans son cycle de vie, il produit des fleurs et des fruits et des branches et de l’écorce, mais même si on le dépouille de ces choses, il reste lui-même, vivant, un arbre traversé par une force vitale.

    La pratique de l’écriture, dans cette optique, c’est l’arbre. Les livres et les publications en sont les fruits. On peut avoir une pratique hivernale (je file la métaphore) pendant laquelle notre pratique se maintient au minimum, pendant laquelle on n’écrit aucun « livre » et on ne publie pas. Et on peut avoir une écriture printanière, pendant laquelle fleurissent des dizaines de projets, mais ce qui reste, c’est la pratique, qui est une expression de notre force vitale.

    Ces 265 mots tous les deux jours (j’encourage tous les jours, mais je sais que la vie a une fâcheuse tendance à s’en mêler) constituent une pratique.

    Oui, ils peuvent aboutir à un roman par an si vous écrivez sur le même projet à chaque session de 265 mots, mais ce n’est pas leur première finalité.

    Leur première finalité, c’est de vous engager dans votre pratique et d’en récolter tous les bénéfices.

    Essayez. Essayez pendant un an. Expérimentez d’abord avec la possibilité de ces 265 mots. Quand pouvez-vous les écrire ? Est-ce tous les jours à la même heure ? Est-ce de façon fragmentée ? Comment incluez-vous la réécriture et la réflexion sur leur contenu ? Alternez-vous un jour écriture un jour réflexion, ou est-ce plus mélangé ?

    Petit à petit, découvrez les obstacles qui s’élèvent, les résistances que vous rencontrez, les doutes, les négociations de votre mental qui ne veut pas de cette régularité (qu’est-ce qui le gêne ?)

    Au bout d’un an, si vous vous tenez à 265 mots tous les 2 jours, vous aurez écrit 48.362 mots. Je vous mets au défi de n’avoir rien appris sur vous-même, sur ce que l’écriture vous procure et vous apporte, sur ce que vous voulez ou ne voulez pas écrire.

    Vous pourrez alors décider de continuer ou pas.

    Mais rien de tout cela n’arrive par accident, il faut le décider, le mettre dans l’agenda, le décider à nouveau chaque jour, et vérifier et renouveler son engagement, ou décider d’arrêter mais sans le subir.

    Anaël « pas à pas » Verdier

    PS : Mercredi, sur Youtube, ma prochaine vidéo vous donnera d’autres détails sur ce nombre, comment je l’ai découvert, et comment vous pouvez jouer avec.

    PPS : Sillages: indices laissés par une pratique de l’écriture est ma tentative de transcrire à l’écriture certains aspects des pratiques qui, comme le Zen, définissent les chemins de vie comme un engagement dans une ou une série d’action(s) simple(s) et répétée(s). C’est comme ça que j’ai construit, d’abord sans le savoir, puis intentionnellement, mon propre rapport à l’écriture, et je partage dans ce petit livre mes réflexions, presque comme des aphorismes, sur le chemin de vie que peut dessiner l’écriture. Vous pouvez le commander chez votre libraire ou en ligne, en papier ou (bientôt) en ebook.

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    En ce moment

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    Ce que j’écris

    En ce moment, je travaille porte fermée sur des réécriture et des envois de manuscrits.

    Écrire de nouvelles choses me manque, mais c’est une saison pour clôturer des boucles.

    J’ai sorti Sillages, qui parle de pratique de l’écriture et donne des clés pour construire une écriture à l’écoute de vous-même.

    Vous pouvez le commander chez votre libraire préféré.

    🎨

    Ce que je lis

    Une Année à Paris avec Gertrude Stein, de Déborah Levy. Elle y parle de l’écriture et du parcours littéraire de Gertrude Stein, avec le style de son autobiographie en mouvement mêlant scènes de vie et subtiles réflexions personnelles à son sujet.

    Aussi : Devenir Sensible, de Julie-Kazuko Rahir

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    Formation aux scènes

    Maîtrisez la brique de base de vos histoires et simplifiez l’écriture de vos livres.

    Écrivez vos scènes ->

    La scène, c’est ce moment que vous avez en tête. Elle se passe dans un lieu et en temps réel et vous permet de raconter une situation au plus proche des personnages, de l’action et de l’émotion.

    Mastermind

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  • 44. 229

    La pratique comme chemin de vie. Do/Dao, traduis en français par « la voie », en fait une réalité plus complexe. Parler de la pratique s’avère rapidement difficile. Aucun discours ne peut résumer ni rendre compte de l’expérience intérieure qui découle du fait de répéter les mêmes actions, le même focus vers son intériorité, jour après jour, pendant des décennies.

    De l’extérieur, cela ressemble à une série de mouvements, mais l’important est à l’intérieur. C’est dans la conscience et la présence exigées, dans la décision chaque jour renouvelée de son engagement dans la pratique, dans la responsabilité et la fermeté de caractère que cet engagement renforce, dans l’humilité de découvrir qu’on est à la merci d’une mauvaise journée pour perdre le fil, de l’humilité, toujours, nécessaire pour reprendre le fil quand on l’a perdu sans tourner en boucle, sans s’apitoyer, sans se décourager.

    La pratique nous pousse au-delà de l’espoir et du désespoir, dans une temporalité infinie. Il n’y existe que l’instant présent de cette pratique ce jour-là, mais c’est un présent qui sera répété demain, et le jour d’après, pour l’éternité.

    La pratique n’est pas liée à un projet même si des projets peuvent y naître. Il serait faux de dire qu’elle est le projet, ce serait nous détourner du fait qu’elle est sa propre finalité. Pourquoi pratique-t-on ? Pour pratiquer. Parce qu’il n’y a pas de façon plus profonde de vivre. La pratique est le fruit d’une décision. Parfois elle naît d’une rencontre avec un objet d’étude, parfois elle émerge de manière organique de l’individu lui-même, elle peut surgir suite à une expérience difficile ou comme réponse à la question « pourquoi suis-je là ? » ; « à quoi ai-je envie de consacrer mon temps ? »

    La pratique ne trouve sa raison d’être dans les bénéfices qu’on en tire, même si ces bénéfices sont bien là, tangibles et plaisants, et même s’ils ont des répercussions sur le reste de la vie du pratiquant. La pratique est sa propre raison d’être. Pourquoi j’écris ? Pour écrire. Pourquoi je médite ? Pour méditer. Pourquoi je marche ? Pour marcher.

    Chaque jour, la même décision : me mettre en action.

  • 44. 227

    Quand tu y es pour la durée, tu ne t’arrêtes pas au bout de cent mètres. Tu sais que ça va être une longue lutte, tu ne te détournes pas au premier obstacle. Tu remontes tes manches, tu craches dans tes mains, tu t’arc-boutes contre le rocher si nécessaire, et tu retournes au charbon.

    C’est parce que tu persévères là où les autres abandonnent que tu sortiras vainqueur. Si tu n’y arrives pas par talent, tu y arriveras par entêtement. Ceux qui lâchent, ce sont eux qui échouent. Même si ta réussite n’est pas spectaculaire, même si elle n’est jamais qu’en « faux plat montant », elle ne sera pas abandon.

    Les échecs et les refus ne sont que des étapes sur la route. Dans un an, tu ne t’en souviendras qu’à peine.

  • 44.226

    L’inconfort peut être source d’apprentissage et de transformation. Quand une société se dote des outils pour bannir l’inconfort, elle enferme les individus dans l’inertie. On y cherche la stabilité et la répétition. On y meurt de routine. On remplace l’inconfort psychique, vecteur de retour sur soi et de transmutation, par la pression à produire, à faire toujours plus et toujours mieux en fonction de critères extrinsèques arbitraires.

    A trop vouloir nous préserver mutuellement de la nature parfois aride du réel, cette addiction au confort nous limite à l’expression narcissique d’un ego figé, hostile au changement, qui est, par nature inconfortable mais, par nature aussi, le seul vecteur constant de notre épanouissement.

    Qu’il s’agisse d’une révolution de nos manières d’être, de nos métiers, de nos lieux de vie, de nos aspirations, de nos relations ou d’ajustements plus subtils et néanmoins exigeants (y a-t-il plus inconfortable que l’effort quotidien d’installer une nouvelle habitude ? Brrr, je frémis rien que d’y penser), l’épanouissement demande que l’on passe d’un état à un autre (de graine à germe, de germe à plante, à fleur, à fruit, à graine, et le cycle reprend ailleurs).

    J’y pensais ce matin en me surprenant à regarder les commentaires d’utilisateurs d’une expérience qui m’attirait. Qu’est-ce que je cherche en consultat ces commentaires, sinon à me prémunir d’une déception possible ? La déception, comme la satisfaction, nourrit mon expérience humaine. Que j’aie une préférence pour l’une plutôt que l’autre me semble secondaire si mon but est de faire l’expérience de la vie la plus expansive possible.

    On s’entend, je ne vais pas me mettre sciemment en danger, mais on est arrivés à un stade où le moindre gravillon dans une chaussure est devenu, pour nos systèmes nerveux déréglés, l’équivalent d’une situation périlleuse. Ça me dérangerait moins si le résultat de tout ça n’était une forme d’inertie généralisée : puisque rien n’est jamais sûr, nous n’osons pas assez.

    Alors, osons.

  • 44.225

    J’aime collecter des informations. Quand j’ai fait le test du Strength Finder, « Input » était parmi mes 5 premières forces. J’aime les mettre dans des tableaux et faire de jolis graphiques qui me donnent des statistiques. La plupart du temps, même s’il y a un aspect méditatif à cette pratique, j’y vois une forme de procrastination, mais j’en viens de plus en plus à me dire que penser ça est une forme d’évitement. C’est un travail laborieux que de collecter et d’organiser. Cela prend du temps et savoir quoi faire des données me force à me creuser le cerveau, cerveau qui préfère généralement lancer un jeu ou regarder un épisode de série. C’est aussi parfois douloureux de regarder la réalité objective en face. Constater que j’ai perdu ma pratique du dessin, ou que je n’ai pas écrit autant que l’année X, me rappelle à l’ordre avec froideur.

    À l’inverse, je peux avoir de bonnes surprises et découvrir par exemple que, sur ce blog, j’ai écrit, en quantité, l’équivalent d’un petit roman sans ressentir d’effort ni me rendre compte de l’ampleur de ce que j’écrivais. En moyenne, depuis janvier, un post tous les deux jours, d’une longueur de 265 mots. Ça s’additionne. Et ça s’additionne sans me demander d’autre rigueur que de commencer ma journée ici. Ce qui n’était au départ qu’une pratique d’échauffement et un espace d’expérimentation stylistique (que j’ai un peu perdu au passage) ouvre la porte vers une nouvelle manière d’aborder l’écriture longue.

    Je savais que la régularité et l’abaissement de la barre étaient moteurs de réalisation de projets ambitions, mais j’avais du mal à baisser la barre suffisamment bas. Je suis motivé par l’intensité de l’effort. J’aime entrer dans un tunnel créatif, vision laser, ne voir que le projet pendant quelques semaines, trimer dur et passer à autre chose derrière. Alors il y a toujours dans mes routines quelque chose d’un défi. Mais pour d’autres personnes, cette intensité n’est pas tenable. Beaucoup des autrices que j’accompagne sont déjà surchargées de contraintes et ont besoin de la pratique d’écriture la moins invasive possible.

    C’est comme une porte qui s’ouvre, un exemple qui vient conforter une hypothèse mathématique. Et elle s’ouvre grâce à mon hobby de collecte.

    Je n’aime pas l’approximation. Je n’aime pas ne pas savoir ce qui est à l’œuvre dans ma réalité. Je trouve déjà que mes moteurs internes sont une boîte noire, et j’ai déjà constaté que ma perception de la réalité était toujours floue/tordue/imprécise. Trop émotionnel, je tends à me baser sur ce que j’ai ressenti. Une session d’écriture difficile me paraîtra mauvaise et insuffisante, une session d’écriture où j’aurai eu le sentiment de m’amuser me paraîtra super bonne. Mais pas juste la session, son résultat. Or, il n’y a pas de corrélation entre ce que je ressens en écrivant et la qualité du résultat.

    Objectiver ma pratique m’aide à me détacher de mes impressions et à regarder en face ce dont le projet a besoin. C’est valable dans mes relations, dans ma parentalité, dans mes loisirs. Comme j’ai tendance à vivre dans le monde des possibles et dans une forme d’idéalisation de mes projets, j’ai besoin de me rappeler consciemment de la valeur de ce que je fais au quotidien. Sinon, je finis par vriller, abandonner des projets qui avancent bien mais que je panique de ne pas avoir déjà fini, et me créer des obstacles inutiles.