Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 44.70

    « Je consomme trop de développement personnel américain néo-libéral ». Représentations empoisonnées d’un modèle prêt-à-porter du monde et de l’existence. vs fierté de la marge, de l’à-côté, de l’ignoré de la société. Regard du bouffon sur nos usages et nos vies. Regard décalé. Regard marginal. Regard en sursaut, regard en rebond. Intégrité du parcours. De temps en temps, une balle, à d’autres moments, le vent. Rires francs. Rires autodérisoires. Pas de prise au sérieux, humilité à tous les étages sauf contre le mur-orgueil et ses barbelés cuivrés. Bourgeoise honnie bourgeoisie désirée. En-dehors-dedans. Dialogue psychique absurde. Un pied dans la marge un pied dans le couloir. L’amour comme armoirie, l’audace à la main, nu mais ferme, prêt à la charge.

  • 2026 03 27

    Vivre avec ses erreurs et ses remords et ses regrets sans rien laisser de tout ça nous définir entièrement, sans, surtout laisser le poids du passé entraver notre marche dans le présent. La fragilité de l’humain, l’immaturité des premières années, les lâchetés, les excès de confiance, tout cela nous façonne avec des aspérités, une surface écaillée, des fissures et des gouffres. Oui nous avons blessé des personnes à qui l’on tenait, oui, nous avons déçu, menti, trahi, à commencer par nous-même. Ils pèsent, ces renoncements à l’image idéalisée que l’on pouvait projeter de soi-même, l’acceptation qu’on ne soit que cet humain imparfait et cruel, que nos quelques réussites et générosités peinent parfois à nous racheter à nos propres yeux. Ils peuvent aussi être le point de départ d’une réinvention. D’une transformation profonde, nourrie de la cendre de notre ego, de notre humilité plutôt que de notre humiliation. Qui ai-je envie de devenir ? Libre de me défaire de ma peau passée, je peux creuser un nouveau sillon à mon avenir, loin des paresses passées et des facilité. Dans l’épreuve et la sueur et le labeur et la fierté humble, juste, arrimée au réel et à la générosité.

    Quel sens ai-je envie de créer ? Au service de qui et de quoi ai-je envie de me mettre ? Quels sont les états et les émotions et l’énergie et les postures qui m’aideront à tenir ces caps ? Écrire pour captiver qui et comment ? Pour apporter quel(s) changement(s) dans le monde ?

  • 2026 03 26

    je passe mon temps à chercher quelqu’un qui prendra les décisions à ma place (et quand on prend les décisions à ma place, j’enrage) qui m’allègera du poids de la prise de décisions qui m’enlèvera la responsabilité « c’est pas moi c’est [l’injonction/le système/mon éditeur] » trop facile. Si je m’écoute, je sais quelles décisions prendre. c’est une question de courage, après. le courage d’échouer ou de réussir. le courage de dire « c’est comme ça que je suis/c’est ce que je fais » et d’endosser les conséquences et de prendre, progressivement, de meilleures décisions, comme la décision de décider par exemple. et sortir du fantasme de la décision parfaitement éclairée, parfaitement guidée par une force de clarté totale. l’ironie c’est que je me suis mis dans une vie où toutes les décisions m’incombent : artistiques, entrepreneuriales, financières, relationnelles, je ne me suis rien épargné. ceci explique la fatigue décisionnelle qui m’écrase souvent. et ceci raconte mon goût profond de la responsabilité radicale. de la liberté qu’elle ouvre dans une vie.

  • 2026 03 25

    à l’intérieur ça se bouscule. les envies, les projets à finir, les nouvelles idées, l’estime, le sentiment de valeur intrinsèque ou son absence, les regrets, les espoirs, les réussites et les échecs. le soleil agite les notes musicales de mon épiderme. petit patapon la planète brûle et les rênes du monde sont tenus avec une vision maximaliste. Rien de bien nouveau. Il est temps de faire du shopping chez les bédouins. S’habituer à vivre sans eau, arpenter le désert, transporter des mètres de tissu pour se créer de l’ombre, vivre la nuit, s’habituer à porter des masques pour filtrer l’air. On pourrait en finir avec le pétrole mais il faudrait renoncer au confort moderne. Plastique, voitures individuelles, 20°C à l’intérieur en toute saison, fast-fashion, livraison le jour même. Aucune friction face à nos caprices. Tout tout de suite au prix (bas, certes) du sang des exploités. je suis fatigué.

  • 2026 03 21

    Printemps. Demons. Mise au propre des notes et des citations de ces derniers mois. Potochkine dans les oreilles. Je mets à jour les pages sur mes pratiques. Grandes pages vivantes. Vrac comme dans ma tête. Dans le futur, je ferai des hyperliens. Ça prend forme. Je découvre les éditions Do et c’est un gros coup de cœur. À l’étage, ça prépare les Escales. J’ai passé la tête par un séminaire IA pour savoir ce qui se prépare et c’était comme entrer dans une dimension parallèle. Je ne distingue plus le haut du bas de cette réalité-centrifugeuse. Je perds la tête. Je perds le Nord et le Sud. Je perds mes mots et toute retenue face à l’absurde nuée aveugle. Ça travaille. C’est là que ça travaille. Dans l’agitation face à un monde qui s’emballe. Dans l’appel à se recentrer. Moi, en premier. Pour le reste on verra après.

  • 2026 03 20

    J’en peux plus des newsletters écrites ou corrigées par IA. C’est pas x, c’est y. Mon Dieu ! Gardez l’inefficacité de l’humain. Je me désinscris et je fais de mon mieux pour casser mon écriture quand j’utilise des structures qui ont été imitées par l’IA. C’est bien là le défi : puisque les LLMs ont été éduqués sur de l’humain, on retrouve les structures syntaxiques de l’IA sous nos doigts sans le vouloir. Il s’agit alors de s’adapter en repérant les schémas récurrents de la voix-machine et les dézinguer quand ils apparaissent dans nos automatismes. Ça va des rythmes ternaires (auxquels je faisais déjà la chasse) aux structures symétriques comme celle que j’ai citée plus haut. C’est aussi une question de fond. Les LLMs ont tendance à simplifier et ne savent pas approfondir sans être fortement pris par la main. Alors ils reformulent et restent en surface parce qu’ils fonctionnent par association statistique. Nous avons cette faculté à l’association symbolique que les LLMs n’ont pas encore. Une idée nous fait rebondir sur une autre, juste parce qu’elles sont de la même famille ou parce qu’une expérience singulière nous a fait les rapprocher. Par exemple, un chat vous fera penser à vos grand-parents ce qui vous rappellera leur jardin et vous amènera au jardinage, aux tomates chaudes du soleil qui les baigne. Le LLMs peut associer le chat et la tomate par accident, mais ça ne sera pas chargé des émotions qu’apporte l’évocation de vos étés chez vos grands-parents, du deuil qui se fait à mesure qu’ils s’enfoncent dans la sénilité, de la réflexion sur votre propre finitude (pire que la mortalité, rester vivant sans être lucide). Et d’un coup, une bouchée de tomate se charge de vie. C’est là-dessus que je veux être vigilant. C’est à ces chemins singuliers de nos cerveaux que nous sensibilise la poésie. Et c’est cette absence de sens profond qui me rend insupportable de « parler » robot. Les gens qui utilisent ces outils perdent souvent de vue que ce qui fait la communication, ce ne sont pas les idées que l’on partage, mais ce qu’elles nous font vivre et ressentir. Plutôt que d’utiliser l’outil par paresse, nous pouvons l’employer pour redoubler d’exigence intellectuelle et émotionnelle. Cela nous pousse à plus de travail, pas moins, mais un travail moins mécanique et plus réfléchi.