Le lundi, c’est clown. Cette semaine, je n’y suis pas, mais je ferai le travail. C’est comme vendredi, j’ai écrit même si j’étais au plus bas. Arrive un moment dans une vie professionnelle où l’on est capable d’entrer dans la zone indépendamment des circonstances. Il suffit de s’y mettre et les ressources s’activent. C’est le signe d’une certaine habitude, d’automatismes acquis. Un stade a été dépassé dans la mise en mouvement. Le plus dur reste de s’y mettre. Dépasser le stade d’inertie, me rappeler comment je commence. C’est là que la ritualisation aide. Un lieu, un parfum, un son, une posture, un logiciel particulier, un cahier ou un stylo fétiches, servent d’ancrage à l’action. Quand les conditions sont là, l’acte suit. C’est surtout utile pour les jours « sans », donc cela se prépare au quotidien, même quand ça n’est pas nécessaire — surtout quand ça n’est pas nécessaire. Répéter le rituel permet de le rendre opérant le jour où s’avère salvateur.
Ça veut dire aussi dé-ritualiser et déconstruire systématiquement les habitudes contraires, celles qui me détournent de la mise en action. Les lieux, les objets, les réflexes associés, les postures, jusqu’aux tenues que je porte, qui m’envoient insidieusement le signal que « c’est boooooooon, y a pas urgence ». Au début, la présence d’un cadre extérieur m’aide. Le clown, si je n’avais pas l’engagement du labo, pas sûr que ça marcherait aujourd’hui. Le dessin, parce que je n’ai pas de cadre extérieur et pas du tout de confiance, parce que je vois tout ce qui ne (me) va pas, est plus aléatoire. Mais ça va mieux, je m’y suis remis.
Je suis à un stade où je remets mes pratiques artistiques au premier plan de ma vie. Ça me pose mille questions et ça agite plein d’insécurités, mais c’est le plus important pour mon épanouissement et ma joie de vivre. Depuis janvier, je n’écris plus, parce que je réécris. Ça me lasse, ça me manque, mais je ne suis pas frustré d’expression artistique. Et c’est nécessaire. Pour finir les projets qui traînent, pour certains depuis sept ans.
Pas moins de 6 projets dans les tuyaux. Un est publié, deux autres sont finis à 90%. Les suivants demandent un peu plus de travail.
J’ai hâte d’être à l’étape d’après, de pouvoir repartir sur de la nouvelle matière, mais je fais le taf, avec les incessantes interruptions de mon rythme, qui rendent la navigation rageusement frustrante. Dès que l’élan me donne le sentiment que j’avance, il est arrêté par des circonstances indépendantes de ma volonté, et je perds un temps fou à le retrouver. Alors je simplifie et simplifie encore ma vie en refusant des engagement, en en repoussant d’autres, en resserrant mon champ d’activité. J’ai conscience aussi d’avoir un nombre limité d’heures efficaces dans une journée, et je me débats avec les autres heures, celles qui sont moins efficaces. J’apprends à me décentrer.
Enfin, « c’est la vie », tu me diras.
Et j’ai le privilège de pouvoir faire ces choix-là, je ne vais pas me plaindre que ce soit dur. Alors je baisse la tête et je me remets au travail.