Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 44.98

    Trop-plein. De tâches et d’émotions. Deuil. Changement. Constante adaptation aux virages. La routine, une fragile structure.

    Je voudrais retrouver le plaisir d’écrire pour le fun. M’abandonner huit heures par jour à une histoire, sans penser à rien d’autre, ça fait combien de temps que j’ai pas fait ça ? Finir une nouvelle, pour rien d’autre que pour cabrioler dans mon imagination. Assouplir un peu tout ça. Laisser sortir quelques morceaux de la pression qui pousse dans toutes les directions en moi. Les personnages, leurs histoires, les décors, les aventures, les ruptures et les coups de foudre, la limérence, le panache, les embrouilles, le fait de se perdre, la légèreté des conséquences, le plaisir de la galère. Et puis juste le plaisir de l’écriture imaginative.

    Mais il faut manger, payer les factures, écrire est un luxe, les gens autour ont besoin d’attention, des amis meurent et laissent un vide, des amours passent et laissent un vide, le temps file et ne laisse aucun vide.

  • 44.96

    Aujourd’hui : migration.

    Départ des fichiers d’un serveur pour un autre.

    C’est long, fastidieux, pas passionnant. Il y a un côté Marie Kondo (« does it spark joy? »)

    C’est l’occasion de faire du tri, un peu de ménage dans les archives. Alors peu de place pour l’écriture, mais je zieute quelques cours sur Domestika.

    C’est le grand ménage de printemps digital !

  • 44.95

    Comme souvent, et comme c’est l’heure des grands ménages, je cherche un nouveau prestataire pour mes newsletters. Kit est devenu trop lourd, trop complexe et me frustre. C’est une petite frustration, mais répétée semaine après semaine. À mesure que je cherche à limiter mes outils et simplifier mes process, pour m’extraire de la course à la puissance (des machines toujours plus puissantes, ça n’a pas de sens si mon activité principale c’est l’écriture), l’envie de quitter Kit me démange de plus en plus.

    Le soleil n’en finit pas de briller (je note ça pour les mauvaises langues qui disent qu’il pleut tout le temps). J’ai re-migré au bureau après 3 semaines à bosser de la maison. Ces ruptures de routine ne me réussissent pas vraiment.

    À mesure que je me re-coule dans ma peau de romancier, j’aspire à simplifier le reste de mes activités. Je clôture les projets qui n’auront pas lieu, faute d’envie ou de ressources. Je fais le vide dans mes archives (c’est fou le nombre de vieux trucs que l’on entasse), je recycle ce qui mérite de l’être et je détruis ce qui peut l’être. Gagner de l’espace m’allège. Tout ça donne une bonne vibe printanière. C’est le renouveau, on abandonne le confort des terriers d’hivernage pour mieux se jeter dans l’été.

    Pendant ce temps, de l’autre côté du globe, c’est l’hiver. Je trouve toujours ça fascinant, de penser qu’il y a toujours une moitié de la planète en hiver et une moitié en été. Comme une respiration constante, un hémisphère inspire, l’autre expire, puis ça s’inverse, une forme d’équilibre est conservé.

    Ici aussi j’aspire à la simplification. Je cherche une interface plus lisible, plus textuelle, comme un long rouleau que l’on pourrait faire défiler jusqu’au plus ancien des messages que j’ai posté ici. Ça me fait penser que je publie sur Internet depuis 1997 environ. Sur des forums, des bbs, des yahoo!Groups, des blogs, des embryons de sites, les premiers pas de Twitter, Tumblr. 97. Presque 30 ans. Et il en reste quoi ? Mais j’aborde ces espaces comme des moments de spectacle vivant. Vécus dans l’instant et captés. C’est comme une scène ouverte, avec ses moments forts et ses moments oubliables. Je ne sais pas où je vais avec cette observation.

    Simplifier, pour moi, dans ce contexte, c’est limiter les distractions, redéfinir des cadres clairs à l’intérieur de mes journées, des rendez-vous : le mardi, la newsletter, le matin, le blog, etc. Scinder le temps avec des intentions plus lisibles, pour mieux finir les projets et leur donner une chance d’exister dans le monde.

  • 44.94

    Dépoussiérage. Attention ciblée. Temps limité. Un cadre clair pour une routine claire. Meilleure productivité | Meilleure optimisation. Simplification. Dé-distration. Dé-éparpillement.

    Boards of Canada. Adieu, les services de streaming. Musique à l’ancienne, à l’album, en MP3 sur le baladeur. Plus libre d’une intention.

    Retards de bibliothèque, livre oublié dans un théâtre. Jamais récupéré. Pendant ce temps, tempêtes et séismes en cascade dans le monde.

    Cascades multiples hors du calendrier vide du temps suspendu. Invitation à de nouveaux repères. Choix des balises/Choix du chemin. Léger léger. Souple. Adaptable. Hop hop, svelte chamois à flanc de falaise, à mi-chemin de mon ascension.

    Heure des inventions. D’objets. De machines. De systèmes. De coursives pour l’émergence des textes, des œuvres, des âmes, des destinées. D.I.Y. Punk. Communauté débrouillarde. Récupération des débris de l’industrimercantilisme. Bricolage stellaire. Léger au bord de l’envol. À l’écoute des courants, debout sur ma planche de surf cosmique. Ou sur mes skis. Plutôt mes skis, d’ailleurs. Plus montagne qu’océan, même si.

    Retour au centre : dé-éparpillement par l’esprit de création soi-même, par le bricolage, par l’accumulation de pièces et de bouts et de fragments esquintés, moyennement beaux, encore fonctionnels pourtant, avec l’aide d’un peu de soudure, d’un carré de papier de verre, d’une machine à couture, d’un reste de tissu. Avec le disponible, quel/S possible/S ? Bye, confort du plug-and-play, de l’anti-friction. Friction, imperfection, porcelaine ébréchée, kintsugi, cicatrices, fonction unique de l’objet à la colonne vertébrale hyperspécialisée.

    Unifocus.

  • 44.93

    Du plaisir et de l’apaisement de remplir sa déclaration d’impôts.

    Deux jours à mettre bien ma comptabilité, à télécharger et uploader mes factures et justificatifs, à regarder ces chiffres raconter une toute autre histoire que lorsqu’ils étaient mon présent. Moins stressants. Moins chargés d’enjeux vitaux. J’ai survécu à ces chiffres. Certains me rappellent des expériences savoureuses, d’autres m’ont permis d’apprendre de nouvelles choses, aucun n’est décevant.

    C’est marrant comme la distance allège le regard. Au jour le jour, quand un projet ne rapporte pas l’argent qu’on espérait, c’est désastreux. Ou quand on frémit au moment de cliquer « acheter » pour un truc dont on a envie mais qui est un peu hors budget, ou qui nous amène dans une zone d’incertitude — comme quand je suis allé à Rochefort découvrir l’expo de Nicolas Floc’h, parce que j’avais besoin de voir ses photos en vrai pour présenter mon dossier de résidence. J’ignorais si je serais pris.

    Toutes ces expériences, contenues dans quelques nombres objectifs, dépassionnés. L’argent ne compte pas autant que l’expérience qu’il permet. C’est cela que je vis en faisant ma comptabilité, ce recul sur l’année écoulée et la mesure de la distance parcourue, une distance abstraite, quelque chose qui se ressent et qui fait qu’aujourd’hui, je suis un peu différent de celui que j’étais l’an dernier.

    Dans la précipitation du quotidien, dans la pression des créanciers et du calendrier, dans l’envie de cueillir un maximum de mes instants de vie, je tends à ne pas complètement saisir ces mouvements internes, la manière dont ils orientent mon chemin. Et puis, non, ce n’est pas tout à fait vrai. Ce qu’il y a, c’est que la perception d’un écart n’est pas la même au moment où l’on pose son pied un quart de degré plus à gauche, et un kilomètre plus loin, quand la distance parcourue amplifie l’effet de cette mini bifurcation.

    Bref, tout ça pour dire, que la compta offre un rituel comme un autre de prise de distance et d’élargissement du regard.

  • 44.92

    44.92

    Des saumons sous coke poussent plus loin leurs explorations. Est-ce à dire qu’il faut m’y mettre ? Est-ce un signe d’audace ou d’absence de discernement ?

    Je suis très mauvais à reconnaître les morceaux de musique entièrement générés par IA. La réalité est définitivement altérée, on vit désormais dans un roman de SF. Le gamin de 12 ans en moi trépigne de fébrilité extatique. L’adulte flippe sa race.

    Le vieux monde brûle et prend l’eau de toute part. Impossible de se préparer à ce qui va le remplacer. Faut-il le combattre ou l’embrasser ? Ce matin, deux phrases me poussent vers une troisième voie : quel nouveau système aurais-je envie d’inventer et de construire ; pour moi d’abord, et si d’autres veulent s’y greffer, tant mieux.

    Petite satisfaction personnelle, les graines que j’ai récoltées l’an dernier sur mon basilic et mes tomates cerise sont viables. Elles ont germé et d’ici la fin de la semaine, je les mettrai en terre. Reste à voir si elles donneront des fruits. Ce ne sont pas des F1, je croise les doigts. Le début d’une nouvelle génération de plantes robustes ? Un petit pas vers l’autosuffisance végétale.

    Je me suis pris de passion pour les cyberdecks, et ce sera l’un de mes futurs projets (oui, oui, quand j’aurai filé un bon coup à ma liste actuelle).

    Je dois me rendre à l’évidence : mon avenir utopique ressemble à un bricolage DIY très punk. Loin des institutions et des grands groupes, dans un petit coin de verdure et de cuivre pour bloquer les ondes, à bidouiller des machines et de l’art. Loin loin très loin du système, vivant sur ses déchets et son trop-plein, à fabriquer mon art et à brouiller un peu plus les frontières entre le réel et l’imaginaire.

    M’intéressent des objets avec peu de valeur pratique, loins à fabriquer et qui apportent leur lot de friction, hyperspécialisés, lents, qui font râler, mais à forte valeur esthétique et ludique. Et force est de constater que ces objets gagnent en valeur quand je les fabrique moi-même. Le plaisir de me heurter aux difficultés, trouver les solutions au casse-tête conceptuel, raffiner mon intention pour être sûr que le temps et l’attention déployés m’amèneront dans le cœur de cible.

    Petit à petit, l’avenir se dessine et ses contours se précisent.