Les nouvelles manières de voir et de penser les défis que nous posent nos pratiques ne viennent pas de l’acharnement mais du jeu. Le travail n’a pas besoin d’être cet objet sérieux et terne, il peut être un espace où prédominent l’amusement, l’aventure, la curiosité, l’échec joyeux. Hier avec l’ado, je me heurte à ce mur : comment communiquer la joie de l’échec ? Le plaisir de faire des hypothèses erronées, pour mieux pouvoir les corriger ? Comment aider l’autre à se défaire de la croyance que « me tromper, c’est être nul·le » ?
En plateau, on se répète souvent qu’il vaut mieux proposer trop de choses que trop peu. Avec ce paradoxe que l’on se dit aussi que le vide est savoureux, et que ne rien avoir, c’est déjà avoir quelque chose.
L’idée, dans tous les domaines qui font appel à la pensée créative, c’est de faciliter l’émergence de l’inattendu, de l’accident heureux, de l’erreur qui se transforme en chemin vers la forme. On dit sortir du cadre, penser out of the box, c’est déjà une limitation. La contrainte fertile aide autant que l’absence de contrainte, la boîte est autant source d’idées riches que son absence. Quand je ne sais plus quoi faire, je m’imagine une série de contraintes créatives : un format, un sujet, une injonction (pas de verbe, que des phrases nominales, pas d’adjectifs, en langage télégraphique, en onomatopées, uniquement en m’appuyant sur des objets qui m’entourent et que je peux percevoir dans mon environnement immédiat…), la contrainte favorise l’étincelle cognitive en réduisant le champ des possibles.
Quand je me perds dans ma pratique, que j’y suis moins présent, c’est-à-dire quand je pratique moins en conscience, j’ai besoin de me répéter les règles, de me rappeler « ah c’est vrai, on fait comme ça », et de recommencer à jouer sérieusement, c’est-à-dire sans me prendre au sérieux mais avec application.
Ramener du jeu, ramener du plaisir, jouer avec les possibles, risquer l’échec, l’utiliser comme un chemin vers la forme (je ne dis pas « vers la réussite », je dis « vers la forme », parce que c’est ce que l’on cherche et que l’on échoue à trouver, quand je parle d’échec, c’est que l’on trouve une manière de ne pas réaliser ce projet, de ne pas façonner cette matière, on « ne réussit pas » un projet créatif, on trouve sa forme et on la travaille).
Jouer, donc, et dédier le jeu à la mémoire de ceux qui nous ont quittés.