Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 2026 03 19

    Sable et sel. Peaux gorgées d’UV. Jean sculpté par l’océan. Les vagues se démultiplient. Transe caféinée. Mille influences en même temps. Surcharge cognitive. Technophilie vs technophobie vs qui a-t-on envie d’être indépendamment de là où va le monde ? La posture artistique m’a déserté. Ma phase de production évince le reste. Ce sont des cycles. Pour l’instant, pas d’histoires mais des mots, des mots et leurs alternatives, des mots et le risque d’un épuisement perfectionniste. Vigilance accrue.

  • 2026 03 17

    Reposé. Question du clown : « tout lui glisse dessus, comment unifier les différents personnages ? » Des moments où ça marche, d’autres non.

    Soulagement des factures honorées. Ne pas négliger l’importance du matériel.

    Bienfait de l’intensité du travail de plateau. Ne pas négliger l’importance du corporel. Ajouter une autre séance de sport dans la semaine.

    Le fil de mon écriture bouge, tortille, change de forme et de couleur. Comme d’hab. Et puis je retrouverai des chemins familiers et ce sera reparti. Pour l’instant je prends soin de l’existante et je réfrène l’envie de partir dans de nouvelles choses.

  • 2026 03 15

    Pas de day off. Rap queb dans l’appart, fenêtres ouvertes, repassage abandonné au milieu d’une manche. Boxers à 3-0 sur les Spartiates. Fenêtres sur ma vie. Ma vie simple. Odeur de savon noir. Troisième café. Minuteur sur 10 minutes. Jour d’élection, jour de sélection. Langue immonde. Écriture fatiguée. Trop préoccupé. Vite, vite, que je termine les projets poussiéreux. Encore quatre post-its avant de souffler et de passer à autre chose. Je me force à ne pas lever les yeux. Un horizon dégagé c’est une distraction au milieu de la masse de trucs à plier. Full focus. Vision tunnel. Faire de l’argent pour faire de l’art au milieu des flammes, bandana sur la bouche pour traverser la fumée. Peindre des lettres avec la suie. 10 minutes écoulées. 4e café. Next task, please.

  • 2026 03 14

    Faire le ménage à l’extérieur pour ordonner l’intérieur. Particulièrement après une grosse période de production en hyperfocus. Particulièrement à l’approche d’une période plus ouverte, avec plus de temps disponible pour des décisions autonomes, qui ne soient pas dictées par les calendriers des rendus ou des stages ou…

    Depuis janvier je me concentre sur le fait de terminer des projets qui prenaient la poussière. J’ai cette tendance à me concentrer davantage sur le prochain projet que sur le projet en cours, comme si attendre pouvait bonifier le projet en cours, comme si j’allais recevoir comme une évidence une soudaine mise en lumière qui m’aiderait à savoir pourquoi le projet n’est pas encore exactement ce que je voudrais et allait me permettre de le rendre … parfait.

    La frustration des projets qui ne sont pas parfaitement là où je le voudrais est motrice des projets suivants. C’est un effort conscient de décider : « ok, ce sera ça sa forme » et de laisser exister le projet. L’écart vient souvent de la distance entre l’intention vague qui nous pousse vers un projet et la matière qui permet sa réalisation. Je le sais. Intellectuellement, ça s’explique bien, mais émotionnellement, ce n’est pas toujours évident à traverser. Ce qui explique les projets qui prennent la poussière. Depuis janvier, j’ai décidé de finaliser les projets en évitant de tomber dans des spirales de perfectionnisme stérile. Je vire les dernières coquilles, je publie ou j’envoie en BL ou j’adresse aux éditeurs, et j’avance. Ma colonne de post-its diminue. Une nouvelle voix se met à murmurer, celle qui rêve aux projets suivants. « Chut, petite voix, ce n’est pas encore le moment de rêver trop fort ».

    J’attrape le nouveau post-it et je me mets à la tâche.

  • 2026 03 13

    Vendredi 13. L’occasion d’ouvrir la boîte à croyances désuètes. On ne passe pas sous une échelle, toujours sortir avec sa patte de lapin, ne pas poser le pain côté croûte (c’est le pain du bourreau et des putes), mon grand-père traçait une croix au dos du pain avec la pointe du couteau avant de l’entamer, pas croiser de chats noirs, pas ouvrir de parapluie à l’intérieur, les petites voix dans ma tête qui me soufflent que je ne suis pas assez méritant pour cette vie, pas assez « winner », que j’écris des trucs pas assez nobles, chez des éditeurs pas assez prestigieux, les doute qui s’insinuent au moindre caillou dans ma chaussure, qui s’invite comme ça, à l’improviste, comme un sale bâtard !

    Sinon, Eric Cantona a sorti un nouvel album, moins cacophonique que le précédent. Moins ma came.

    Je réécoute Asaf Avidan. Et en boucle, cet album de Saya Grey.

    Allez, on s’accroche. Ce weekend je ressortirai mes planches de lino, ça m’apaisera.

  • 2026 03 12

    *Cri* *Voix rauque* *Gesticulations* Le clown s’agite. Il gratte à l’intérieur. « Attends, ce n’est pas ton moment ». Il sait que le maquillage que j’ai commandé pour lui ne va pas tarder à arriver. Je regrette de ne pas avoir pris de couleur verte. J’en ajouterai à l’occasion. Je suis resté sur le classique blanc-noir-rouge, mais pour lui, le vert lézard s’impose. Une copine clown (une coplown ?) qui a découvert ma recherche en cours m’a redit combien celle-ci lui avait parlé. Je ne vois, moi, que ce qui n’est pas encore solide, pas encore assez bien fixé. J’attends d’avoir le budget pour retourner voir Naomi. C’est par le corps que ça passe, pas ailleurs. Ce lien corps-création-écriture, il m’obsède. Je voudrais le pousser plus loin je ne sais pas encore comment. Je cherche à faire écrire le clown mais il se désintéresse du clavier et du stylo. S’il écrit, ce sera en collant ses grosses pattes sur les murs. Peut-être que c’est par là que ça passe : dérouler de longs chemins de papier sur les murs et verser de la gouache dans des plats où il pourra immerger ses mains ? Harry l’a fait, à Castelnau, coller sa main enduite de peinture sur une toile. Si ça lui a plu à lui, qu’est-ce que ce sera pour Le Nouveau ? Comment il s’appelle ? Comment il vit ? L’autre jour, il a parlé pendant que j’étais sous la douche. La Maison s’est mise à rire. Il s’est carapaté à l’intérieur de moi. Ou alors c’est moi qui l’ai rentré en-dedans. Je veux aller plus loin, plus vite. Impatience.

    Les autres voix qui me parasitent le crâne sont celles des projets inachevés. Je me rends compte à quel point ils sont bruyants, ces projets dont je n’ai pas encore arrêté la forme. Ils tendent leurs petites mains fragiles et poussent leurs petits cris aigus qui exigent que je les jette dans le monde. Ils ont envie de ça, d’être mis dans un lance-pierre et propulsés dans le monde à grand coup d’élastique vibrant et claquant. Après, ils me laissent à peu près tranquille. Disons qu’après, la texture de notre relation change. Je m’occupe d’eux mais de plus loin. Ils font leur vie avec d’autres gens, ils sont libres de leurs rencontres et je suis libre de m’occuper des suivants. Ça me convient très bien comme ça. J’y gagne en disponibilité créative et en clarté mentale. Je dors mieux. Je suis plus tranquille. Alors la litanie des post-it jaunes sur mon bureau, faut que j’arrive au bout. Vite. Impatience (bis).

    Sinon, ça va. C’est bizarre ce calme en moi. Plusieurs points solides d’ancrage me permettent d’avancer sereinement vers l’horizon. Marrant.

    Ah, et j’ai nommé un autre truc, sur mon écriture : je suis un auteur du corps, je ne peux pas commencer un texte sans avoir quelqu’un qui ressente quelque chose ; la temporalité de mes histoires est généralement floue, les lieux ne m’intéressent que pour ce qu’ils mettent en écho de ce que vivent les personnages. Je suis les personnages dans ce qu’ils ressentent et comment ces états les mettent en mouvement et en relation (avec eux-mêmes, avec les autres, avec leur contexte). Quand je parle de mise en scène, je l’aborde toujours sous l’angle des « corps dans des décors ». J’écris sur l’intimité, c’est-à-dire l’intériorité, c’est-à-dire la corporéité, et j’écris sur le sentiment d’être à côté (de son époque, de sa société), et j’écris sur les paradigmes relationnels, beaucoup. Déjà à la fac de sciences humaines, ce qui m’intéressait c’était de réaliser que tout ce qui nous paraît évident est en fait un accident historique, l’embranchement qu’a pris une culture à un moment donné factorisé par la durée de son existence, et dans ma recherche artistique j’ai à cœur d’aller regarder là-dedans et de regarder comment ça peut être autrement.

    En toute chose, la diversité est vertueuse. Les monopoles paradigmatiques ou idéologiques m’angoissent. Et autres réflexions.