J’aime les journées remplies. L’autre jour, dans un talk show, un comédien disait, je paraphrase : « on me demande pourquoi je travaille autant, mais si je ne travaillais pas, je me laisserais dériver ». Je me reconnais dans ça. C’est pour ça que j’ai autant de mal avec les discours sur l’équilibre dans le travail. C’est peut-être aussi parce que mon travail ou les disciplines dans lesquelles je travaille nourrit et entretient plusieurs domaines de ma vie : le professionnel, le financier, le créatif, l’artistique, le social, la croissance personnelle, la stimulation intellectuelle, la dimension spirituelle. Le champ de profondeur existentielle que je couvre avec mes activités professionnelles est vaste. En plus, je m’amuse. Et je passe mon temps à creuser mon rapport au réel et à l’intime, dans le sens où la pratique artistique m’oblige à entretenir les canaux qui nous conduisent les uns et les autres à plus de justesse interne. On n’écrit pas sans se rencontrer d’abord soi, puis le monde, avec un regard élargi. La première question que l’on se pose, c’est « qu’est-ce que je remarque ? » « à quoi est-ce que je fais attention ? » et « comment puis-je y prêter encore mieux attention ? »
Je ne trouve pas ça ailleurs. Le travail d’écriture, l’accompagnement, le travail scénique, me mettent dans des états de concentration et de présence proches de l’extase au sens bouddhiste. Il n’y a plus que l’ici et maintenant, conscient et exacerbé par la nécessité de l’écoute. Pourquoi je voudrais me priver de ça ? Au profit de quoi ? À côté de quoi est-ce que je passe, au juste ?
Alors hier, quand je n’ai pas touché terre et que je suis rentré crevé, j’étais heureux, serein. Les doutes que j’avais par rapport à la matière artistique en train d’émerger sont le signe du travail qui se fait, de ma présence active dans le monde et plus spécifiquement dans mon monde, c’est-à-dire ma raison d’être, c’est-à-dire la voie qui est tracée pour moi.