Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Choisir sa table de jeu

    Au casino de la vie, nous naissons assigné à une certaine table. Plus tard, nous découvrons que le casino est rempli de jeux divers. Nous rêvons de nous y essayer mais, convaincus contre toute évidence, que nous sommes enchaînés à notre table, que c’est celle qui nous convient, nous nous y accrochons. On nous a appris qu’il était préférable de gagner, donc c’est ce que nous tentons de faire, alors même que nous ne sommes pas emballés par le jeu. Votre jeu peut être la réussite sociale, financière, familiale, le modèle amoureux, parental, éducatif, l’idée qu’on vous a transmise de la sécurité (affective, émotionnelle, physique, professionnelle…), de l’aventure, du risque. Ce que j’ai fini par découvrir, c’est que le casino offre un nombre infini de jeux et qu’une fois que j’ai décidé de me lever de la table à laquelle je ne me plaisais pas, je suis libre d’explorer, de m’assoir à n’importe quelle autre partie en cours et de décider si je veux seulement jouer quelques tours pour m’amuser ou m’investir et tenter de gagner. J’ai déjà quitté plusieurs tables, et maintenant j’en suis là, à la phase d’exploration et de découverte, et à me demander s’il y a une table qui va me retenir ou si je vais continuer à passer de l’une à l’autre jusqu’à la fin de mes jours, juste parce que c’est tellement fun d’élargir mon expérience du monde et des possibles !

  • Fluidité

    La vie est pour moi une série de changement, une énergie fluide et mouvante. Vivre bien c’est vivre en épousant la vague. Chaque résistance destinée à forcer la sensation de pérennité, à élever une digue pour contrer le mouvement naturel de l’existence, est vouée à l’échec. Toujours la marée est plus forte. Toujours, la digue finit par céder. Ne gaspillons pas notre force à tenter d’ériger des murs de sable face à la force tranquille de l’érosion. Préférons nous jeter contre les flots, nous ébrouer dans l’écume, danser dans le vent qui nous emporte. C’est un apprentissage difficile, qui demande parfois d’accepter une certaine souffrance, qui ouvre surtout les portes d’un nouvel enthousiasme, proche de l’extase.

  • Allez

    La chaleur est tombée ce soir. Demain est un grand jour. Vendredi est un grand jour. Samedi est un grand jour. Dimanche est un grand jour. C’est une série de grands jours avant une série de jours longs. L’été sera là, avec son rythme singulier, entre extrême disponibilité à moi-même et extrême langueur, l’inertie des vacances (celles des autres) se heurtant à mes ambitions. Je compte mes raisons de ressentir de la gratitude. Elles sont nombreuses. Je compte aussi tout ce qui m’enverra en enfer et là aussi, la liste est longue. Il faut pourtant bien jouir de la vie, même lorsque la jouissance prend des airs de lutte. Rester fidèle à soi quand les discours dogmatiques et prosélytes nous bombardent de partout pour nous faire ployer. Les plus insidieux se faufilent dans les regards méprisants, dans les petites remarques claquantes lâchées du bout des lèvres avec un air innocent. Vieillir augmente le grondement sourd de ma révolte.

  • Failli oublier

    Sous l’orage, les mots tombent et dessinent de délicates constellations sur le papier. Le pétrichor chatouille mon épithélium olfactif. Des nuages dérivent, portés par des courants invisibles et rapides. De temps en temps, un éclair zèbre le ciel. Dans ta campagne, tu dors sans doute tandis que je rêve d’ailleurs, de tracer la route et de vivre dans une maison mouvante. Dériver, moi aussi, au gré des souffles de l’air qui attend de m’emporter. Trois ans d’un chantier rigoureux pour réaliser cette ambition. Consolider ce qui a besoin de l’être. Commencer par de mini errances. Allonger la durée progressivement. Embrasser les enfants sur le front, garder une ligne directe avec eux. Puis tracer. Tranquille. Sans urgence ni précipitation. M’épanouir dans la solitude et les rencontres de hasard. Dis, tu viendras de temps en temps ?

  • Rien

    Aujourd’hui, je n’ai rien. Entre les maths et les réflexions autour de la notion de voyage dans l’imaginaire, la recherche d’une œuvre dans laquelle m’engouffrer pour me sentir dépaysé, un mail pour discuter de mon prochain stage d’écriture, quelques échanges sympas, une séance de coaching, quelques courses pour un goûter, l’arrosage des plantes et un brin de ménage, je n’ai rien. Quand je dis « rien », c’est pas de création, pas de temps où je me suis senti immergé dans le faire ou dans l’invention. Probablement à cause de l’extrême fatigue qui s’empare de moi après chaque session intensive. Il m’a fallu vingt-huit doses de café pour commencer à dissiper la chape sirupeuse qui s’attardait dans ma tête. Je ne peux pas dire que ça ait été ma meilleure journée. Pas très lucide quant à mon besoin de repos, je n’ai pas écouté les besoins de mon corps, pas plus que ceux de ma tête. Encore une semaine à tenir. Courage !

  • Québec, paradigmes, canicule, décharge mentale

    Une heure du matin. L’air frais chasse les derniers restes de la canicule récente. Petit à petit, à pas minuscules, microgramme par microgramme, la charge mentale qui m’écrase s’allège. Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà mieux. Bientôt, j’y crois, je pourrai à nouveau respirer. Pas littéralement. Je suis ma routine d’exercices de respiration, je m’hydrate. Je ne prends pas autant soin de moi que tu le voudrais. Je fais de mon mieux dans ce monde vide de tes soupirs. Je questionne mes paradigmes. Plus rien ne tient debout sous mes pieds. La surface de la Terre s’est fendillée. Les fissures plongent jusqu’au cœur et quand elles l’auront traversé, tout explosera. Ou implosera ? Ça revient au même, tout va péter. Je fais style de garder l’équilibre sur cette surface fragile mais j’en mène pas large. Pour m’aider à rester debout dans ces vacillements, j’écoute des artistes québécois. C’est là-bas que je suis né à moi-même. Bizarre de me dire que la version la plus authentique de moi est un gamin de 16 ans traînant ses bottes dans la neige. S’il y a une vérité à mon sujet, c’est celle là. C’est peut-être même la seule. Le reste n’est qu’une succession de compromis et de négociations avec une vie qui exige de moi plus de sacrifices que je ne suis prêt à en consentir.