Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Il ne pleut que des idées.

    Dehors, il pleut. L’orage que tu m’a envoyé est enfin arrivé à destination. La pluie porte mille milliards de messages, des fragments de rêves à rêver ensemble, de voyages à inventer. Je partirai seul, mais pas complètement.

    Il m’arrive d’écrire alors que je suis épuisé, que mon corps me supplie de déclarer la fin de la journée, que mon cerveau peine à aligner deux mots. Je reste devant l’écran. La musique me maintient en alerte. Le thé, ou le café, réchauffe la nuit. Même avec la lumière j’ai froid quand je ne vois plus le soleil par la fenêtre. Les mots ont cette façon de trouver le chemin quand même, de s’écraser sur la page, comme des taches de pensée laissées par la pluie.

  • Brut

    Plus j’avance, plus je me défais de mes artifices. Ce qui m’intéresse, c’est la nudité des choses. D’un désir, d’une terreur, d’un espoir ou d’un désespoir, d’un·e humain·e. C’est peut-être une réaction à l’artificialisation constante de notre société. Algorithmes, filtres, IA, discours sous surveillance, société sous surveillance, chacun épie son voisin, le juge du haut de son piédestal avant de se regarder soi-même dans le miroir.

    Revenir à l’émotion fragile, à la tension vulnérable qu’elle fait naître en soi, la terreur de l’altérité, le besoin d’hypercontrôle exacerbé par la dépossession constante de notre libre arbitre et de nos marges de pouvoir, l’effroi tragique de notre mortalité. Revenir à l’émotion pure qui naît du fait d’être en vie. Le désir brûlant de laisser sa marque. De ne pas exister pour rien. De ne pas disparaître de cette Terre sans y avoir sculpté son empreinte.

    Écrire l’émotion vécue dans le corps. Pas dans le but de s’en débarrasser, ni de la « gérer », ni de la « régler » et surtout surtout pas de la contrôler. Une émotion, ça se vit, ça se rencontre, ça se traverse. C’est un espace de vie à habiter, fut-il inconfortable.

  • Manque

    Raconter le manque sans l’obsession ni l’abstraction. Le manque qui n’est pas manque de l’idée de l’autre, mais de sa présence.

    Dans ce cas, le manque cesse d’être un vide à remplir pour devenir une attente.

    Dans ce cas, dans l’esprit n’existe pas l’idée, toujours déformée par l’imaginaire et une forme d’idéalisation.

    L’attente cesse alors d’être un vide dévorant pour devenir le vide serein de l’absence et la promesse d’un moment à venir où le réel se remplira à nouveau de présence. Une présence qui n’est pas anticipée, qui est sans besoin de résultat, sans scénario préécrit.

    Dans cette forme de manque, ce n’est pas un besoin obsessionnel qui s’exprime mais le plaisir de s’habiller le cœur pour les retrouvailles et l’envie de la rencontre.

    Ce manque, il faudrait trouver des récits pour le faire exister plus fort que l’autre, celui qu’on nous vend dans les mauvais drames et les romances de gare. Il faudrait lui trouver un nouveau nom. Un nom qui célèbre l’absence et la pureté du désir.

  • Bourrasques nocturnes

    Il est difficile, le chemin vers soi-même. Encombré par les renoncements, les injonctions, les désespoirs qu’il ne faut pas laisser nous abattre, les peines qui nous accablent et font se dresser nos barricades internes. La pression du monde extérieur le dispute aux élans surgis de l’intérieur. Je rêve d’orages et de pluies diluviennes, pour leur beauté et pour leur capacité à tout lessiver sur leur passage. Et l’odeur de la terre, après.

  • Clown

    Pudique, vulnérable, fragile, maladroit, caractériel, audacieux, timide, tremblant, fier, trébuchant, adroit, jubilant, désespéré, farouche, copain, relié, reliant, aimant, amoureux, sensuel, ronchon, fébrile, aventureux, expert, sincère, authentique, sur le fil, humain, vivant.

    Vivant.

  • Se connaître

    De deux choses l’une : ou bien tout a été dit.

    Ou bien la reconnaissance est telle que c’est nous et notre incompréhension, notre émerveillement du monde et l’élan sans cesse renouvelé de mettre en commun les aventures d’une existence en terre inconnue.

    Et qu’est-ce d’autre, ce monde, qu’une terre dont l’inconnu se réinvente sans cesse ?

    Au départ de toute rencontre, il y a une curiosité de l’autre. Un espoir de trouver un écho à notre expérience déroutante du monde, de trouver un miroir pour nos ombres. Là naît une complicité sans égale. Dans la reconnaissance (et la légitimation) de nos zones sombres, de nos bizarreries. Qu’un autre nous dévisage non pas avec un air de dégoût ou d’incompréhension mais avec cette incrédulité du « mais… toi aussi ? » et de reconnaissance.

    Être bizarre pour l’autre, c’est sympa. C’est facile de surprendre, mais il y a quelque chose là-dedans qui me maintient sur mes gardes. Jamais complètement à l’aise d’être moi, toujours à l’affût du jugement qui nie, du regard qui invalide.

    Être « jumeau », c’est une autre liberté. Celle de s’épancher sans avoir besoin de s’expliciter. Un regard, un soupir. On se comprend sur l’important. Les différences restent superficielles.