2026 02 15

On dit parfois qu’il ne faut pas faire de sa passion son métier, mais je n’ai jamais regretté de concentrer ma vie professionnelle sur l’écriture. Cela m’a permis d’approfondir ma pratique jusqu’à la transformer. Ce qui a commencé comme un espace de jeu dans mon enfance est devenu un espace de croissance intime sans égal dans ma vie. Je m’y suis confronté et continue de m’y confronter à des questions existentielles, identitaires, politiques, esthétiques qui me passionnent et qui réclament que je repousse les limites de mon expertise. Ma pratique s’est complexifiée et pour accueillir ses nouvelles profondeurs, j’ai dû simplifier tout ce qui était digression et ondulations de surface. En faisant basculer ma « passion » dans le « pro », j’ai créé un vide. Puisque je consacrais mes journées à écrire, comment allais-je remplir mes temps de loisir ? Le spectacle vivant s’est invité dans mon paysage, le dessin, la linogravure, des pratiques qui ont élargi mon champ artistique sans entrer en compétition avec l’écriture et sans chercher à s’additionner à elle sur le plan professionnel. Enfin, pas tout de suite. Le clown a pris de plus en plus de place et se profile comme un prochain embranchement de ma « vie active ». Si je n’avais pas fait de ma première passion mon métier, je n’aurais peut-être pas eu la place, dans une vie déjà saturée, pour ces autres forme d’expression artistique. Bien sûr que les métiers de l’écriture présentent des défis, qu’on n’en vit pas très bien, qu’ils sont très incertains, mais dans un monde où la culture du travail est elle-même pleine d’incertitude, où les grands groupes licencient à tout va tandis que les petites structures mettent la clé sous la porte, je ne me sens pas si mal loti. Je ne sais pas ce qui me pousse à publier ça aujourd’hui. Peut-être la synthèse d’une semaine en repli sur ma pratique, peut-être est-ce l’écho des articles de presse que j’ai lus aujourd’hui, qui me rappellent comment est le monde « là-bas », de l’autre côté de mon miroir. Ou peut-être ai-je relu récemment l’expression « il ne faut pas faire de sa passion son métier », je ne sais plus où, je ne sais plus dans quel contexte. Peut-être dans un rêve. Je confonds régulièrement ce que je vis dans mes rêves et ce que je vis dans ma réalité éveillée. Ou peut-être est-ce une façon pour moi de réfléchir à pensée haute à cette phrase entendue jeudi : « ce n’est pas parce que nous avons un SIRET que nous sommes des entrepreneurs comme les autres ». Parce que je crois que si. Je crois que l’artiste professionnel est exactement un entrepreneur comme les autres et que continuer à affirmer le contraire à cause des connotations politiques ou idéologiques qui pèsent peut-être sur ce mot (« entrepreneur ») nous dessert. C’est un dimanche comme un autre, mou comme un dimanche. La pluie martèle sans discontinuer depuis ce matin. Je me prépare à sortir de ma caverne. Demain, le labo reprend. Jeudi, un stage de création de quatre jours. Une nouvelle dynamique enthousiasmante.