Je suis seul, je m’ennuie. Pour m’occuper, je remets en question mes choix de vie, je mange des trucs auxquels je ne prête pas attention. Je fais défiler mon répertoire à la recherche de quelqu’un à appeler pour passer le temps, mais j’ai mis tout le monde à distance. Les mots se défilent. Mes idées sont brouillonnes. J’en étais où, déjà ? Je ne trouve rien à lire, rien à regarder, rien à écouter que des vieilles chansons que je connais par cœur. Le vide. Il paraît que je devrais apprendre à l’accueillir, pas paniquer, mais je panique pas face au vide, je sais juste qu’il va y en avoir à revendre quand je serai mort, je ne vois pas trop l’intérêt de m’en encombrer de mon vivant. Faut croire que j’ai pas le choix. Du vide, c’est 60% de mon temps. De l’attente. Du repos. De l’errance. J’irais bien marcher mais la nuit est sombre et la pluie glaciale. Pendant que les types au pouvoir démontent tout ce que le système pouvait encore avoir de cool, pendant qu’ils précipitent le monde vers son crash final pour amasser quelques billets de plus à brûler dans leur grand feu de joie apocalyptique, je coche six numéros sur un morceau de papier dans mon grand fantasme que le manque d’argent est la cause de tout mon ennui. Rien qu’à l’écrire, je ris. Le vide ne peut être comblé que de l’intérieur ou rencontré librement. C’est lui qui me permet de devenir un autre dans le clown et le butô. De l’oubli des noms qui me figent jaillissent de nouvelles formes qui, tout en empruntant mon apparence, ne sont pas moi.