2026 02 10

La grisaille donne l’impression d’une journée nocturne. Midi comme s’il était dix-sept heures. De grandes vagues de joie me traversent à chaque bourrasque rafalant la pluie sur le zinc. Le silence et la solitude m’apaisent. Aujourd’hui paraît le roman qui a occupé six mois de ma vie il y a deux ans, que j’ai terminé dans un sprint fou à la montagne tandis que mon cousin se frottait à son premier job. C’est une romance dans le manoir d’un milliardaire. Je m’en souviens peu. Si je devais l’écrire aujourd’hui, j’y mettrai sans doute davantage de yachts et de sorties luxueuses. Je le traiterais moins comme un huis clos. Ou pas, je n’en sais rien, c’est toujours facile de se dire « j’aurais fait ci, j’aurais fait ça ». Cela suppose que l’on ait son mot à dire sur ceux qui s’expriment à travers nous. Je me défais de cette prétention. Ce qui écrit à travers moi, c’est autre chose que ma seule volonté.

Étrangeté de parler d’un livre qui est si loin de moi. J’ai vécu et écrit d’autres choses depuis. Laissé mon écriture prendre un virage plus poétique. En deux ans, ma créativité s’est transformée. La manière dont j’ai envie de la vivre, ce que j’ai envie qu’elle porte, les voix que je sens émerger, rien n’est identique. C’est comme si j’étais devenu un autre écrivain. En réalité, je suis le même marin en dérive, porté par les flots, les courants et leurs caprices. Mon embarcation n’a ni barre ni gouvernail. C’est à peine si j’ai une gaffe pour repousser les récifs.

Je vais mon chemin, cahin-caha, alternant entre la page et la scène, entre la création et la transmission. Je me laisse porter et j’apprends l’abandon le plus total.