J’étais au Butô le weekend dernier. Je retiens la recherche de vacuité. L’effacement de soi pour que survienne autre chose. On trouve ça dans le clown. Hier, j’ai vu Typhus Bronx. Il y a cette question que pose Emmanuel Gil à son clown : « tu vas où quand je me démaquille ? », et la question inversée. Plus que cette question, ce qui m’intéresse, ce sont les possibles qui s’ouvrent quand on cesse de s’attacher à ce que l’on s’est habitué à être. Entre les lignes, j’ai lu hier que le clown c’était l’âme du comédien (« quand tu seras mort et balayé, je serai toujours là. C’est juste qu’on ne me verra plus »). Ego death, dit-on dans certains courants initiatiques. L’artiste, s’il le choisit, peut s’en servir de fondation pour son travail. Changer de masque, de costume, de voix, de langage, de sexe, de personnalité, d’identité, encore et encore et encore et encore. Dans le butô, les archétypes servent de point d’entrée mais on peut en changer tout au long de la chorégraphie : être tour à tour femme, ivrogne, aveugle, momie, vieillard, enfant, séparément ou tout à la fois. Le personnage est au service de l’expression d’une intériorité, qui est une réaction au présent, à l’immédiateté. Que se passe-t-il maintenant ? La réponse se trouve dans l’écoute et dans la présence à son environnement, à ses sensations, mais pas à sa pensée. Ou si la pensée surgit, on la traite comme un accident. En clown, « tu dis ce qui te passe par la tête ». Il y a d’autres manières de faire exister la pensée qui surgit. Par le corps, par la suspension, par le regard, par le souffle. Ce qui importe, je crois, c’est d’être à l’écoute de ce qui est, là, dans cet instant unique et qui ne se reproduira plus. Pour cela, il convient d’effacer notre identité de tous les jours. De la ranger dans un tiroir le temps de la prestation. En apprenant à faire cela, je peux me libérer des pressions de mon ego à performer selon certains codes, à se conformer à une certaine image de soi. Alors peuvent émerger des formes et des histoires et des moments surprenants.