5 minutes pour écrire, le temps de descendre à l’arrêt et d’attraper le bus. Je vais arriver trop tôt. 9h40 pour 10h. Ça n’a pas de sens. Je me sens envahissant, même si je ne suis pas responsable des horaires du bus. Le bus suivant me ferait arriver trop tard. Je n’aime pas être trop en avance, mais cela me donnera l’occasion de parler avec N. Je pourrais le faire quand les autres seront là. Mais j’aime écouter les autres. Entendre les voix. Entendre les parcours. Alors arriver tôt, c’est m’offrir le luxe de sa présence et de son expérience et de sa parole et pouvoir en nourrir ma propre réflexion et mon parcours. J’ai tout à apprendre. À découvrir. À savourer. Je me sens comme un oisillon passant sa tête par-dessus le bord du nid. Je ne sais pas ce que je viens trouver dans le Butoh. Je peux dire des choses sur ce que je pressens. Mettre des mots, mais ce seront des mots maladroits. Fragiles. Pas assez lestés de certitudes. Comme le disait L. au labo : « mon âme sait pourquoi je suis là, mais moi je ne le sais pas ». L. ne vient plus au labo. Beaucoup d’autres désistements. Beaucoup beaucoup de désertions. Il suffisait peut-être de se parler. De s’entendre dire : « je doute » et de se sentir entendu.
Dans l’urgence, des décisions sont prises. J’arriverai en avance et je verrai sur place si c’est trop d’inconfort. Si c’est le cas, je ne recommencerai pas.