2026 01 20

Les feuilles tonnent entre les mains du dessinateur. Le clavier claque sous mes phalanges. Le mot qui tourne dans ma tête, c’est « engagement ». S’engager dans un projet, se mobiliser vers quelque chose, prendre la place, sa place. Peu en importe l’issue, l’engagement donne sens.

Ce n’est pas s’engager pour réussir ou échouer, mais s’engager pour se réaliser. Pour ne pas rester sur le bord de sa propre route.

À quoi cela ressemble-t-il ? À un planning, à une publication quotidienne ici, à finir et proposer et parler de mes projets, à garder confiance dans le processus.

Concrètement, pour moi, ça veut dire retrouver le chemin de l’énergie du faire. Esquiver les doutes et la voix de la petite bourgeoise qui veut m’imposer ses idées préconçues sur qui je devrais être et comment je devrais faire et qui voudrait me comparer à untel ou untel ou tel autre.

Concrètement, ça veut dire passer plus de temps sur la matière et moins de temps à la commenter. Entrer dedans. Entrer dans l’émotion et l’universel. Entrer dans le juste.

Passer par le corps. Passer par la voix.

Je m’épuise à construire un discours sur ma pratique, mais ma pratique c’est le langage. Chercher quoi dire et comment le dire, c’est mon métier. La frontière est mince entre le cœur de ce métier — faire œuvre à partir du monde dans l’espoir d’apporter un peu de lumière à quelqu’un — et simplement ergoter.

Être en recherche constante signifie que je passe la majeure partie de mon temps à faire pour faire. Écrire pour écrire. Danser pour bouger. Esquisser des choses dans l’attente qu’un fil sorte de la masse et le tirer sans savoir s’il va mener quelque part, ni s’il va casser avant d’avoir mené quelque part, ni, ni, ni.

Être en recherche, c’est aussi, ce fil trouvé, l’utiliser pour tisser un canevas et achever la tapisserie.

Je ne sais pas toujours ce qui sera un projet intéressant. Je ne sais pas toujours si mon insatisfaction avec un résultat vient du résultat lui-même, qui serait raté, ou de mes attentes démesurées. Je tente de faire mienne la maxime qui consiste à faire de mon mieux avec ce j’ai. Et de garder l’humilité de montrer ce que je fais plutôt que d’attendre un éternel et inatteignable idéal.