À court de café et de feu pour la bougie. Routine matinale impossible. Humeur méchante. Je grogne, je ne mords pas. Ça viendra.
La pluie martèle le zinc de la toiture. La guirlande électrique projette son halo cuivré sur les épines déjà friables du sapin. Le goût sans intérêt du café acheté en urgence à l’épicerie du quartier me rend encore plus grognon que son absence. La serpillère absorbe ma frustration.
Pourquoi ne trouve-t-on que des carnets lignés dans les papèteries ? Les gens ont-ils à ce point besoin d’écrire droit ? Est-ce une manière de retrouver de l’équilibre dans ce monde dont la dégringolade semble ne devoir connaître aucune fin ?
La bougie, noire, dégage une flamme beaucoup trop longue. Je rêve d’une cheminée où crépiterait un feu enveloppant. La fierté primaire d’avoir su bâtir un foyer, par quoi j’entends un empilement de bois équilibré de telle sorte que l’oxygène s’y diffuse en quantité suffisante, que les différentes épaisseurs de bois s’y enflamment en succession ni précipitée ni trop lente, qu’il ne réclame qu’une infime supervision, que l’attention puisse se relâcher, confiante dans la durabilité du brasier, et que la chaleur ait tout loisir de me remplir de plaisir.
Dans mes oreilles, des rappeurs québécois jonglent avec la langue. Mon téléphone vibre d’effusions d’amitié. Ma frustration dissipée, je commence à m’endormir. C’est mon jour de repos.