C’est quand j’écris tous les jours qu’il se passe des choses. Le faire en public apporte une régularité supplémentaire, comme un engagement informel à aller au bout de la démarche d’exploration créative.
Je dis « exploration » parce que c’est à une aventure que cela ressemble de se lancer dans une production quotidienne. Impossible d’anticiper. Impossible de se préparer. Juste être au rendez-vous et avancer. Les mots dessinent leur propre tracé, ils offrent leur lot d’obstacles et de trésors.
Parlons-en, des obstacles. J’écrivais plus tôt ce soir que j’ai l’impression de buter sans cesse contre les mêmes, de m’engouffrer dans les mêmes impasses. Inlassablement. J’écrivais : en surface, on dirait une répétition, comme une obstination à vouloir traverser un mur invisible. En profondeur, cependant, de nouveaux chemins s’ouvrent grâce à ces heurts répétés. C’est grâce à l’immuabilité des obstacles que ma transformation s’opère.
Finalement, la solution n’était pas dans la recherche de chemins de traverse ou d’outils pour faire ciller l’obstacle, mais dans l’acceptation de sa résistance et de la lutte entre nous. Accepter de ne pas céder. Accepter que le monde ne cède pas. Ne pas baisser les bras. Ne pas courber l’échine. Garder la tête haute et les muscles bandés. En apparence, rien ne bouge. Ni le rocher ni moi. À l’intérieur, tout mute pourtant.
S’ancrent des axes de mes identités d’homme et d’artiste, précisément à l’endroit de cette résistance. Sans elle, pas de solidité.
Ou, comme l’écrit Goliarda Sapienza :

Demain, si le cœur nous en dit, je continuerai à creuser.