Juste un peu

Poser quelques mots pour ne pas perdre le fil même au milieu du surmenage et du manque et de la canicule étouffante de juin. L’air est sec. On est loin de la chaleur moite qui te prend tout le corps et te couvre de sueur poissarde. Je perds le chemin des mots, occupé à éteindre des feux à droite et à gauche.

Pas évident de trouver l’espace de penser, de ressentir et, a fortiori, d’écrire quand le brouhaha médiatique enveloppe l’attention, quand les urgences et la charge mentale martèlent leur rythme impossible à suivre.

Difficile de me sentir désirer ou aimer.

Difficile de rester en lien avec le feu qui, il y a quelques mois m’animait et m’éclairait pourtant avec clarté.

J’essaie d’entretenir le fil. Limiter les distractions, préserver quelques espaces de mouvement, de concentration, de silence, de création, de vagabondage mental. Je m’accroche à l’idée que c’est dans la durée de ce lien conscient et délibéré que je retrouverai le chemin de moi-même. C’est ni plus ni moins qu’un acte de foi, ancré dans mon expérience. Bientôt trente ans que je me frotte à cet animal sauvage qu’est l’écriture. Je n’en suis pas à ma première errance. J’ai bon espoir que celle-ci aussi s’achève.

Alors même juste un peu, même si ce n’est qu’en surface, je reste relié.