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  • 2026 02 02

    C’est l’heure d’un deuxième café. Easy listening. Easy drinking. Le soleil perce les nuages bleus. J’oublie qui je suis, mes mélodrames et mes complaintes. Il ne faut pas laisser la mélodie des médias plomber l’espoir et l’engagement. Pas sombrer dans l’à-quoi-bonisme. Lundi, c’est jour de repos. Lundi, c’est jour de clown. « C’est quoi, l’obsession de ton clown ? »

    Son obsession ?

    Je lis de la poésie et je ne comprends rien. Des fois ça me touche. Souvent, non. Comment choisit-on quels poèmes éditer ? Faut-il une sensibilité particulière pour être touché par un poème ? J’ai l’impression qu’il me manque une part d’âme, comme il manque des cônes ou des bâtonnets aux daltoniens. Ou plutôt qu’un manque, que ma configuration s’emboîte mal dans la configuration des poètes.

    C’est peut-être ça, mon obsession, détruire l’idée de norme. La remplacer par la multitude des singularités. Pour rêver un monde où l’on ne trouverait personne « bizarre ». Où l’on se contenterait d’ouvrir sa curiosité aux particularités de chacun·e. Où personne ne se sentirait menacé par les différences.

    J’ai perdu mes assiettes de jongle. Elles ont dû se glisser dans un des interstices que le réel laisse ouvert en permanence autour de moi.

    Je ne dis pas « je suis malade ». Je dis « mon organisme se réagence ».

    Je ne dis pas « je suis fauché », mais « je ne suis pas assez relié à ma vérité ». Qui n’est d’ailleurs pas la mienne, mais celle qui m’emprunte comme on emprunte une route.

    Trouver l’état de transe pour que surgissent les mots vrais. Où sont planquées ces assiettes ?

  • 2026 01 31

    Dans la confusion neuronale de l’épuisement, le système immunitaire débande. Sous le soleil indifférent de fin janvier — un mois s’est écoulé, déjà, de cette année d’apocalypse. Partout fleurissent les appels aux recrutements militaires. Les médias font pleuvoir leurs nécrologies pour la démocratie. L’ancien ordre mondial vacille et je tente, maladroitement, de semer un peu d’espoir, un peu de courage. Créer me paraît indispensable. Lutter en contrebalançant la pulsion de mort ambiante par un excès de pulsion de vie. Rire. Jouir. Danser. Célébrer les parcelles de nos existences comme autant de fragments de braise encore rougeoyante. L’art plutôt que la culture. La création sauvage, libre, punk, indisciplinée, plutôt que les objets commerciaux bien propres que le système accepte dans son giron. L’heure n’est plus à la politesse. Il est temps de hurler dans les rues.

  • 2026 01 30

    Un tunnel traversé en apesanteur.

  • 2026 01 29

    Épuisement : conséquence de mon manque d’anticipation des besoins de repos et récupération corporelle, nerveuse et émotionnelle après une semaine de vie.

    Alors, je dors.

  • 2026 01 28 (2)


    Je cherche je cherche mais ne trouve pas le chemin qui, dans ma tête, me mettra sur la piste des mots, ceux qui vibrent et qui viennent d’au-delà de moi. Partout dans mes cellules la tension entre esprit et matière. Je vibre de cette tension. Je vibre de cette irrésolution. Je cherche la fenêtre, la porte, la herse, le pont-levis à abattre pour qu’affluent rythme et langue et sens et justesse. « Tu me fais peur » m’a dit A. pendant l’exercice de regard. « Je te fais peur », ai-je répété. Poésie de l’écho. Question du ton qui teinte parfois jusqu’à la trahison la sonorité d’une phrase. Je cherche je cherche mais il n’est pas dans ma tête, ce chemin, mais dans mon corps. Descendre la conscience dans le plexus, dans le ventre, dans le périnée, dans la terre sous mes pieds. Garder le fil tendu au-dessus du crâne, pour rester relié au ciel. Des pétales de fleurs s’éparpillent en neige poudrée dans mes alentours. Je cherche je cherche et c’est ma concentration que je traque comme un braconnier sans vision claire de sa destination. La traque est-elle sa propre destination ? Compte-t-elle plus que la concentration débusquée ? Non ! Seule compte la sculpture du mot et l’objet auquel elle aboutit. Je guette les bruits de la maison, à l’affût des distractions. Je cherche, je cherche et du coin de l’œil et de l’estomac surveille la grande aiguille, minute ma fuite vers les maisons de nourriture pour échapper à la papote et me planquer dans un terrier sucré.

  • 2026 01 28


    J’étais au Butô le weekend dernier. Je retiens la recherche de vacuité. L’effacement de soi pour que survienne autre chose. On trouve ça dans le clown. Hier, j’ai vu Typhus Bronx. Il y a cette question que pose Emmanuel Gil à son clown : « tu vas où quand je me démaquille ? », et la question inversée. Plus que cette question, ce qui m’intéresse, ce sont les possibles qui s’ouvrent quand on cesse de s’attacher à ce que l’on s’est habitué à être. Entre les lignes, j’ai lu hier que le clown c’était l’âme du comédien (« quand tu seras mort et balayé, je serai toujours là. C’est juste qu’on ne me verra plus »). Ego death, dit-on dans certains courants initiatiques. L’artiste, s’il le choisit, peut s’en servir de fondation pour son travail. Changer de masque, de costume, de voix, de langage, de sexe, de personnalité, d’identité, encore et encore et encore et encore. Dans le butô, les archétypes servent de point d’entrée mais on peut en changer tout au long de la chorégraphie : être tour à tour femme, ivrogne, aveugle, momie, vieillard, enfant, séparément ou tout à la fois. Le personnage est au service de l’expression d’une intériorité, qui est une réaction au présent, à l’immédiateté. Que se passe-t-il maintenant ? La réponse se trouve dans l’écoute et dans la présence à son environnement, à ses sensations, mais pas à sa pensée. Ou si la pensée surgit, on la traite comme un accident. En clown, « tu dis ce qui te passe par la tête ». Il y a d’autres manières de faire exister la pensée qui surgit. Par le corps, par la suspension, par le regard, par le souffle. Ce qui importe, je crois, c’est d’être à l’écoute de ce qui est, là, dans cet instant unique et qui ne se reproduira plus. Pour cela, il convient d’effacer notre identité de tous les jours. De la ranger dans un tiroir le temps de la prestation. En apprenant à faire cela, je peux me libérer des pressions de mon ego à performer selon certains codes, à se conformer à une certaine image de soi. Alors peuvent émerger des formes et des histoires et des moments surprenants.