Dehors, l’air printanier ferait presque oublier qu’on est encore en hiver. Les muscles encore douloureux, l’émotionnel à fleur de peau, je perds ma concentration. Où en étais-je, déjà, avant cette interruption imprévue ? Je tamponne des têtes de renard partout avec le tampon miniature que j’ai acheté sur un coup de tête le trimestre dernier. Encore noire. Contours vides. L’envie d’aiguiser mes gouges me reprend. Graver mes propres tampons. Commencer par ceux que j’ai promis l’an dernier. Plaisir de créer, plaisir d’offrir. Je n’ai pas dessiné depuis si longtemps que j’ai oublié depuis combien de temps. Je lis de la poésie. Je m’interroge sur la poésie. Pas sur le poème, qui n’est qu’une forme. Je lis Comment vivre en poète qui est en fait un recueil de questions plus ou moins poétiques, d’invitations au regard frôlant souvent le développement personnel, par quoi je veux dire que j’ai croisé déjà ces champs de questionnements et leur formulation dans des livres de dev perso. À l’époque où j’en lisais. Qui revient à chaque cycle. J’ai commencé avant même d’être majeur. J’ignore quelle influence cette habitude a eu sur ma vie. Étais-je un feu follet avant cette habitude ? Est-ce que cela a amplifié une tendance innée à l’autodéfinition ? Je crains que oui, que l’on ne puisse blâmer aucun courant new age de m’avoir fait basculer dans mes travers antisociaux. Inemployable, insupportable, j’ondule dans les marges, incapable d’adhérer durablement à cette grande fiction collective que l’on prend pour la réalité.