Rage des mots bloqués, de l’énergie qui se disperse à cause d’un dos bloqué qui m’assigne à domicile. Des trucs ont besoin de sortir, qui ne trouvent pas la voie. Des envies de briser des verres, serrer les fragments dans mon poing crispé jusqu’à voir sentir le sang tracer ses rigoles tièdes le long de mon poignet. Envie d’expulser. 57 histoires écrites depuis10 ans. La majorité publié ou autopuliée ou envoyée à des ATs. Boulimie de mots. Pas hypergraphe mais peut-être pas loin. Quand les mots ne sortent pas ils enflent à l’intérieur et font des nœuds. J’étais bien parti et il a fallu qu’une boule se forme parce que quelque chose, je ne sais pas quoi, n’arrive pas à sortir. Il n’y aura pas de révélation magique, pas de soudaine épiphanie pour me mettre sur la voie. C’est maintenant, dans chaque minute où des mots fleurissent sur la page que cela se joue. Dans les livres publiés. Dans les dossiers soumis, les pièces montrées sur scène, en prenant le temps, en imposant, comme le souffle Naomi, ma présence. Du mouvement dans l’appart, mon attention dispersée par les énergies qui l’appellent. Trop sensible à la texture de l’air, je ne trouve ma concentration que dans la solitude et les lieux déserts. En août, la ville se vide. C’est le moment parfait. La nuit. Le weekend, quand les autres sont en train de baisser leur garde, que l’inertie remplace la frénésie, ça se calme autour de moi, les voix et les présences. Je peux m’entendre penser et m’entendre rêver. Je peux me poser et laisser circuler le magma. Quand mon rythme est niqué par un corps qui joue dans l’équipe adverse, ma routine qui s’effiloche, c’est la rage. Mal. Mal à l’épaule. Mal au bras. Mal au dos. Je peux pas rester assis. Je peux pas rester couché. Je peux pas écrire. Insupportable.