En entendant mal le titre d’un livre que je vais recycler parce qu’il ne m’a pas plu, j’ai retenu Parler rafale. Ça m’a donné l’image d’une scansion. De mots précipités. Enchaînés. Peu de respiration. Un rythme rapide. « Rafale : coup de vent soudain ». Le cnrtl précise : « Augmentation soudaine et momentanée de la force d’un vent; coup de vent violent et de peu de durée. » À quoi ressemblerait un parlé rafale ? Des fragments soudains. À quoi jugerait-on l’augmentation de leur force ? La rafale n’existe-t-elle que par contraste avec un vent constant ? « L’augmentation soudaine et momentanée » n’existe que dans un contexte. Un fragment seul ne saurait être une rafale que s’il vient percer un silence ou accélérer un autre rythme. Je laisse mûrir cette intuition. Il reste trop de questions pour la changer déjà en projet. Je garde l’idée comme on garde un poussin égaré. En le cajolant, en lui donnant de la chaleur et de la tendresse pour le voir s’épanouir, peut-être.
Auteur/autrice : Anaël Verdier
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![[Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/sn9y7JYWszfUkagUDpDpSz.gif)
[Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration
Événement à la Maison Demons : visitez-la, et rencontrons-nous.
Longtemps l’on confond humeur et inspiration.
On attend d’être dans un certain état d’esprit et une certaine disponibilité pour se mettre à écrire.En réalité, l’écriture peut venir indépendamment de votre humeur ou de votre état du moment.Et tant que nous associons écriture avec un certain état relativement réducteur, nous nous empêchons d’accéder au stade de notre pratique où l’écriture est quotidienne, les projets terminés et les envois aux éditeurs faits.Écrire un texte demande de créer de l’espace pour ce qui écrit en nous, d’accepter les étapes du travail, et de laisser émerger la matière même si nous ne sommes pas complètement disponible, sur l’instant.Vous vous installez pour écrire, la matière sort, et vous vous mettez à son service.
C’est quoi, se mettre au service de la matière ?
- Écouter l’histoire qui est en train de se raconter
- Repérer les motifs qui ont un fort potentiel émotionnel
- Repérer ce qui peut se transformer (un personnage, une situation, un décor)
- Identifier une intention au moment où elle se manifeste (et la reconnaître pour le pilier qu’elle est pour le texte)
Développer un motif ou une situation pour en découvrir les contours - …
Pour ça, pas besoin d’être en forme. Vous pouvez produire la matière et la lire plus tard pour repérer ce qu’elle contient. C’est pour ça que l’on réécrit.
Le texte n’a pas du tout vocation à être abouti du premier coup. Ça n’arrive presque jamais. Il faut toujours tailler dans la matière, élaguer, densifier, recadrer… C’est inhérent au travail, puisque le matériau brut émerge de notre première passe.
Faites la paix avec ça, ça vous aidera à ne pas attendre un état intérieur idéalisé pour vous mettre devant la page. Vous pourrez écrire en remplaçant l’attente par la curiosité.
Il n’y a rien à attendre d’un texte, mais beaucoup à découvrir et recevoir.
Quand on bascule de l’anxiété de « bien écrire » pour entrer dans la joie de découvrir ce qui va sortir de nous, et la jubilation de le rendre plaisant pour des lecteurs inconnus, il y a quelque chose qui s’ouvre en soi. Notre pratique devient plus expansive.
Vous avez déjà connu ça ?
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44.136
Ce qui me réjouit aujourd’hui, c’est cette pluie fine dont la mélodie apaise mon esprit et réjouit mon corps. C’est la saveur noisettée du café brûlant dans le fond de mon palais. C’est le souvenir des moments partagés, hier. Je me réjouis aussi du travail accompli et de celui qu’il me reste. Ces photos de Hong Kong (#goal). Le burger que j’ai mangé hier midi, sur l’herbe, pendant qu’une campagne photo pour un restau local était en train d’être shootée. Je relis Thoreau. Je chine dans les friperies. Pour continuer de me réancrer. Et, j’avoue, je recommence à lire du développement personnel. C’est comme un shoot d’adrénaline. Un boost artificiel. Mes instants de solitude sont trop courts, et j’ai beau abattre les contraintes et m’occuper des trucs (admin, boulot, suivi médical des uns et des autres, maison, les articulations de la vie, quoi), il y en a toujours de nouveaux qui viennent s’ajouter. C’est comme ça que cette société nous épuise, en empilant toujours plus de missions sur nos têtes. Ça grignote l’espace qui nous permet de penser et de créer, ça étouffe la petite voix de notre justesse intérieure et nous nous demandons pourquoi nous sommes stressés, malades, irritables, frustrés. Charge à nous de simplifier à outrance, de réduire les espaces de friction superflus au minimum, sans jamais nous laisser happer par l’illusion que leurs urgences sont les nôtres. La vie, notre vie, est trop importante et trop courte pour la laisser être bouffée par les ambitions et les problèmes des politiciens, des mégacorporations et des haters. C’est un défi de danser entre les faisceaux lasers de leurs robots stupides, mais si nous ne le relevons pas, c’est notre essence qu’ils s’approprient, ne nous laissant qu’une enveloppe vide pour traverser les années en nous gavant de leurs contenus cognitophages. Créer plus que se plaindre. Le monde change, c’est la vie. On s’adapte ou on meurt. Ça ne veut pas dire qu’il faille tout accepter, ne pas résister, mais se crisper sur l’existant, s’accrocher à ce qui n’est plus, n’a pas de sens.
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44.135
Dans toute construction, nous traversons le messy middle, une sorte de désert chaotique où le temps semble traîner, où rien n’a l’air de se passer, où l’on place jour après jour un pas devant l’autre sans avoir l’impression d’avancer. Je suis dedans. Je m’adapte. Je fournis les heures. Je lutte. C’est une lutte interne, entre le sentiment croissant d’une lassitude profonde, d’un doute qui l’est tout autant ; et la volonté de traverser cette membrane qui se dresse entre moi et l’achèvement de cette révolution que j’entreprends. Patiente révolution. Le pivot ne saurait être instantané. Il réclame l’énergie d’un voyage interplanétaire, pas celle d’une course à l’épicerie d’à côté. Patiemment, je fournis le travail en entretenant ma confiance dans la transformation à venir. Rien n’est évident dans cet exercice. Ma confiance est fragile, mes doutes nombreux, mais c’est le chemin que j’ai choisi et ces épreuves lui appartiennent. Je suis bien entouré, soutenu, mais le messy middle se traverse seul. Personne ne saurait nous y accompagner. Il teste notre détermination et notre courage. Il met notre ambition à l’épreuve. Il demande : « ton désir de traverser est-il suffisant ? » Si l’on préfère le confort du familier, le chemin s’efface et le pont n’apparaît pas.
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44.134
Où sont mes points faibles ? Je peux en lister page après page, mais plus spécifiquement, à cette saison de ma vie qui consiste à basculer mon attention et tout mon être vers ma carrière littéraire, pour laquelle je nourris le sol depuis dix ans. Dix ans que les graines se gorgent de nutriments et se renforcent, que les germes poussent dans l’ombre et creusent leur chemin patient vers la surface. Se gorgent des quelques ondulations lumineuses qui parviennent à elles, photons infiltrés entre les fissures infimes ouvertes par les graviers, les lombrics, les rongeurs, les racines d’autres végétaux, dans la dense épaisseur d’humus et d’argile et de calcaire. Se préparent à percer la croute superficielle sur laquelle marchent les surface-wanderers, ceux arpentent le monde qui s’étend entre ciel et terre. Mes racines ont pénétré le sol, s’y sont lovées, elles s’accrochent de leurs griffes délicates mais fermes. Quels sont les fragilités sur lesquelles j’ai encore besoin de me renforcer ? Le courage d’être vu. L’audace de me confronter au regard décisionnaire des éditeurs, l’aisance à parler de mes textes, à narrer leur raison d’être, la constance de me jeter face au public. Mes quelques années de spectacle vivant ont travaillé ça, coulé les fondations de ce travail. Il me reste à retrouver de la légèreté et du jeu dans le fait de vous rencontrer. Dans l’accueil de mes livres. Je suis trop empreint de gravité. Ça ne sied ni à mon tempérament ni à mon teint. Je prends tout ça beaucoup trop au sérieux alors que tout le secret réside dans l’acte de travailler sérieusement sans prendre au sérieux ni les résultats ni soi-même. Est-ce que je m’amuse ? Est-ce que je suis joyeux de ce que j’ai produit (oh oui ! Et re-oui) ? Est-ce que je résiste au besoin de me raconter que c’est quelque chose d’important ? Ça ne l’est pas. Je suis plein de gratitude d’avoir le privilège de faire ce métier, avec tout ce qu’il contient d’incertitude et d’irrégularité et de chaos. Maintenant, il s’agit de consolider la part qui me fait défaut : la simplicité d’en parler. Face aux gens. Avec plaisir et passion. C’est la passion seule qui compte. C’est la passion qui me fait défaut ces temps-ci.
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44.133
Mental en roue libre. Panique totale. Débordement, noyade. Revenir au corps. Respiration. Respiration. Sens le monde autour. Sens l’air sur ta peau. Sens le tissu sous ton poids. Sens le vol du moucheron qui t’effleure. Sens la connexion à la terre, aux ancêtres, au cosmos. Toutes les vies est d’une nécessité absolue. Revenir au zen ? Je fuis ma pratique méditative comme je fuis mes routines, qui sont pourtant mes meilleurs ancrages. Dès que j’installe une routine, les calendriers des autres viennent la percuter. Mon intuition ? Si j’arrivais à l’entendre, j’en serais pas là, dans cette panique totale du mental qui s’affole de questions superficielles. Faut apaiser ça d’abord. Mon intuition ? Rappeler Naomi et mettre en place une pratique rigoureuse du butō. J’ai besoin de ça, de pratiques contraignantes, un peu excessives. De me faire un peu mal pour me faire du bien. De routine minutée qui va m’énerver mais me canaliser. Canaliser. Ce mot revient beaucoup. Je retourne voir MP à la fin du mois. Faudrait que j’avance le rendez-vous. Faudrait que je finisse d’envoyer mes textes aux éditeurs de ma liste. Arrêter de laisser planer ces choses-là. Envoyé à Nyx un texte trop vite expédié. Refusé. Je ne l’avais pas travaillé, normal. J’avais besoin de me forcer un peu. Sortir un truc, l’envoyer. Dégripper ce geste-là. Je rêve beaucoup en ce moment. J’ai besoin d’une pratique corporelle plus soutenue. Je ne peux pas laisser les mots mais leur apporter un complément. Il y a tout un art à se repérer dans le bordel qu’est mon être et c’est un art que je n’ai pas encore maîtrisé.