Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • 44. 178

    La chaleur ralentit ma pensée. Juillet piétine mon cerveau. Je me tiens loin de l’actu broyeuse de volonté. Tente de me construire de l’espoir. À l’automne, la fin du monde sera remplacée par les urgences de la rentrée et les conversations reprendront des airs quotidiens. Nous minimiserons les chaleurs et les inondations. Nous nous préoccuperons d’étouffer notre anxiété plutôt que de construire un avenir apaisé. Ça prendrait de la patience, la capacité de retarder notre satisfaction, de vivre avec l’inconfort de l’incertitude pour nous sentir apaisés.

    L’art est une bonne école pour ça. Repérer des lignes de tension et les entretenir. Jusqu’au bout ne pas savoir si ça tient, comment ça peut tenir, jusqu’où ça résiste. C’est ça, créer. Ça vaut aussi pour une société, une amitié, une vie dont on soit fier. Je sais pas si je serai jamais fier de la mienne, je suis trop révolté contre le réel. C’est comme ça. Il faut que je relise Camus. Que je me souvienne que ce qui a du sens, c’est ce qui nous éloigne du suicide.

    Je n’ai que ça, alors, des choses qui ont du sens. Reste à trouver la joie.

  • 44.174

    Hier, chez les copains du Médoc, j’ai chaussé le nez, encore, sous la chaleur.

    Aujourd’hui j’ai besoin de me recentrer. M’adapter consciemment à la course du mois et à ses spécificités.

    Toujours ce sas entre deux élans, cette reprise de souffle avant la prochaine plongée.

    J’en suis où ? Je vais où ? Instruments de navigation à la main, j’interroge les étoiles, je reporte leur course sur ma carte, compare avec mon cap, vérifie que mon horizon est toujours le bon.

    Dans ces périodes de grosse fatigue, c’est pas le plus évident à faire. Je remets en question toutes mes directions, je caresse l’idée de faire demi-tour, de faire marche arrière ou de juste jeter l’ancre là et ne plus bouger. C’est pas si mal ici, le ciel est beau, l’océan accueillant, les poissons en abondance, mais ici ça n’est pas là-bas, ici ça n’est plus être, c’est subir le mouvement.

    Au moins, quand je navigue pour ailleurs, je peux justifier de me faire rincer par la tempête. La traverser est nécessaire pour arriver. Tu me diras, je pourrais justifier d’essuyer une tempête ici en me disant que c’est la condition pour y rester, mais je sais pas, ça fait pas le même effet. Quand t’es installé, il y a tout de suite un sentiment de propriété qui émerge et l’arrogance de vouloir contrôler l’état de mon morceau de pré. « Vanité des vanités ».

    Alors je reprends mes instruments et je vérifie être bien dans l’axe mon horizon.

  • 44. 167

    Instant suspendu. Ma respiration gonfle mon ventre et le dégonfle. Les oiseaux discutent de l’autre côté de la fenêtre. Souvenir de l’air enveloppant tiède mon visage et mes bras, sur le scooter. Souvenir de l’eau glacée de la douche.

    Les mouvements de mon univers m’interpellent. M’intriguent. Il se joue là des choses qui échappent à la logique matérielle.

    Le travail commence.

  • 44.163

    Après avoir liquéfié, la brise fraîche me glace. La musique m’isole. Mon calendrier, à ma droite, couvert de rectangles fluos qui scandent les rendez-vous de l’été. Échéances, ateliers, livres à finir, famille à visiter. Après le rush de juin et une semaine de récupération bienvenue, j’aborde la deuxième moitié de l’année avec sérénité. Reposé, les neurones disponibles, je dessine les contours d’une pratique à expérimenter : ramener du zen, ramener du corps, me concentrer sur la pratique comme véhicule d’éveil, comme espace de croissance et de méditation. Pleine conscience. Présence fine. À l’écriture. Au dessin. Au rangement. À la marche. Prendre appui sur la pratique pour consolider mon intériorité que je sens fragile depuis quelques mois (semaines ?). La pratique, c’est quelque chose qui n’est jamais acquis, que l’on répète et à quoi l’on se confronte de façon récurrente. Pour l’instant, remplir un dossier d’aide à la création pour espérer respirer et pouvoir créer sans pression matérielle. Ensuite, accompagnements, atelier, clown. Les semaines se remplissent avec fluidité. Bientôt, je vais devoir recommencer à dire « non » aux nouvelles opportunités qui se présenteront. Je serai à pleine capacité. Déjà, il me reste peu de marge.

  • [CDD] Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

    [CDD] Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

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    Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.

    Atelier ce dimanche : il reste des places

    Des radiologues, pourtant experts, passent à côté d’un tiers des anomalies indicatrices d’un cancer du poumon. En cause, la manière dont les informations transitent de notre perception visuelle (la manière dont la lumière frappe notre rétine) à notre cortex préfrontal (où se construisent nos interprétations conscientes de ce que nous voyons).

    Une équipe scientifique s’inspire de la vision des pigeons, meilleurs en perception et traitant l’information sans la filtrer. Plutôt que de limiter les informations visuelles qui montent à leur conscience, les pigeons trient en effet les données en grandes catégories abstraites (de type « nourriture », « danger », « rival », « abri », j’imagine).

    Les scientifiques ont entraîné les pigeons à repérer les anomalies sur les radios et les pigeons se sont révélés être d’excellents détecteurs à affections pulmonaires. La prochaine étape, repérer les réactions subliminales des radiologues (en filmant leurs pupilles, notamment) pour les aider à prendre conscience de ce qu’ils voient mais que leur cerveau ne prend pas en compte.

    Ce que les pigeons nous apprennent de l’écriture

    Pourquoi je vous parle de cette étude ?

    Parce qu’en écriture, il se passe la même chose.

    Vous avez une connaissance subliminale de votre histoire. Vous avez suffisamment lu et entendu d’histoires pour reconnaître une histoire qui fonctionne, un texte qui emporte un lecteur.

    Vous avez une intuition assez construite de l’histoire que vous voulez raconter, de ses personnages, de ses tenants et aboutissants, pour écrire un livre qui nous embarque.

    Mais entre cette connaissance intuitive et votre conscience, un tri s’opère à votre insu, qui vous fait passer à côté d’une grande proportion des solutions d’écriture grâce auxquelles vous pouvez transformer un simple texte en texte satisfaisant.

    Il y a, entre l’histoire que vous voulez raconter et le regard que vous portez sur vos textes, une myriade de couches de jugements, autocensures, comparaisons, doutes, qui ne servent pas l’écriture.

    Passer d’un regard descendant sur le texte à regard remontant depuis le texte

    Ma spécialité, depuis bientôt 20 ans que j’accompagne des auteurs et des autrices, c’est de déplacer le regard de vous vers le texte.

    Quand le regard est fixé sur vous, la question subliminale à partir de laquelle vous travaillez, c’est « Qu’est-ce qu’on va penser de moi en lisant mon texte ? ».

    La conséquence : vous regardez le texte de haut, à distance.

    Le glissement de regard que je propose consiste à travailler à partir de la question : « Quelle décision d’écriture est le plus au service de ce texte ? »

    Depuis cette posture, vous laissez le texte vous dire ce dont il a besoin, sans jugement ni distance.

    En changeant la question, le regard s’ouvre. Vos intuitions cessent d’être bloquées à la porte de votre conscience, et vous pouvez écrire avec justesse et efficacité.

    Ce dimanche 28 juin, de 15h à 19h, j’anime un atelier pour expérimenter ce glissement.

    Nous partirons d’un texte que vous écrirez en début de séance ou avec lequel vous arriverez, et vous apprendrez à formuler ce qui ne va pas encore dans ce texte.

    À partir de là, vous choisirez un axe de retravail, et un seul. Vous fixerez plusieurs éléments du texte et réécrirez à partir de l’axe que vous aurez choisi.

    Quand votre texte ne vous satisfait pas, comment trouver le premier axe d’amélioration ? Comment gagner de la capacité d’action sans repartir d’une page blanche ?

    Ce sera dimanche 28, de 15h à 19h. Vous repartirez avec une manière simple d’entrer dans vos textes. Inscriptions par retour de mail ou sur :

    https://anaelverdier.thrivecart.com/entrer-dans-le-texte/

    Anaël « tout est question de regard » Verdier

    PS : même si vous ne participez pas à l’atelier, essayez de repérer les moments où vous vous placez en juge de votre texte, et ceux où vous laissez le texte vous souffler la direction à suivre.

    Autres actus :

    Ma dernière vidéo : Comment Transformer vos Nouvelles en Roman (et éviter de vous perdre dans un projet trop vaste)

    video preview

    Retrouvez mes autres conseils d’écriture sur Youtube.

  • 44. 156

    Les conversations que j’entends en ce moment ont toutes l’air de tourner autour de la fin du monde (sûrement un biais de perception de ma part, ou un hasard des sujets qui tombent dans mon champ de conscience ces temps-ci). Que ce soit la fin du monde tel qu’on l’a connu en général ou la fin du monde du livre tel qu’on l’a connu. Je répète, parce que la nuance se joue là : c’est bien du monde tel qu’on l’a connu qu’il s’agit.

    Certaines conversations posent la question de l’adaptation et des outils nécessaires pour se préparer à ce qui nous attend. D’autres ont des échos plus réactifs, souvent défensifs, parfois défaitistes.

    Si le changement est inévitable (10.000 ans d’Histoire de l’humanité l’ont largement montré), il s’accompagne de la nécessité d’un travail actif de deuil. Laisser partir ce qui n’est plus permet de faire de la place à ce qui vient. Il est nécessaire de faire le vide en soi, de se défaire de nos paradigmes sans les remplacer trop tôt par d’autres.

    La nature du changement qui nous attend, c’est son imprévisibilité. Pas dans le sens où on ne sait pas quelle forme il prendra, mais dans le sens où la réaction de l’humanité reste incertaine. Où se positionnera-t-elle sur le spectre qui s’étend des guerres civiles et des massacres généralisés à la transformation douce et progressive de nos usages ? De la destruction massive des infrastructures existantes au revenu universel de base et à la paix dans un monde tourné ensemble vers la survie (étape 1) et l’épanouissement (étape 2) du vivant ?

    Je ne crois pas sérieusement aux scénarios extrêmes. La réalité sera plus probablement un entre-deux mitigé, à cheval entre violence et amélioration de nos conditions de vie.

    La difficulté avec les périodes de transition, c’est l’incertitude. Cette incertitude nous ronge le système nerveux et nous pousse vers des idéologies extrêmes, qui nous promettent un soulagement rapide comme les vendeurs de remèdes miracles.

    On le voit à chaque élection, le cortège des vendeurs de formules magiques. On le voit dans chaque pub qui nous promet d’incroyables résultats pour un minimum d’efforts.

    Je tombe facilement dans le piège de la réactivité. L’inconfort de la canicule me pousse à vouloir trouver un coin de forêt en Laponie, où planter une cabane, sous le couvert naturel des arbres. Puis les températures redescendront et je remiserai ce fantasme d’une solution simple à un problème complexe.

    En attendant, je travaille ma résilience, mon aptitude à m’adapter et à tolérer l’incertitude avant d’embrasser la nouveauté. Ce défi quotidien me force à questionner ce que je veux dans cette vie ; ce que je veux vraiment. Il me pousse à prendre du recul par rapport à l’industrie du livre — qui n’est qu’un des véhicules historiques par lesquels les récits et l’imaginaire ont fait leur chemin vers le public.

    L’avantage avec les histoires, c’est qu’elles sont malléables. Elles peuvent sans difficulté prendre plusieurs formes : un livre, un film, une série, une pièce de théâtre, un conte, un moment autour d’un café, une biographie, un jeu vidéo, un livre d’images, une seule image… Si le livre tel qu’on l’a connu vient à disparaître dans ce monde en flammes*, les histoires lui survivront. Elles prendront simplement d’autres formes.

    * J’ajouterai ceci : que ce qui disparaît c’est un certain modèle économique du livre, pas l’objet lui-même. Pas la lecture, non plus, mais l’idée du livre comme objet de consommation de masse. Parce que la culture de masse n’existe plus. Parce que l’ont remplacée des bulles de culture relativement hermétiques les unes aux autres. Des cultures de petits groupes. Pour les auteurs, ce n’est pas un problème. Quelques lecteurs suffisent à vivre de ses livres. Mais pour les éditeurs, pour les libraires, qui reposent sur le volume des ventes, la question est affolante.