Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • [Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration

    [Conseil d’écriture] N’attendez plus l’inspiration

    Événement à la Maison Demons : visitez-la, et rencontrons-nous.

    Depuis janvier, j’ai rejoint la Maison Demons, où je peux me consacrer pleinement à l’écriture. Si vous voulez me voir dans mon environnement semi-naturel, les ateliers seront ouverts le mercredi 17 juin entre 17h et 19h. Vous venez, vous sonnez, on vous ouvre et on papote. Vous pourrez visiter les différents atelier de la maison et rencontrer les supers artistes avec qui je partage les lieux.


    Le 20 juin à 11h, je co-animerai, sous le masque de mon clown, une visite patrimoniale de la maison. C’est gratuit sur réservation, à partir de 12 ans, et une manière chouette de découvrir cette maison laissée dans son jus de 1920 et le clown comme médiateur artistique. Inscriptions via hello asso.

    Longtemps l’on confond humeur et inspiration.

    On attend d’être dans un certain état d’esprit et une certaine disponibilité pour se mettre à écrire.En réalité, l’écriture peut venir indépendamment de votre humeur ou de votre état du moment.Et tant que nous associons écriture avec un certain état relativement réducteur, nous nous empêchons d’accéder au stade de notre pratique où l’écriture est quotidienne, les projets terminés et les envois aux éditeurs faits.Écrire un texte demande de créer de l’espace pour ce qui écrit en nous, d’accepter les étapes du travail, et de laisser émerger la matière même si nous ne sommes pas complètement disponible, sur l’instant.Vous vous installez pour écrire, la matière sort, et vous vous mettez à son service.

    C’est quoi, se mettre au service de la matière ?

    • Écouter l’histoire qui est en train de se raconter
    • Repérer les motifs qui ont un fort potentiel émotionnel
    • Repérer ce qui peut se transformer (un personnage, une situation, un décor)
    • Identifier une intention au moment où elle se manifeste (et la reconnaître pour le pilier qu’elle est pour le texte)
      Développer un motif ou une situation pour en découvrir les contours

    Pour ça, pas besoin d’être en forme. Vous pouvez produire la matière et la lire plus tard pour repérer ce qu’elle contient. C’est pour ça que l’on réécrit.

    Le texte n’a pas du tout vocation à être abouti du premier coup. Ça n’arrive presque jamais. Il faut toujours tailler dans la matière, élaguer, densifier, recadrer… C’est inhérent au travail, puisque le matériau brut émerge de notre première passe.

    Faites la paix avec ça, ça vous aidera à ne pas attendre un état intérieur idéalisé pour vous mettre devant la page. Vous pourrez écrire en remplaçant l’attente par la curiosité.

    Il n’y a rien à attendre d’un texte, mais beaucoup à découvrir et recevoir.

    Quand on bascule de l’anxiété de « bien écrire » pour entrer dans la joie de découvrir ce qui va sortir de nous, et la jubilation de le rendre plaisant pour des lecteurs inconnus, il y a quelque chose qui s’ouvre en soi. Notre pratique devient plus expansive.

    Vous avez déjà connu ça ?

  • 44.136

    Ce qui me réjouit aujourd’hui, c’est cette pluie fine dont la mélodie apaise mon esprit et réjouit mon corps. C’est la saveur noisettée du café brûlant dans le fond de mon palais. C’est le souvenir des moments partagés, hier. Je me réjouis aussi du travail accompli et de celui qu’il me reste. Ces photos de Hong Kong (#goal). Le burger que j’ai mangé hier midi, sur l’herbe, pendant qu’une campagne photo pour un restau local était en train d’être shootée. Je relis Thoreau. Je chine dans les friperies. Pour continuer de me réancrer. Et, j’avoue, je recommence à lire du développement personnel. C’est comme un shoot d’adrénaline. Un boost artificiel. Mes instants de solitude sont trop courts, et j’ai beau abattre les contraintes et m’occuper des trucs (admin, boulot, suivi médical des uns et des autres, maison, les articulations de la vie, quoi), il y en a toujours de nouveaux qui viennent s’ajouter. C’est comme ça que cette société nous épuise, en empilant toujours plus de missions sur nos têtes. Ça grignote l’espace qui nous permet de penser et de créer, ça étouffe la petite voix de notre justesse intérieure et nous nous demandons pourquoi nous sommes stressés, malades, irritables, frustrés. Charge à nous de simplifier à outrance, de réduire les espaces de friction superflus au minimum, sans jamais nous laisser happer par l’illusion que leurs urgences sont les nôtres. La vie, notre vie, est trop importante et trop courte pour la laisser être bouffée par les ambitions et les problèmes des politiciens, des mégacorporations et des haters. C’est un défi de danser entre les faisceaux lasers de leurs robots stupides, mais si nous ne le relevons pas, c’est notre essence qu’ils s’approprient, ne nous laissant qu’une enveloppe vide pour traverser les années en nous gavant de leurs contenus cognitophages. Créer plus que se plaindre. Le monde change, c’est la vie. On s’adapte ou on meurt. Ça ne veut pas dire qu’il faille tout accepter, ne pas résister, mais se crisper sur l’existant, s’accrocher à ce qui n’est plus, n’a pas de sens.

  • 44.135

    Dans toute construction, nous traversons le messy middle, une sorte de désert chaotique où le temps semble traîner, où rien n’a l’air de se passer, où l’on place jour après jour un pas devant l’autre sans avoir l’impression d’avancer. Je suis dedans. Je m’adapte. Je fournis les heures. Je lutte. C’est une lutte interne, entre le sentiment croissant d’une lassitude profonde, d’un doute qui l’est tout autant ; et la volonté de traverser cette membrane qui se dresse entre moi et l’achèvement de cette révolution que j’entreprends. Patiente révolution. Le pivot ne saurait être instantané. Il réclame l’énergie d’un voyage interplanétaire, pas celle d’une course à l’épicerie d’à côté. Patiemment, je fournis le travail en entretenant ma confiance dans la transformation à venir. Rien n’est évident dans cet exercice. Ma confiance est fragile, mes doutes nombreux, mais c’est le chemin que j’ai choisi et ces épreuves lui appartiennent. Je suis bien entouré, soutenu, mais le messy middle se traverse seul. Personne ne saurait nous y accompagner. Il teste notre détermination et notre courage. Il met notre ambition à l’épreuve. Il demande : « ton désir de traverser est-il suffisant ? » Si l’on préfère le confort du familier, le chemin s’efface et le pont n’apparaît pas.

  • 44.134

    Où sont mes points faibles ? Je peux en lister page après page, mais plus spécifiquement, à cette saison de ma vie qui consiste à basculer mon attention et tout mon être vers ma carrière littéraire, pour laquelle je nourris le sol depuis dix ans. Dix ans que les graines se gorgent de nutriments et se renforcent, que les germes poussent dans l’ombre et creusent leur chemin patient vers la surface. Se gorgent des quelques ondulations lumineuses qui parviennent à elles, photons infiltrés entre les fissures infimes ouvertes par les graviers, les lombrics, les rongeurs, les racines d’autres végétaux, dans la dense épaisseur d’humus et d’argile et de calcaire. Se préparent à percer la croute superficielle sur laquelle marchent les surface-wanderers, ceux arpentent le monde qui s’étend entre ciel et terre. Mes racines ont pénétré le sol, s’y sont lovées, elles s’accrochent de leurs griffes délicates mais fermes. Quels sont les fragilités sur lesquelles j’ai encore besoin de me renforcer ? Le courage d’être vu. L’audace de me confronter au regard décisionnaire des éditeurs, l’aisance à parler de mes textes, à narrer leur raison d’être, la constance de me jeter face au public. Mes quelques années de spectacle vivant ont travaillé ça, coulé les fondations de ce travail. Il me reste à retrouver de la légèreté et du jeu dans le fait de vous rencontrer. Dans l’accueil de mes livres. Je suis trop empreint de gravité. Ça ne sied ni à mon tempérament ni à mon teint. Je prends tout ça beaucoup trop au sérieux alors que tout le secret réside dans l’acte de travailler sérieusement sans prendre au sérieux ni les résultats ni soi-même. Est-ce que je m’amuse ? Est-ce que je suis joyeux de ce que j’ai produit (oh oui ! Et re-oui) ? Est-ce que je résiste au besoin de me raconter que c’est quelque chose d’important ? Ça ne l’est pas. Je suis plein de gratitude d’avoir le privilège de faire ce métier, avec tout ce qu’il contient d’incertitude et d’irrégularité et de chaos. Maintenant, il s’agit de consolider la part qui me fait défaut : la simplicité d’en parler. Face aux gens. Avec plaisir et passion. C’est la passion seule qui compte. C’est la passion qui me fait défaut ces temps-ci.

  • 44.133

    Mental en roue libre. Panique totale. Débordement, noyade. Revenir au corps. Respiration. Respiration. Sens le monde autour. Sens l’air sur ta peau. Sens le tissu sous ton poids. Sens le vol du moucheron qui t’effleure. Sens la connexion à la terre, aux ancêtres, au cosmos. Toutes les vies est d’une nécessité absolue. Revenir au zen ? Je fuis ma pratique méditative comme je fuis mes routines, qui sont pourtant mes meilleurs ancrages. Dès que j’installe une routine, les calendriers des autres viennent la percuter. Mon intuition ? Si j’arrivais à l’entendre, j’en serais pas là, dans cette panique totale du mental qui s’affole de questions superficielles. Faut apaiser ça d’abord. Mon intuition ? Rappeler Naomi et mettre en place une pratique rigoureuse du butō. J’ai besoin de ça, de pratiques contraignantes, un peu excessives. De me faire un peu mal pour me faire du bien. De routine minutée qui va m’énerver mais me canaliser. Canaliser. Ce mot revient beaucoup. Je retourne voir MP à la fin du mois. Faudrait que j’avance le rendez-vous. Faudrait que je finisse d’envoyer mes textes aux éditeurs de ma liste. Arrêter de laisser planer ces choses-là. Envoyé à Nyx un texte trop vite expédié. Refusé. Je ne l’avais pas travaillé, normal. J’avais besoin de me forcer un peu. Sortir un truc, l’envoyer. Dégripper ce geste-là. Je rêve beaucoup en ce moment. J’ai besoin d’une pratique corporelle plus soutenue. Je ne peux pas laisser les mots mais leur apporter un complément. Il y a tout un art à se repérer dans le bordel qu’est mon être et c’est un art que je n’ai pas encore maîtrisé.

  • 44.131

    Le refus est la norme en édition. Disons que c’est la réponse la plus probable. Cette réponse ne dit rien de la qualité du texte. Elle parle des choix éditoriaux, de la difficulté à être au bon endroit au bon moment, de la nébulosité pour tous les acteurs du livre de ce qui fait un livre viable, commercialement, ce qui est au moins au même niveau des préoccupations éditoriales que la qualité artistique du texte. L’éditeur est d’abord un commerçant. D’ailleurs, si vous voulez enregistrer une entreprise dont l’activité principale est l’édition, vous relevez du greffe et des bénéfices commerciaux. Que ce commerce soit indissociable des considérations artistiques, c’est-à-dire de la vision du monde que l’éditeur veut voir exister dans le monde, n’y change rien. Tout au plus cela complexifie sa tâche et le contraint à prendre parfois la décision déchirante de refuser un texte qu’il ne se sent pas assez capable de défendre auprès des libraires, des lecteurs, des critiques, des bibliothécaires, de tout ce riche monde qui fait l’économie du livre. Hier, A., aujourd’hui M. me parlent des refus essuyés par leurs manuscrits. Quiconque s’est déjà essayé à l’exercice sait la piqûre émotionnelle qu’un refus représente. Il faut accueillir avec douceur la peine, faire le deuil de cette maison pour ce livre, résister au réflexe de surcompensation qui ferait se dire que l’on n’est pas fait pour ça, que l’écriture est bonne à mettre à la poubelle, se décourager et laisser un événement somme toute banal (combien d’auteurs reçoivent, chaque jour, dans la francophonie, une lettre de refus d’éditeur ? En comparaison, combien reçoivent un appel leur disant « je veux travailler avec vous » ?). Décapage a même consacré le dossier de son numéro 65 aux refus essuyés par des auteurs déjà en place. Je ne suis pas étranger à l’exercice. Mais c’est un jeu de volume. Plus l’on soumet plus on a de chances d’être pris. À condition de travailler correctement les textes, d’y mettre un peu de conscience et d’intention et de réflexion. Jamais un texte que j’ai écrit « comme ça » n’a été retenu nulle part. Mes textes travaillés, à l’inverse, l’ont souvent été. Travailler, s’améliorer, affiner son écriture, sa technique, sa vision artistique (pourquoi j’écris et comment j’écris), et l’audace de présenter son travail encore et encore. Matthieu me racontait récemment l’histoire d’un ami auteur dont le manuscrit avait tourné chez les éditeurs pendant près de deux ans avant de trouver sa maison. Ainsi vont les choses. Un refus est l’opportunité d’affiner son intention, de revoir son argumentaire, de se replonger dans les forces du projet, d’assumer ses singularités, et de mieux cibler les maisons aux portes desquelles l’on frappe. Courage !