Du plaisir et de l’apaisement de remplir sa déclaration d’impôts.
Deux jours à mettre bien ma comptabilité, à télécharger et uploader mes factures et justificatifs, à regarder ces chiffres raconter une toute autre histoire que lorsqu’ils étaient mon présent. Moins stressants. Moins chargés d’enjeux vitaux. J’ai survécu à ces chiffres. Certains me rappellent des expériences savoureuses, d’autres m’ont permis d’apprendre de nouvelles choses, aucun n’est décevant.
C’est marrant comme la distance allège le regard. Au jour le jour, quand un projet ne rapporte pas l’argent qu’on espérait, c’est désastreux. Ou quand on frémit au moment de cliquer « acheter » pour un truc dont on a envie mais qui est un peu hors budget, ou qui nous amène dans une zone d’incertitude — comme quand je suis allé à Rochefort découvrir l’expo de Nicolas Floc’h, parce que j’avais besoin de voir ses photos en vrai pour présenter mon dossier de résidence. J’ignorais si je serais pris.
Toutes ces expériences, contenues dans quelques nombres objectifs, dépassionnés. L’argent ne compte pas autant que l’expérience qu’il permet. C’est cela que je vis en faisant ma comptabilité, ce recul sur l’année écoulée et la mesure de la distance parcourue, une distance abstraite, quelque chose qui se ressent et qui fait qu’aujourd’hui, je suis un peu différent de celui que j’étais l’an dernier.
Dans la précipitation du quotidien, dans la pression des créanciers et du calendrier, dans l’envie de cueillir un maximum de mes instants de vie, je tends à ne pas complètement saisir ces mouvements internes, la manière dont ils orientent mon chemin. Et puis, non, ce n’est pas tout à fait vrai. Ce qu’il y a, c’est que la perception d’un écart n’est pas la même au moment où l’on pose son pied un quart de degré plus à gauche, et un kilomètre plus loin, quand la distance parcourue amplifie l’effet de cette mini bifurcation.
Bref, tout ça pour dire, que la compta offre un rituel comme un autre de prise de distance et d’élargissement du regard.