Bouger les sensations dans l’intériorité. Sentir où se situe ma vitalité et cette impression d’un courant électrique dans le corps : le qi. Ce que, dans mon inexpérience, j’assimile au qi. Accompagner son mouvement naturel. Bouger les muscles et le sentir se déplacer. Quand je perds la sensation, m’interrompre. Écouter. Ressentir. Longtemps, je ne sens rien. La respiration m’y reconnecte. Cela peut commencer comme une étincelle à peine perceptible. Quelque chose de si ténu qu’il faut diriger toute mon attention sur elle. D’autre fois, c’est comme une décharge, d’un coup. Puis plus rien. En ce moment, c’est dans le haut du dos, et ça grimpe vers le sommet de mon crâne. Ce matin je regardais comment décharner et conserver un crâne de poulet, pour m’en servir de modèle anatomique en dessin. Il m’aurait fallu une fourmilière. Ou des détergents spéciaux. Ou accepter une odeur de charogne pendant plusieurs jours dans ma cuisine. J’ai jeté la tête du poulet et décidé que je ferais cela plus tard. Quand mon agenda sera moins rempli. C’est simplement que ça n’est pas un projet prioritaire pour le moment. Je ne saurais même pas où le conserver. Ma vitalité, parfois, se manifeste sous la forme d’impulsions comme celle-là. Des idées — je ne dirais pas soudaines, parce que je pense à me faire un cabinet de curiosités depuis quelques temps déjà —, depuis que la coloc de Renard collectionnait les squelettes de petits rongeurs dans une vitrine.
Hier en m’endormant, je pensais à l’importance de l’art. À sa faculté à prendre soin de notre santé mentale et émotionnelle. C’est vers l’art que l’on se tourne pour soigner nos peines de cœur, pour donner sens à nos errances existentielles. On ne pousse pas la porte des urgences en disant « je doute ». La science, à part mesurer et dissimuler les symptômes, ne sait pas nous éclairer sur la manière d’endurer le quotidien. Je pensais à ça, comme on dérive mentalement, juste avant de sombrer. Sans cause. Je me rappelle vaguement d’avoir initié une réflexion sur pourquoi je m’entête à croire aux histoires, pourquoi elles ont tant d’importance dans ma vie. Je passe mon temps à lire, regarder des films, raconter des histoires, aider les autres à raconter des histoires. Je m’interroge sur ce qui fait qu’une histoire nous touche, ce qui fait qu’elle devient une partie de nous, de notre identité.
Je me disais : il n’y a pas de différence entre la fiction et les informations, entre un roman et un essai. Au départ, ce sont des tentatives d’éclairer le réel, de percer le mystère de notre présence. La différence, c’est simplement le chemin que nous suivons pour trouver un éclairage. Je considère les « informations » comme du divertissement. Quelle est la dernière fois où un article de presse a changé le cours de votre vie ? À part en générant une émotion et un sujet de conversation ? Les informations ne changent nos vies que de manière marginale et rarissime. La fiction n’est pas moins vraie. Souvent, elle l’est même davantage.