Le travail scénique exige de se heurter constamment à ce qui n’est pas encore là. L’échéance approchant, la crainte se fait jour : et si je n’y arrivais pas ? Et si je ne trouvais pas comment le faire marcher ? La tentation de l’abandon est grande. La tentation de tout jeter pour repartir de zéro, comme si un autre point de départ pouvait épargner le travail de construction. Partir de rien, c’est tester quelque chose, garder une partie, jeter le reste, ajuster, recommencer. Encore et encore. À cela s’ajoute la fatigue, nerveuse, émotionnelle, relationnelle, créative, cognitive. Persévérer n’est pas un mot abstrait. Il trahit l’exigence de volonté et d’abnégation du travail créatif. Ignorer les voix de l’ego qui susurrent : « allez viens, on arrête ». Ignorer la fatigue. Avancer même en ayant perdu de vue pourquoi on est là, pourquoi on s’inflige cet inconfort, cette lutte contre la matière et contre soi. Persévérer ne prend vraiment sens que dans le bourbier le plus profond du marécage. C’est dans cet effort que naissent les pièces qui, plus tard, serviront à bâtir l’œuvre.