Vide

Longues journées libres. 24 heures pour faire ce que je veux. Alors je fais le vide. Je jette au sol tous mes documents. Ceux qui moisissent depuis vingt ans et ceux qui jaunissent lentement au fond d’un tiroir et ceux que j’ai imprimés la semaine dernière et tous les autres. Je les jette au sol et je me mets en tête de faire le tri. Jeter les inutiles, hésiter sur ceux qui pourraient, peut-être, ça ne doit pas être si compliqué, si, devenir un projet. Archiver ceux qui ne donnent pas le choix. M’alléger. Après les papiers, ce seront les livres, les DVDs, les fringues, les documents numériques. Je fais de l’espace pour le changement qui gronde. C’est pour bientôt. Depuis le temps que je sens ses vibrations, celui-là, il est temps qu’il éructe. À Rochefort je me suis souvenu du magma qui coule en moi, qui s’infiltre dans les fonds sous-marins tranquilles, loin de la vue et des instruments des Hommes, puis qui jaillit, perçant la croûte terrestre pour faire naître de nouvelles îles avant de continuer à couler dans d’autres directions. Je m’allège pour les projets décennaux à venir. Je ne connais pas le court-terme. Ce que j’entreprends réclame de couler de nouvelles fondations et d’inventer de nouvelles règles. Rien de ce que j’ai fait jusque là ne m’y a préparé. Alors je fais de l’espace et je crée du vide pour accueillir mon nouvel inédit.

Photo de Weichao Deng sur Unsplash