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  • Manque

    Raconter le manque sans l’obsession ni l’abstraction. Le manque qui n’est pas manque de l’idée de l’autre, mais de sa présence.

    Dans ce cas, le manque cesse d’être un vide à remplir pour devenir une attente.

    Dans ce cas, dans l’esprit n’existe pas l’idée, toujours déformée par l’imaginaire et une forme d’idéalisation.

    L’attente cesse alors d’être un vide dévorant pour devenir le vide serein de l’absence et la promesse d’un moment à venir où le réel se remplira à nouveau de présence. Une présence qui n’est pas anticipée, qui est sans besoin de résultat, sans scénario préécrit.

    Dans cette forme de manque, ce n’est pas un besoin obsessionnel qui s’exprime mais le plaisir de s’habiller le cœur pour les retrouvailles et l’envie de la rencontre.

    Ce manque, il faudrait trouver des récits pour le faire exister plus fort que l’autre, celui qu’on nous vend dans les mauvais drames et les romances de gare. Il faudrait lui trouver un nouveau nom. Un nom qui célèbre l’absence et la pureté du désir.

  • Bourrasques nocturnes

    Il est difficile, le chemin vers soi-même. Encombré par les renoncements, les injonctions, les désespoirs qu’il ne faut pas laisser nous abattre, les peines qui nous accablent et font se dresser nos barricades internes. La pression du monde extérieur le dispute aux élans surgis de l’intérieur. Je rêve d’orages et de pluies diluviennes, pour leur beauté et pour leur capacité à tout lessiver sur leur passage. Et l’odeur de la terre, après.

  • Clown

    Pudique, vulnérable, fragile, maladroit, caractériel, audacieux, timide, tremblant, fier, trébuchant, adroit, jubilant, désespéré, farouche, copain, relié, reliant, aimant, amoureux, sensuel, ronchon, fébrile, aventureux, expert, sincère, authentique, sur le fil, humain, vivant.

    Vivant.

  • Se connaître

    De deux choses l’une : ou bien tout a été dit.

    Ou bien la reconnaissance est telle que c’est nous et notre incompréhension, notre émerveillement du monde et l’élan sans cesse renouvelé de mettre en commun les aventures d’une existence en terre inconnue.

    Et qu’est-ce d’autre, ce monde, qu’une terre dont l’inconnu se réinvente sans cesse ?

    Au départ de toute rencontre, il y a une curiosité de l’autre. Un espoir de trouver un écho à notre expérience déroutante du monde, de trouver un miroir pour nos ombres. Là naît une complicité sans égale. Dans la reconnaissance (et la légitimation) de nos zones sombres, de nos bizarreries. Qu’un autre nous dévisage non pas avec un air de dégoût ou d’incompréhension mais avec cette incrédulité du « mais… toi aussi ? » et de reconnaissance.

    Être bizarre pour l’autre, c’est sympa. C’est facile de surprendre, mais il y a quelque chose là-dedans qui me maintient sur mes gardes. Jamais complètement à l’aise d’être moi, toujours à l’affût du jugement qui nie, du regard qui invalide.

    Être « jumeau », c’est une autre liberté. Celle de s’épancher sans avoir besoin de s’expliciter. Un regard, un soupir. On se comprend sur l’important. Les différences restent superficielles.

  • Leçons reçues

    « Sois vulnérable », me rappelle Marie-Luce en prévision du clown que je serai le 28 septembre à Rochefort

    « Écoute ta sensibilité plutôt que l’auto-protection », me rappelle le tarot que je consulte tous les jours.

    Exprimer les choses telles qu’elles existent : une envie, une distance, une impossibilité, un rêve, un désir, une hâte, une curiosité, une tendresse, une liberté. La vie.

    « Des mots », chante Yves Simon. « Des mots », ai-je glissé dans un message clandestin.

    Les mots qui, bien qu’imprécis lorsqu’il s’agit de rendre compte du réel, parviennent à en esquisser les contours et à en évoquer la puissance.

    À nouveau j’écris, libre de mes encombrements passés. À nouveau je vibre, délesté de responsabilités que je rends à leurs justes propriétaires.

    Vulnérable, c’est accepter la perte, la rencontre, l’incompréhension, le gouffre, la main tendue, c’est reconnaître son impuissance parfois, et sa blessure, c’est accepter de montrer la fragilité profonde et existentielle et si parfaitement humaine. C’est cela que j’emporte avec mon clown, que je souffle dans mes messages et mes livres.

    Loin de la séduction du contrôle et de l’hyper-rationalité.

    Loin de la cacophonie de la ménagerie du mental.

    C’est dans cet espace qui nous effraie tant, dans la faille de notre humanité, que naît l’art, que naît le sens du monde.

  • Distances

    Relatives, subjectives, courtes, longues, infinies, interminables, physiques, temporelles, émotionnelles, internes, externes.

    La distance juste c’est celle que l’on habite pleinement, sans la fuir, sans la romancer, sans nier l’écartèlement qu’elle engendre.

    Il existe distances qui effacent le désir et des distances qui l’excitent.

    Dans la distance à soi-même, on apprend à se repérer. Pendant des années, il est possible de nous chercher entre les venelles torves de notre inconscient. Osons alors descendre dans les profondeurs de notre honte d’être, de n’être que nous-même, pour découvrir la noblesse qu’il y a à être pleinement nous-même, sans artifice ni excès.

    Alors, rejaillir, dégoulinant de liquide amniotique à nouveau.

    Vivant à nouveau après des années à attendre la mort.