Novembre est un mois particulier pour qui choisit de suivre les traces du Nanowrimo, ce défi absurde, arbitraire et frisant la folie, qui consiste à produire 50.000 mots en 30 jours. Sans se retirer dans un monastère. Sans plan. Juste avec la ferme et idiote décision de forcer le passage, à raison de 1667 mots quotidiens.
Il n’est pas rare pour moi, quand je m’aventure dans ces contrées-là, de frôler l’épuisement créatif en plus de l’épuisement physique, puisque je ne dors plus qu’en décalé. Couché à quatre heures du matin, levé sans être reposé à midi, et rebelotte. Je n’arrive pas à tenir le rythme de production. Le projet manque de clarté, ma décision manque de solidité. N’empêche, j’ai produit plus de 25 mille mots en l’espace d’une quinzaine de jours. J’exclus du compte les 9 jours, prévus à l’avance, où je ne serais pas disponible pour écrire. J’inclus les 3 jours de retraite dans les bois pendant lesquels j’ai pris de l’avance.
Aujourd’hui, alors que commence la toute dernière semaine du défi, je flotte dans une réalité faite d’un surplus d’images et de mots. Dans ma tête se mélangent les pages que j’ai lues et celles que j’ai écrites. Je tends, pour compenser l’absence d’espaces de maturation du projet, à surconsommer la fiction des autres. Films et romans sont à la fois une stratégie de procrastination et une manière de nourrir ma réserve d’idées.
Je ne recommande pas l’expérience aux personnalités trop sensibles, peu enclines aux expériences d’intériorité extrême, peu familières des états modifiés de conscience ou qui manque d’entraînement en matière de production littéraire.
Si je suis en retard, c’est que j’ai manqué de rigueur et d’hygiène, j’ai mal préparé mon intention de ce mois, je n’ai pas assez assuré la structure de mon quotidien et me suis laissé embarquer par le texte (ou son absence), par mes instincts et le manque de maturité du projet. C’est un risque à chaque début de livre, mais quand j’ai plus de temps, je suis moins tiraillé entre la recherche active de nouvelles idées et la production de nouvelles pages. Ici, je tente de tout faire en même temps, ce qui est toujours une recette pour la confusion et le chaos et la dégringolade.
Je peux encore finir dans les temps en atteignant l’objectif si je me ressaisis, si je me recale sur un rythme diurne, si je trouve un lieu où les distractions n’existent pas, si je me donne une ligne de conduite stricte pour les prochaines étapes de création. Un cadre limité, un nombre d’heures finies, d’autres projets pour enfermer celui-ci dans des frontières mieux définies.
Et si je n’atteins pas la totalité des plus ou moins 200 pages, j’aurai au moins fait naître un nouveau personnage, une nouvelle histoire, et même s’il me restera un an de travail pour l’amener à son terme, le livre aura commencé à exister, c’est-à-dire qu’il aura cessé d’être un rêve d’un jour peut-être coucher cette idée sur le papier. Et ça, c’est une victoire avec laquelle je peux vivre.