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Allez.

Finir un projet ouvre systématiquement un moment transitoire de flottement. Mon attention ne trouve plus, à l’endroit où elle avait pris l’habitude de se poser, ni résistance ni matière. Ce n’est pas que je manque de projets à aboutir. La guirlande de mes post-its a certes diminué, mais elle n’est pas vide. C’est que, comme dans toute réorientation, je dois reconfigurer mon espace mental pour qu’il suive les contours du nouveau chantier. Celui-ci, le projet « Contrails » est déjà bien avancé. Il ne me reste que quelques corrections à apporter. Rien à voir avec ceux qui viennent ensuite, qui demandent de plonger les mains dans la structure et le thème de deux textes assez exigents.

Mais d’autres envies, d’autres « dettes » d’écriture viennent gratter à la porte et se battent pour entrer les premières dans la chambre où mon attention se prépare à choisir sa prochaine obsession.

Je cherche « qui je suis », c’est-à-dire où sont les points forts de mes textes, sur quoi je peux m’appuyer pour en faire la promotion. Bien sûr, il y a mon obsession pour la relation humaine, pour la relation à soi, pour le sentiment d’être en décalage par rapport au reste du monde, le livre que je viens de finir (finir finir) s’inscrit dans un cycle autour de cette question : « où est ma place ? » qui, petit à petit, au fil des histoires, se change en « comment j’accepte ma place ? »

Mes personnages s’y sentent en décalage, à côté du monde, de la culture, de la société et de leurs injonctions, un pied dedans et un pied à côté. Ils luttent contre ce qu’ils perçoivent comme un défaut de fabrication, pour peu à peu apprendre à faire avec, quand ils ne changent pas carrément leur rapport à eux-mêmes en apprenant à voir leur supposée défaillance comme une force.

Trois personnages, trois itinéraires, dans La Révolution des Zèbres, et dans les projets Antichambres et Colorado, autour de cette même thématique.

Plusieurs de mes lectrices ont l’impression, parce que ma narration est à la première personne et parce que mes personnages partagent certains traits caractéristiques avec moi, que c’est moi que je raconte. Si mes personnages sont vrais, c’est au sens où ils puisent dans certains de mes aspects et mon expérience. Mais j’exagère ces traits et pousse leur intensité pour créer des personnages de fiction intéressants, comme je le fais en clown. En ce sens, ils sont de moi sans être moi.

Antichambres est terminé, Colorado le sera en Septembre. Ce cycle va toucher à sa fin.

Pour l’instant, je prends un détour. Je termine Contrails, puis Bloom.