2026 03 10

Journée hachée. Blocs dispersés. Attention en pointillés. Dentelle de concentration. Demain sera différent. Demain sera mieux. Plus concentré. Plus unifié. En attendant, je papillonne, je tâtonne, j’ânonne. Aujourd’hui, j’écoute les colocataires parler de ce qu’ils font, de comment ils le font. Je discute clown. Je discute écriture. Une journée de discussions, pas de production. Calmer l’animal fou dans ma tête qui cabre et souffle et se fâche et se cache. 谁是我?

À quoi je passe mon temps ? À quoi je consacre ma vie ? « Je ne crois à rien. Il n’y a que l’inutile qui m’enchante » écrit Philippe Petit. Je note et renote cette citation, comme un signe de reconnaissance, comme une invitation à fabriquer du brouillard. Je dis passer ma vie à vouloir être compris, je crois qu’il est plus vrai que je fais tout pour ne pas l’être, parce qu’être compris cela me donne un sentiment d’enfermement, je préfère rester insaisissable, à commencer par moi.

Le clown qui me visite en ce moment prend beaucoup de place. Se met vite en colère. Agresse un peu tout le monde sans que personne ne se sente agressé. C’est un drôle de personnage à vivre, ce personnage confrontant que le public accueille avec le sourire. Quand j’en sors, si je reste dans le contact, la relation avec le public change. Il accepte moins la créature. Que communiquent une voix, une posture ? Ce clown est comme un chien fou, une créature jetée dans le monde, qui s’agite sans relâche. J’avais annoncé « je fais calme, aujourd’hui ». J’ai fini en sueur et courbaturé, comme j’aime. Comme je préfère.

Ce clown qui me visite me plaît. Il prend toute la place. Il veut toute la place. Il ne sait pas être seul. Je crois que seul, il tournerait en rond comme dans une cage, mais je ne dois pas livrer ça, ça appartient au travail de recherche. Au plateau. À l’intime du dévoilement progressif de la créature.

Hier, c’était un jour avec lui. Aujourd’hui, il faut le contenir et revenir à mes autres activités. Résister à la tentation de me livrer à lui… ou y céder et retrouver de la liberté, n’en déplaise à la psy.