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Ce que l’on veut vs ce que l’on peut. Je crois qu’il ne faut pas céder à la tentation de limiter le premier sous prétexte du second. Je crois que nous sommes capables de ressources insoupçonnées pour peu que nous osions côtoyer la peur et l’inconfort et l’épuisement et rester sur la fine ligne qui sépare juste assez et trop. Je crois qu’il faut préférer le long terme à l’immédiateté, et pour cela renforcer notre aptitude à la patience, à l’endurance. Pousser toujours plus loin nos limites nous permet de rencontrer celles qui sont réelles et celles qui ne sont que fantasmées. Elles nous rassurent, nos limites imaginaires, elles nous évitent de nous jeter dans le monde. Elles nous maintiennent dans le connu. Elles nous évitent des déconvenues, mais aussi des réussites qui dépassent notre imagination. Tout le long, quand l’impossible se réalise, nous pensons « quand vais-je me réveiller ? Est-il possible que cela soit en train de m’arriver ? » Bien sûr, cela nous sort de la dégustation de l’instant, mais c’est le prix à payer pour notre audace. Moi qui souffre tant de la réalité, que je trouve terne et décevante, je dois constamment me forcer à agir. Je suis contraint de me répéter, consciemment, l’importance d’inscrire ma vie dans la matière, sans quoi je me laisserais dériver au gré des sursauts de mon imaginaire. La distinction entre le réel et le rêve m’apparaît souvent floue, abstraite, un rien arbitraire. J’ai un pied dans les deux dimensions. Depuis toujours. Une double-vie dont je ne sais pas trop laquelle est l’ombre de l’autre.

Vouloir, c’est se projeter dans un monde qui n’existe pas encore, un monde imaginaire dans lequel nous obtenons ce que nous désirons. C’est le point de départ pour créer. Sans l’imaginaire d’un livre, je n’écris pas le premier mot. Sans l’imaginaire d’une publication, je ne m’intéresse pas au paysage éditorial, qui sont les premières actions nécessaires à l’émergence (potentielle) du résultat.

Mais une fois en action, rêve et réalité se confondent. Il me suffit de suivre le fil pour découvrir où il veut me conduire. C’est comme un hologramme qui deviendrait tangible. Deux textures qui se transforment jusqu’à n’en faire qu’une seule. Vouloir et pouvoir deviennent synonymes. À chaque fois. Malgré les obstacles, les retards, malgré ma volonté capricieuse qui réclamerait tout tout de suite, qui est vive à se désengager quand elle n’obtient pas gain de cause dans les conditions et les délais qu’elle a exigés.

Depuis six mois, je transforme des mots en livres, des idées en spectacles, et ce n’est pas fini.

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