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C’est dans le fond de ces journées down, dans le repli et l’autoapitoiement, et l’autoflagellation, et les jérémiades de type « de toute façon, je suis une merde », et dans le désespoir qui me fait frôler l’impatience d’en finir et réaliser que gronde en moi un désir de vie si fort que la possibilité même d’accélérer le déclin, ou seulement d’avoir des habitudes mortifères, m’est étrangère, c’est dans ces profondeurs que je me rends à l’évidence : je dois trouver le fond, y prendre appui et me propulser à nouveau vers la surface. Il s’agit de lâcher du poids. D’accepter que si je coule, c’set que je suis trop crispé sur mes quelques possessions. Je parle ici de possessions émotionnelles et identitaires : « je suis… » « je dois être… » « je mériterai d’être quand… », je parle de ces possessions là, qui sont bien des objets, fussent-ils de pensée, auxquelles je m’identifie, et pas des blocs constitutifs de ce que je suis. Ce que je suis, c’est une conscience, une présence, capable de pensée et de recul critique sur celle-ci, traversé d’émotions et de neurochimie. Ce qui me fait couler ce sont les loyautés à ce que j’ai fait, à ce que j’ai dit, des loyautés coûteuses à entretenir, et superflues. Pour atteindre le fond, ou plutôt pour retrouver la puissance musculaire qui permettra à mon impulsion contre le fond de me ramener à la surface, j’ai besoin d’ouvrir les mains et de laisser couler ou dériver les sacs qui me lestent. Adieu, ce qui me stresse, de ce stress qui me mange littéralement les intestins. Adieu le millefeuille de mes exigences arbitraires, de mon besoin maladif de tout réussir tout de suite, de tout achever rapidement, quitte à le bâcler, pour esquiver l’inconnu et le vide. Lâcher sur les étiquettes du type « je serai satisfait quand j’aurai… » « je serai méritant quand on me reconnaîtra… ». Rien de tout cela n’est vrai. Juste faire mon travail. Accepter les conditions. Me battre pour les améliorer, toujours, mais sans confondre ce combat avec ma raison d’être, et sans le prendre comme une excuse pour retarder le travail. Ces temps-ci je suis confronté à la question : au juste, c’est quoi mon travail ? Quel est son champ ? Est-ce qu’écrire ici, c’est le travail ? Lire, c’est le travail. La veille sur le monde éditorial, c’est le travail. Envoyer un texte à une revue, est-ce le travail ? Rêver, c’est le travail. Regarder un film, est-ce le travail ? Oui, si je l’analyse ou que j’en tire une inspiration esthétique. Non si c’est pour me distraire après une journée éreintante. Difficile de tracer des contours clairs à une activité d’artiste. (ai-je seulement le droit de me considérer artiste ? je sais si peu de choses de mes moteurs et de mes intentions, et le stress chronique me bloque tant l’accès à ma justesse intime) Lâcher ça aussi. Les contours se traceront d’eux-mêmes. Choisir deux métriques, et deux seulement : les livres écrits et les livres envoyés.

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