Je n’écris pas en ce moment, je réécris. Enfin, c’est presque vrai. Je viens d’écrire 8000 mots de nouvelle fiction. C’est presque l’exception dans cette année consacrée à clôturer les projets en souffrance.
C’est un travail invisible, difficile à mesurer. On ne compte pas la réécriture en nombre de mots ou de pages, mais en qualité gagnée sur une scène, sur une phrase. Ça ne se voit pas sur ce blog, qui est composé exclusivement de premiers jets.
C’est une frustration particulière que celle de ne rien initier de neuf, que de travailler sur l’existant. Il manque l’excitation des débuts, l’étincelle de tous les possibles. Alors mon cerveau cherche à tricher. Il me propose de tout remettre à plat dans le projet. De tout dézinguer pour repartir de rien. Petit malin, tu ne m’auras pas comme ça.
Heureusement, il y a le clown, qui est un espace relativement vierge, qui me file des piqûres d’adrénaline, de sérotonine ou, disons-le simplement, le kif de la nouveauté.
En même temps, je sens bien que je retarde le moment de finir tous les projets. Il y a le vide derrière. Ça me fout le vertige à l’avance. Et puis il y a le labeur de parler des œuvres, de construire un discours pour les rendre attirantes et séduire les lectrices. Et celui de trouver les maisons à confier mes mots.
Ou celui de décider de tout porter moi-même parce que fuck les intermédiaires, parce que je suis impatient, parce que le système s’effondre, parce que le rejet ça va, mais dans une certaine mesure, et que je n’écris pas des choses ostensiblement commerciales.
C’est une excuse, hein, pour pas me sortir les doigts avec ma communication. Je fais deux trois trucs, histoire de dire que je ne fais pas rien, mais sans conviction, sans engagement, sans régularité ni prise de risque réelle. Alors, il faut me secouer et me mettre en mouvement, maintenant. Ce sera l’axe de la deuxième moitié de l’année.