J’en peux plus des newsletters écrites ou corrigées par IA. C’est pas x, c’est y. Mon Dieu ! Gardez l’inefficacité de l’humain. Je me désinscris et je fais de mon mieux pour casser mon écriture quand j’utilise des structures qui ont été imitées par l’IA. C’est bien là le défi : puisque les LLMs ont été éduqués sur de l’humain, on retrouve les structures syntaxiques de l’IA sous nos doigts sans le vouloir. Il s’agit alors de s’adapter en repérant les schémas récurrents de la voix-machine et les dézinguer quand ils apparaissent dans nos automatismes. Ça va des rythmes ternaires (auxquels je faisais déjà la chasse) aux structures symétriques comme celle que j’ai citée plus haut. C’est aussi une question de fond. Les LLMs ont tendance à simplifier et ne savent pas approfondir sans être fortement pris par la main. Alors ils reformulent et restent en surface parce qu’ils fonctionnent par association statistique. Nous avons cette faculté à l’association symbolique que les LLMs n’ont pas encore. Une idée nous fait rebondir sur une autre, juste parce qu’elles sont de la même famille ou parce qu’une expérience singulière nous a fait les rapprocher. Par exemple, un chat vous fera penser à vos grand-parents ce qui vous rappellera leur jardin et vous amènera au jardinage, aux tomates chaudes du soleil qui les baigne. Le LLMs peut associer le chat et la tomate par accident, mais ça ne sera pas chargé des émotions qu’apporte l’évocation de vos étés chez vos grands-parents, du deuil qui se fait à mesure qu’ils s’enfoncent dans la sénilité, de la réflexion sur votre propre finitude (pire que la mortalité, rester vivant sans être lucide). Et d’un coup, une bouchée de tomate se charge de vie. C’est là-dessus que je veux être vigilant. C’est à ces chemins singuliers de nos cerveaux que nous sensibilise la poésie. Et c’est cette absence de sens profond qui me rend insupportable de « parler » robot. Les gens qui utilisent ces outils perdent souvent de vue que ce qui fait la communication, ce ne sont pas les idées que l’on partage, mais ce qu’elles nous font vivre et ressentir. Plutôt que d’utiliser l’outil par paresse, nous pouvons l’employer pour redoubler d’exigence intellectuelle et émotionnelle. Cela nous pousse à plus de travail, pas moins, mais un travail moins mécanique et plus réfléchi.