Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Le coût d’une vocation

    Le coût d’une vocation

    « Je me sens comme un loser quand je reste seul chez moi pour écrire »

    A Seb, qui écrit deux heures tous les soirs, et lit une heure: « Mais tu vois ta femme quand ? »

    « Ce n’est pas en regardant des séries/lisant des romans que je vais écrire mes histoires »

    J’ai jeté ma télé depuis longtemps.

    Je dis rarement « oui » aux soirées.

    Je ne m’occupe pas de meubler mon intérieur. Mon appartement est une grotte, une antre où n’entre pas n’importe qui, un espace préservé consacré à la créativité. Y naissent des livres, des fresques que mon fils accroche à son mur, des machines inventées en LEGO, des masques, des danses, …

    Quand je dois choisir entre assister à une formation et préserver mon confort financier, je choisis toujours la formation. L’argent est comme l’océan. Il monte, il descend. Il y a le ressac. Il y a la puissance des vagues qui te ramènent vers le rivage et celles qui t’en éloignent.
    Les connaissances sont comme des montagnes. Le vent peut les fouetter, les éléments se déchaîner, la neige les recouvrir, les orages s’abattre sur elles, elles restent, immuables. Millimètre par millimètre (43 par an pour l’Everest) elles grandissent, patientes, grâce à la friction des profondeurs.

    Suivre une vocation demande des sacrifices

    Steven Pressfield compare l’artiste qui vit sa vocation à celui qui vit l’ombre de sa vocation.
    Le premier travaille, il vit sans éclat, il est à sa table de création tous les matins et ne s’en détache que le soir. Il accumule les heures, rien d’autre. Lorsqu’il finit un projet, il l’envoie dans le monde et passe au suivant. Le projet est un succès ? L’artiste travaille au suivant. Le projet est un échec ? L’artiste travaille au suivant.

    Le second parle, il invite le mélodrame dans sa vie plutôt que sur la toile ou la page. Il accumule les idées géniales et se désole quand un autre les développe avant lui. S’il finit un projet et qu’il l’envoie dans le monde, il se ronge les ongles. Si le projet est un succès, il s’en gorge, il le montre à tout le monde, il en parle encore quinze ans plus tard. Si le projet est un échec, il s’enfonce dans la dépression, il accuse le public, la critique, il geint: « je suis un génie incompris ».

    Le premier sacrifie le prestige pour la création.
    Le second sacrifie la création pour le prestige.

    Quel sacrifice choisissez-vous ?

    Important/Urgent

    C’est dans le classique de Steven Covey que j’ai été la première fois exposé à ce tableau.

    La plupart des gens rebondissent d’urgence en urgence. Factures à payer, crises émotionnelles, problèmes de santé inattendus, la voiture est en panne, ce weekend Gillian fête sa crémaillère, Nell est en ville demain, le téléphone sonne, les emails inondent ma boîte de réception, et je ne parle même pas des réseaux sociaux.

    Les urgences sont bonnes à une chose: faire passer la journée sans que vous ne vous en rendiez compte.

    Lorsque vous suivez votre vocation, les urgences coulent autour de vous. La plupart des points de la liste précédente peuvent attendre. Le monde ne s’écroulera pas si vous ne répondez pas à l’impératif de l’urgence.

    La difficulté se trouve dans la relativité du jugement. L’urgence qui n’est pas importante dans un contexte peut le devenir dans un autre. Si vous avez vu Nell la semaine dernière ou si vous ne l’avez pas vue depuis un an, si elle habite à trente kilomètres ou à sept mille, si c’est une bonne copine ou votre plus intime confidente, si vous êtes fâchés ou si vous êtes dans les meilleurs termes du monde, sa présence en ville n’a pas la même importance.

    Embrasser sa vocation demande d’affuter sa machette, de trancher dans la jungle des urgences sans état d’âme, pour garder le cap, pour rester sur le chemin qui est le vôtre, sur la ligne d’action qui vous rapproche de votre montagne personnelle.

    La pression du groupe

    Difficile de tenir le cap quand vous n’avez pas un puissant groupe de soutien. Les gens dont vous vous entourez vous encouragent : « viens, on va prendre un verre, on va passer une bonne soirée ». « Tu peux bien sortir, t’as bossé toute la semaine ». « Fais pas ton ermite! »
    La pression du groupe pèse lourd sur l’artiste en quête de sa réalisation créative.

    S’il est vrai que l’on est la somme des cinq personnes que l’on fréquente le plus, faites le point sur votre groupe d’influence. Que font les cinq personnes que vous fréquentez le plus ? En quoi croient-elles ? Comment occupent-elles leur temps ?

    Quand vous êtes entouré d’artistes concentrés sur leur vocation, tout ce que vous entendez, c’est: « j’ai travaillé sur mon projet jusqu’à 3h du matin. J’étais debout à 7h ce matin pour continuer », « j’ai du temps ce weekend, je vais pouvoir donner un bon coup de collier à mon projet », « je viens de finir mon livre, je commence le suivant ».

    « You’re the man when [everyone] fucks with you. That’s because I believe in something and I stand for it » (Drake in Only)

    Quel groupe vous motive le plus ? Quel groupe rend votre concentration plus évidente, plus fluide ? Lequel soutient le plus activement votre propre vocation ? Celui qui dit « je comprends, t’as ta passion mais viens prendre un verre » ou celui qui ne dit rien mais incarne la poursuite d’une vocation ?

    Faites ce que vous voulez mais moi j’ai choisi. Je fréquente moins les amis du premier groupe et davantage ceux du second groupe. Ce qui est amusant, c’est que les amis du second groupe ne sont jamais disponibles, parce qu’ils travaillent à leur vocation. C’est une distraction en moins doublée d’un encouragement subtil à travailler. Puisqu’ils le font, puisque c’est la règle dans votre groupe, votre réalité s’en trouve transformée. Vous ne questionnez plus votre chemin, vous avancez.

    Choisissez bien vos amis.

    Ou, pour le dire comme Nicki Minaj: « Fuck with them real niggers who don’t tell niggers what they’re up to »

  • Hors ligne

    Hors ligne

    Mon téléphone est tombé, l’antenne s’est délogée. C’est mon hypothèse parce que je ne l’ai pas fait diagnostiquer. C’était il y a plus d’un mois. Depuis, il ne capte plus le réseau quand je suis à l’intérieur et dehors seulement dans certaines rues dégagées et proche des antennes GSM.

    Je ne suis plus joignable, sauf par Internet.

    Mon ordinateur est vieux. Il a beaucoup bourlingué et il a une tendance à surchauffer. La carte wifi a grillé. Il la reconnaît une fois de temps en temps, quand ça lui chante. Si je veux me connecter, je dois utiliser un câble. Ca me rappelle les débuts de l’Internet et les modems. Ça fait presque un an que ça dure. « Ça se change facilement » ou « Achète un nouvel ordi » sont des conseils que je reçois mais je ne veux pas changer d’ordinateur et je ne veux pas changer de carte wifi.

    J’utilise Facebook pour publier du contenu mais jamais pour en consommer, ou seulement (et c’est très très rare) sur des groupes privés très ciblés. J’ai même installé une extension (Newsfeed Eradicator) qui bloque les mises à jours de mon mur (je crois qu’on dit « timeline » maintenant).

    Ces temps-ci j’envisage de supprimer mes boîtes mail et de n’être joignable que par courrier physique. Et j’y viendrai. Ce n’est pas une question de « si » mais de « quand ».

    Je lis Deep Work, de Cal Newport et je me souviens de ces trois semaines au couvent de Pradines pendant lesquelles j’ai écrit et rien d’autre. Et de ces multiples séjours à la montagne, seul, où j’ai fait la même chose.

    Si la vie est une série de choix, l’un des plus importants me semble être celui de ce que l’on choisit de créer. Il n’est pas tant question de l’héritage que l’on laisse mais de savoir ce que l’on verra quand on se retournera pour regarder le chemin parcouru, à la fin.

    Et si une vie bien vécue est une vie consacrée à faire émerger ce qui est vraiment authentique et singulier en soi, ce que l’on est seul à pouvoir penser, inventer, imaginer, créer, alors un certain isolement semble indispensable.

    Il faut du temps de silence, de dialogue avec soi, de contemplation, pour laisser émerger ce qui est vraiment soi en soi.

    Une tendance naturelle de l’humain a l’air d’être de fuir l’ennui, mais l’ennui est le foyer de la créativité. C’est parce qu’il s’ennuie que le cerveau invente des concepts, qu’il plonge dans ses profondeurs, qu’il se force à dépasser le confort de ses pensées passées. Alors l’humain invente des distractions pour échapper à l’inconfort de l’ennui et ces distractions deviennent son activité par défaut. Au lieu de contempler le monde pour percevoir ce qui bouge derrière le voile de la réalité immédiate, il s’anesthésie à coups d’adrénaline et de dopamine.

    La gratification instantanée remplace la patience, l’urgence efface l’ennui comme une couche de papier peint dissimule les lézardes.

    Faire le choix du non-remplacement de mon antenne et de ma carte wifi, comme j’ai fait le choix il y a des années maintenant de ne pas avoir de télévision et de ne pas écouter la radio, c’est faire le choix de vivre ma vie selon mes propres termes. De la même manière, je passe au moins une heure chaque matin sans lire ni écouter de musique ni parler à quiconque pour laisser ma voix s’élever dans ma tête, pour entendre quelles pensées se sont construites pendant la nuit.

    Si la confrontation à autrui est essentielle pour construire une pensée articulée, elle ne peut pas jouer son plein rôle s’il n’y a pas, d’abord, une pensée originale à articuler.

    Trop souvent, je me suis surpris à remplacer l’ennui par un message envoyé à droite ou à gauche, par un regard dirigé vers ma boîte de réception, par l’envie d’un coup de fil. Céder à cette envie c’est se cacher d’une avancée dans ma recherche.

    De quoi êtes-vous chercheur ?

    Je suis chercheur en philosophie, en art, en conscience aigüe de moi-même. Mon idée d’un weekend réussi entre ami, c’est de passer trois ou quatre heures par personne à interroger les objectifs, les freins, les blocages, de chacun. Mon idée d’une journée bien remplie, c’est une journée passée à lire et à écrire, à construire de nouveaux fils de pensée, à chercher d’autres manières d’être pour le monde.

    Il existe autant de sujets de recherche que d’individus. Je connais des chercheurs en commerce, en justice, en amour, en émotions. Des gens qui cherchent leur place dans le monde et d’autres qui cherchent comment aider les autres à trouver la leur, des gens qui cherchent à mieux vivre avec les autres et d’autres qui cherchent comment mieux vivre avec eux-mêmes. Qui cherchent comment mieux séduire et d’autres qui cherchent comment mieux (faire) respecter leurs limites. Des chercheurs en physique qui cherchent comment le monde marche, et des chercheurs en psychologie qui veulent comprendre comment l’esprit fonctionne.

    Nous avons tous quelques sujets de prédilection, quelques interrogations fondamentales sur l’essence de la vie. Et nous sommes tous gagnants quand quelqu’un prend le temps de contempler son sujet favori pour faire émerger de nouvelles idées. Et nous sommes tous perdants quand, au lieu de se confronter à son ennui, ce même quelqu’un allume Facebook, sa télé ou ouvre sa boîte mail.

    C’est un équilibre à trouver, sans doute, entre immersion créative et confrontation à l’autre. Comme le dit Watts: « Je suis un philosophe, je débats. Si vous ne débattez pas avec moi, je ne sais pas ce que je pense. Je vous remercie pour votre courtoisie parce que grâce au fait que vous adoptiez un point de vue différent je comprends ce que je veux dire. »

    Je suis radical. J’aime être en tête-à-tête avec moi-même et mon ennui. J’aime la vie ascétique d’un Miyamoto Musashi lorsqu’il écrit le Traité des Cinq Roues, d’un Jung à Bolligen, d’un Morihei Ueshiba. C’est ce qui me convient parce que j’ai cet amour de la pensée et de la plongée au long cours dans les cavernes de mon inconscient. Je suis du genre à passer sept jours en zazen juste pour voir ce qui en ressort.

    Ce régime-là n’est sans doute pas bon pour tout le monde. Je postule qu’il faudrait néanmoins consacrer au moins trois ou quatre heures chaque jour à être dans l’isolement créatif et productif: pas d’Internet, pas de téléphone, une porte close et soi avec la liste de ses tâches les plus importantes. Le monde ne s’écroulera pas si vous vous en absentez pendant quatre heures, mais il risque de ne pas se remettre d’aplomb si vous ne prenez pas ce temps pour trouver vos solutions aux problèmes qui vous préoccupent.

  • Qui je suis

    Qui je suis

    Elles sont amusantes les limites artificielles que nous nous donnons, les croyances limitantes que nous décidons de considérer comme des vérités absolues. En particulier en ce qui concerne notre identité.

    Mon rapport à l’écriture est constant quoiqu’irrégulier. Ecrire fait partie de moi depuis que je sais dessiner des lettres. Mon premier « roman » s’intitulait « Le petit garçon découvre ses pouvoirs » et je l’ai sans doute écrit quand j’avais sept ans.

    J’alterne, depuis cette époque, entre des phases d’hyperproductivité et des phases d’aridité, entre des phases de doute et des phases de confiance exacerbée par rapport à mon identité (de « je suis un simulacre d’auteur » à « je suis Auteur, c’est mon essence »). J’ai fini par apprivoiser ces étapes, à les comprendre comme ce nécessaire mouvement de balancier entre maturation et exécution, entre conception et construction.

    Identité tiraillée

    Dans cette question de mon identité, il y a depuis longtemps, comme un tiraillement entre une littérature « noble » et une « sous-littérature ». Je suis lecteur de tout – ou presque – et une bonne histoire est une bonne histoire, peu importe son genre.

    Pour une raison qui ne m’échappe pas complètement, alors que je suis un auteur éclectique, je rechigne à suivre certaines de mes envies. Je peux avoir envie de science-fiction, par exemple, mais me forcer à écrire des textes plus contemporains et réalistes, et j’en souffre.

    C’est pourquoi j’ai décidé de le répéter – peut-être qu’à force de le dire, je finirai par l’entendre : je suis un auteur de l’imaginaire. J’aime lire, voir, jouer, et écrire dans des mondes parallèles où les créatures formidables côtoient les magiciens, où la technologie s’est invitée à l’intérieur de l’humain pour le multiplier, où le voyage spatial est une évidence, où les planètes sont habitables et habitées par les humains sans que j’aie besoin d’expliquer comment c’est possible techniquement.

    J’aime l’action et l’aventure gratuites (elles ne le sont jamais) et qu’elles révèlent les personnalités, les tensions relationnelles, les rêves et les cauchemars de mes personnages.

    Et alors ?

    Ce qui est risible, c’est que personne n’y trouve rien à redire. Les gens me tapent l’épaule en disant: « cool! » et ils passent à autre chose. Et moi je suis là, pantelant après ma diatribe, à justifier et à défendre mes choix artistiques contre … qui et quoi au juste ?

    Une image de moi que personne n’a jamais vraiment déplorée, sauf peut-être mon père, une fois, mais ce n’était pas pour la déplorer, c’était pour s’en étonner.

    Générations décalées

    Il paraît que chaque le génération est en décalage avec celle qui la précède. La mienne a été nourrie de jeux vidéos et de dessins animés, de culture de masse japonaise plus qu’américaine, et s’est construite dans un monde d’après Star Wars, qui a rendu la SF mainstream.

    Le jeu et l’imaginaire ont été constitutifs de qui je suis devenu et une partie de moi sans doute regardait le monde des adultes dans lequel rien de tout cela n’existait de façon sérieuse, et pourtant une autre partie de moi continuait de grandir tout en conservant et même en voyant s’amplifier le goût d’une culture plus tard devenue « culture geek ». Je vieillissais mais je ne devenais pas cet adulte respectable dont je m’étais construit une certaine image. Au contraire, je restais exactement qui j’avais toujours été: créatif, imaginatif, curieux, enthousiaste et pas très sérieux.

    Alors je crois que j’ai eu du mal à me considérer adulte quand, arrivé à l’âge de la respectabilité, je n’étais toujours pas comme ces adultes de mon enfance et tout ce qui n’entrait pas dans les bonnes cases, j’ai cherché à le gommer.

    Pourtant, j’ai aussi cherché à le conserver. J’ai écrit des dessins animés, critiqué des jeux de société, mais tout en luttant pour devenir respectable. Déjà au CEEA, mes profs et mes camarades me disaient: « Écris de la SF, écris de l’aventure, pourquoi est-ce que tu t’entêtes à vouloir faire autre chose ? »

    Je n’étais pas capable de l’entendre.

    Impératif catégorique personnel

    Le plus fascinant pour moi dans tout ça c’est que j’ai fait ça tout seul comme un grand, m’imposer ces limites. Je ne peux pas dire qu’on a fait de moi ce que je n’étais pas parce que c’est tout l’opposé qui s’est produit. Tout le monde m’a toujours encouragé à être authentique, à respecter mon identité: mes parents, mes profs, mes éditeurs, mes producteurs, mes amis.

    Pourquoi j’ai ressenti le besoin d’aller voir ailleurs si j’y étais, c’est une question trop spéculative pour que je m’amuse à lui chercher une réponse mais il y a là une ironie qui ne m’échappe pas.

    Le plus dur dans la vie semble être de s’autoriser à être soi et d’arrêter de croire que les autres ont un mode d’emploi que tout le monde cherche.

    Je crois qu’il y a en moi cette culture du martyr, cette idée qu’il me faut souffrir pour mériter ma vie. Ecrire, en particulier de la science-fiction, n’est pas douloureux. C’est un plaisir, une évidence, cela se déroule avec fluidité. Les univers et les personnages vivent déjà en moi, ils existent et font leur vie sans que cela n’ait besoin de bouillonner. A cause de cette évidence, j’ai l’impression qu’il manque quelque chose alors que je serais plus inspiré de saisir l’opportunité, de plonger dans le fleuve et de me laisser emporter par le courant en produisant ces textes avec l’aisance qui les accompagne.

    J’apprends. Qu’y a-t-il d’autre à faire ?

    « Ce que je trouve le plus dur dans la vie, je disais à Eric, c’est qu’on doit tout apprendre sur le tas et en même temps: l’argent, l’amour, l’art, les autres, soi, être père, être chef d’entreprise, être auteur, être amant, ami, fils, adulte… »

    Souvent j’imagine un monde dans lequel tout s’arrête pour un an, toutes les contraintes, tous les devoirs, les problèmes de santé, les factures, les guerres, la télé réalité. Une année sabbatique de silence et de flottaison. Une année de repos pour s’enfermer dans une bibliothèque et lire les philosophes ou s’allonger dans l’herbe et rêvasser sous la pluie.

    Patience, me dis-je, un apprentissage à la fois, une leçon de vie après l’autre.

    Et puis je sors de chez moi, dans l’agitation de la culture de l’immédiateté, et je me rappelle que pendant que je prends mon temps pour apprendre qui je suis, le reste du monde s’épuise à être quelqu’un d’autre.

  • Envie

    Envie

    On dit parfois que la jalousie est un bon révélateur de nos envies profondes… à condition de savoir la décoder.

    Il m’a fallu près de dix ans et beaucoup de mouvement intérieur pour comprendre que ce que j’enviais chez mes amis scénaristes, ce n’était pas le fait d’avoir leurs livres publiés, c’était la passion qui les animait.

    S’il m’a fallu si longtemps pour le comprendre c’est parce que je me suis toujours vu comme quelqu’un de déterminé, prêt à ne rien lâcher pour les décisions que j’avais prises, et parce que j’ai confondu cet entêtement avec de la passion.

    J’aime les histoires. J’adore la dramaturgie. J’aime écrire des nouvelles et des romans. J’ai commencé le scénario comme un moyen de gagner ma vie et j’ai découvert ce qu’était la passion. Les gens avec qui j’étais au CEEA étaient des mines de savoir sur l’audiovisuel. Pas moi. Ils rêvaient de films et de réalisation. Pas moi. Ils venaient d’autres expériences, et être au CEEA était pour certains le fruit d’une décision délibérée de quitter une voie pour entrer sur leur voie. Pas moi.

    Moi j’étais là parce que j’avais lu à combien pouvait se vendre un scénario et parce que ça semblait relativement facile à apprendre et que dans mon plan, écrire des films serait un moyen de financer ce que je voulais vraiment faire: écrire des livres.

    Et comme je n’avais pas cette flamme débordante, je n’ai pas été celui qui a écrit 95 épisodes d’une série en prime time en un an, ni celui qui a signé un long métrage, ni celui qui a tout lâché pour faire de la BD. Mais je suis celui qui a fait du dessin animé et qui a étudié l’autopublication et publié des nouvelles, et celui qui a développé autre chose – j’y reviens.

    Pendant des années, j’ai cru que le pincement que je ressentais quand je voyais l’avancée de certains de mes camarades était le fruit de ma frustration de ne pas être assez investi dans le développement de ma carrière de scénariste.

    Mais ce n’était pas vrai. La première raison c’est que j’étais investi. J’étais dans les salons, les soirées, à faire du networking, à postuler sur des séries, à écrire des épisodes. L’autre raison c’est que je n’étais pas jaloux de tout le monde mais seulement de certains.

    Il m’a fallu dix ans (plus ou moins) et le fait d’avoir traversé mille et un changements et le fait d’avoir développé de façon totalement organique et non planifiée une activité de coach, pour découvrir que là où je vibrais le plus c’était quand j’étais au contact du changement et de la résistance au changement, quand j’étais dans une salle avec une (ou plusieurs) personne(s) et un blocage et que je sortais ma trousse à outils de coach pour arracher la personne à ce blocage.

    J’ai passé un nombre d’heures que je n’ai pas compté à apprendre de nouveaux outils, à suivre des formations, à être sur le terrain, au contact des gens.

    Quand je regarde ma vie rétrospectivement, le chemin apparaît avec une certaine évidence: je n’ai jamais vécu plus de cinq ans au même endroit, jamais passé plus de deux ans dans la même école. Le changement est la racine de mon être.

    L’écriture, la philosophie, l’anthropologie, le fait que je vibre quand je suis dans les salons, en train de rencontrer les gens, tout ça dessine une trajectoire dans laquelle l’écriture est un jalon mais pas la destination.

    Il a fallu que je prenne du recul, que j’observe ces sensations, que je constate l’impact positif que j’avais sur mes clients et l’épanouissement que cette activité me procure, que je le compare avec le plaisir de l’écriture – qui est là, présent et indéniable, et que je constate que ma jalousie avait disparu pour réaliser que ce que j’avais envié ce n’était pas le succès dans l’écriture ou dans le business, c’était la passion, la certitude de savoir: « ce qui me fait vibrer au point que je sois prêt à remuer des montagnes pour la réaliser, c’est cette chose-là ».

    J’ai rencontré Robert Fritz par hasard. Je ne sais plus où j’ai lu le titre de son livre pour la première fois, je crois que c’était chez Holly Lisle mais c’était peut-être chez Deb Norton. Dès les premières pages de The Path of Least Résistance, j’ai compris que toute le postulat sur lequel j’avais basé mes croyances et mes comportements n’était peut-être pas le bon.

    Là où je postulais la nécessité d’aller à l’encontre de ce qui résistait en soi, j’ai appris à écouter ce qui coulait avec aisance. A vraiment écouter toutes les nuances de mes sensations, pour distinguer ce qui coulait avec culpabilité et ce qui coulait avec un sentiment de pertinence, d’authenticité, de justesse.

    J’ai appris à distinguer la résistance qui dit: « Non, ça ça n’est pas pour moi » de celle qui dit: « J’ai vraiment très très très envie mais j’ai un petit peu peur et j’ai envie de me cacher ».

    J’ai compris que le chemin – pour moi – n’était pas de forcer le passage malgré mes intuitions mais d’écouter mes intuitions puis de leur créer un chemin.

    La métaphore qui me vient c’est que plutôt que de dynamiter la montagne, j’ai appris à tailler les broussailles qui masquent le sentier.

    La culture de la motivation est une culture du martyre: Il faut battre sa coulpe, suer sous le poids du labeur, contraindre son corps et son mental, sans cesse se pousser vers ce que l’ego veut sans considération pour l’écologie de ce désir, sans se demander s’il respecte nos besoins fondamentaux ou s’il les ignore.

    A l’inverse de cette culture on trouve des courants comme le zen, qui préconise l’acceptation et l’écoute immobile et silencieuse, qui enseigne à laisser l’ego se dissoudre pour accéder à autre chose, à cette conscience qui observe les mouvements de la pensée.

    Entre les deux se place ma philosophie. Après avoir pris le temps de l’écoute nécessaire pour entendre nos besoins profonds, nous devons nettoyer le terrain. Le chemin existe mais il est caché. C’est notre chemin et il est unique. Envier le chemin des autres et tenter de les suivre c’est oublier que nous sommes tous le fruit de nos propres circonstances, composés de ce mélange unique qu’est notre expérience.

    Nettoyer le terrain, c’est faire le tri dans les croyances qui nous ont été transmises par notre éducation, notre culture, et celles qui correspondent à ce que nous désirons réellement.

    La plupart de ces croyances, nous les avons construites nous-mêmes, comme lorsque j’ai décidé de croire que la seule voie possible pour moi, c’était d’écrire et que je me suis ainsi privé d’une multitude d’autres options, je me suis limité alors que ma vie elle-même m’ouvrait les bras.

    Aujourd’hui je n’envie plus les autres, je me réjouis pour eux. Je me réjouis de voir qu’ils réalisent leurs rêves, comme Eric qui vient de remporter le prix du pitch Amazon.

    Et je me réjouis pour moi, parce que je me suis libéré de cette culture du martyre et que je suis prêt aujourd’hui à suivre la lumière qui est la mienne, à entrer dans une culture du soleil, du rayonnement, de l’expression de ma plus grande excellence.

    C’est comme ce que je disais à Émilie jeudi: être un adulte responsable capable de prendre soin de lui-même, c’est savoir décider de faire ce qui est bon pour soi.

  • De meilleurs problèmes

    De meilleurs problèmes

    Tony Robbins, je crois que c’est dans Pouvoir Illimité, dit que le but de la vie n’est pas de cesser d’avoir des problèmes mais d’avoir de meilleurs problèmes.

    Je suis content d’avoir les problèmes que j’ai et content qu’ils ouvrent le chemin vers d’encore meilleurs problèmes.

    C’est un bon paradigme à adopter, qui oriente vers une pensée active et qui focalise sur le positif et la gratitude, libérant le système nerveux de ses tensions pour mieux activer les états de ressources dont nous sommes capables.

    Eric avait du mal à écrire un livre. Maintenant il ne sait pas comment réagir à sa sélection au concours du pitch d’Amazon au Salon du Livre. Meilleur problème.

    Voir le problème comme une bonne chose, comme une tension qui sollicite notre créativité et notre inventivité pour être dépassée, c’est ouvrir la voie à notre propre croissance.

    Avoir de meilleurs problèmes, cela présuppose que nous oeuvrions à la résolution de nos problèmes actuels pour ouvrir le champ aux suivants, ceux qui porteront de nouvelles tensions, des tensions qui nous permettront d’aller plus loin dans la découverte de notre potentiel.

    De quoi nous sommes vraiment capables nous l’ignorons tant que nous ne nous sommes pas frottés à la réalité. Le problème c’est que notre culture nous enseigne à fuir la difficultés, à voir le problème comme un gros nuage noir qui nous distrait de cet équilibre que nous passons notre temps à tenter de maintenir.

    Je dis « tenter » parce que c’est tout ce que nous pouvons faire, jusqu’au moment où nous intégrons que tout ce que nous sommes est changeant et que l’équilibre se trouve – paradoxalement – dans le déséquilibre.

    Accueillir le monde, accueillir la vie, demande de se préparer au changement. Tout le temps.

    « Se préparer » pas de façon défensive mais d’entraîner sa flexibilité, d’utiliser au maximum la plasticité dont est capable notre neurologie, pour surfer avec élégance sur les ondes de l’existence.

    Apprendre quelque chose de nouveau

    Le plus court chemin vers la plasticité, c’est d’apprendre une nouvelle discipline. Le mieux je crois, c’est d’apprendre une nouvelle langue, parce qu’en plus de développer de nouvelles synapses, nous acquerrons une toute nouvelle vision du monde.

    Chaque langue porte sa culture, sa représentation de la réalité. La grammaire postule certains prédicats, le vocabulaire et les familles de mots, certaines associations conceptuelles qui sont différentes de celles avec lesquelles nous fonctionnons dans notre langue maternelle.

    Sans aller jusqu’à apprendre une nouvelle langue, demandez-vous chaque semaine ce que vous pouvez apprendre à faire que vous ne savez pas faire. Et chaque année attaquez-vous à un chantier plus important.

    Certains apprentissages peuvent révéler des vocations en vous et changer radicalement la direction que vous décidez de donner à votre vie.

    Donnez-vous des objectifs, créez de nouvelles choses

    Se donner des objectifs c’est identifier les problèmes sur lesquels vous voulez travailler. Si vous saviez faire, vous n’auriez pas besoin d’un objectif, vous le feriez. Je ne me donne pas pour objectif de faire la vaisselle après chaque repas. Je ne me donne pas non plus pour objectif de publier ici chaque semaine. C’est quelque chose que je sais faire, dont j’ai décidé que c’était bon pour moi, alors je le fais.

    J’ai décidé, il y a quelques années, de prendre soin de moi et de faire les choses qui sont importantes et bonnes pour moi et de faire moins celles qui ne le sont pas. Si je ne publie pas ici, je me sens mal et cela pèse sur mes épaules. Ce n’est pas un objectif, c’est une discipline de vie.

    Non, je parle de faire des choses que vous ne savez pas encore faire et que vous voudriez réaliser. Il peut s’agir de choses importantes pour votre vie ou de petites choses, de réalisations qui peuvent changer votre destin ou de simples curiosités.

    La clef ici c’est: « je ne sais pas faire, je veux le faire, comment je m’y prends ? »

    C’est un bon problème à avoir, de ne pas encore savoir comment faire ce que vous souhaitez faire.

    A mesure que vous vous habituez à cette discipline – faire des choses nouvelles, apprendre des choses nouvelles – vous vous habituez à recevoir les problèmes non plus dans leur connotation négative mais comme des opportunités de croissance, des tensions qui vous permettent de restructurer votre perception du monde et de vous-même de façon à progresser vers d’autres possibles.

    Ayez des conversations plus audacieuses

    En pratiquant une communication propre, bienveillante et adulte (= je porte la responsabilité de mes propres vécus émotionnels, et je n’attends pas de l’autre qu’il les endosse ou les résolve pour moi), que se passe-t-il lorsque vous avez les conversations dont vous redoutez l’issue ?

    Oser dire les choses nous révèle une partie du sens de notre aspiration à être ensemble, de notre désir de rencontrer l’Autre. En exprimant ce que nous avons sur le coeur, en-travers de la gorge ou nous traverse l’esprit, nous invitons l’Autre à éveiller le changement en nous.

    Mais lorsque, par peur de l’inconnu et du changement, nous gardons pour nous ce qui nous écrase et nous étouffe, alors nous commençons à nous ratatiner. Recroquevillés sur nos sensations comme sur de rares secrets, nous gardons jalousement nos peurs et nos besoins d’éclaircissements.

    Alors les émotions, ne trouvant pas de porte de sortie, s’enflamment et enflamment notre système nerveux. Mon fils, inquiet d’une réunion parent-prof, s’est renfrogné et mis en colère. Il a fallu toute mon attention pour comprendre et désamorcer et lui expliquer que cette réunion ne représentait aucune menace pour lui.

    Oser parler. Oser dire: « En ce moment, je préfère être seul » ou « J’ai peur quand tu fais ou dis ça » ou « Je ne veux pas de ça dans ma vie en ce moment », ne devrait pas être source d’inquiétude mais d’apaisement et d’enthousiasme. En exprimant ce qui est important pour nous, nous offrons à l’Autre la plus belle des fenêtres sur notre intimité – et n’est-ce pas le but de la rencontre ?

    Accueillir les émotions de l’Autre, ce n’est pas chercher à l’en protéger. En nous protégeant (mutuellement) du vécu émotionnel, nous nous privons (individuellement) des apprentissages qui nous permettront de grandir, de prendre mieux soin de nous, de gagner en responsabilité individuelle.

    Ces conversations sont source de tensions et ces tensions sont positives, pas conflictuelles. Elles sont surtout source et preuve d’attention (si je te livre mon intimité c’est parce que j’ai foi en ta capacité à la recevoir et à lui permettre de s’épanouir).

    En tant que coach, tout mon travail consiste à avoir ces conversations mais cela vaut autant dans la vie quotidienne où l’audace, parfois, c’est simplement de prendre la parole, de s’intéresser à un(e) inconnu(e).

    Expérimenter et explorer et s’amuser

    Aborder les problèmes en sachant quels sont leurs termes (les deux pôles de la tension) et en comprenant comment ils nous permettent de sortir de notre stagnation, comment ils nous élèvent, aide à adopter ce paradigme: avoir des problèmes est une bonne chose.

    La finalité n’est pas de savoir où vous allez, c’est justement de ne pas savoir où vous allez… mais toujours dans le respect de vous-même (en suivant la boussole intérieure que sont vos sensations corporelles).

    Le paradigme du meilleur problème induit une vision différente du bonheur, où être heureux ça n’est pas cette dissolution des tensions mais une recherche consciente et délibérée de meilleures tensions, de ces mises en questions permanentes qui permettent à l’individu de repousser sans cesse ce qu’il croit possible, ce qu’il peut faire et accomplir et obtenir de sa vie.

    La plupart des systèmes de croyances (religieux, spirituels, philosophiques) sont-ils autre chose qu’une recherche de la vie vécue hors des tensions alors que les tensions, les paradoxes sont l’outil qu’emploie la vie pour se développer.

    Plutôt que de voir ces tensions comme des problèmes, et si nous décidions de les voir comme des opportunités ? Quelles tensions vivez-vous en ce moment ? Comment peuvent-elles vous enrichir, révéler votre plus grand potentiel ?

  • De l’utilité de la mélancolie

    De l’utilité de la mélancolie

    Je n’aime pas les Dimanche.

    Chaque dimanche soir, je m’enfonce dans les noirs abîmes de mon angoisse existentielle. J’appelle ça mes mini burnouts.

    Je me rappelle des vers de l’Ecclesiaste:

    Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.
    Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?
    Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

    Et je me souviens de tout ce que j’ai fait et de tout ce que je n’ai pas fait: « Je perds au jeu de la vie », je dis aux oreilles qui traînent aux alentours.

    J’ajoute: « j’en ai assez d’être complaisant avec moi-même. Ce que j’ai fait, ce n’est rien à l’échelle de ce que je veux faire et moins encore à l’échelle de ce que je peux faire ».

    Je me roule en boule et je grogne. Littéralement. Ma gorge émet des sons gutturaux pour manifester la frustration, l’épuisement, le débordement.

    Je déteste les Dimanche parce que je n’aime pas me sentir comme ça, impuissant, affaibli, dépassé par la vie.

    Pourtant je ne change pas cette habitude. Je pourrais. J’ai les outils pour. Je me surprends parfois à sourire, le Dimanche soir, pas dupe du jeu auquel je me livre. Au fond, je ne crois pas que mes actions soient vaines ou que mes efforts soient voués à l’échec. Je n’ai pas réellement envie de m’enfermer dans une grotte et d’en sortir dans dix ans, pas plus que je n’ai envie de tout brûler pour recommencer à zéro.

    Non, pourquoi changerais-je une habitude aussi utile et importante que celle-ci ?

    J’ai compris au fil du temps, à force de ces descentes dans les profondeurs de ma psyché, descentes qui ont persisté malgré mes multiples changements de vie, malgré l’acquisition de nouveaux outils m’aidant à être plus flexible dans mes états émotionnels, malgré la solidification de mes racines et de mon ancrage dans le réel, malgré la présence de mes amis, de mes conseillers et de mes coachs, j’ai compris que mon cerveau, dans son infinie sagesse, faisait de lui-même, à la fin de chaque semaine, la vidange et l’état des lieux de ses désirs, ses besoins, ses émotions.

    Comme les rêves nous font assimiler chaque nuit nos expériences de la journée, mon état mélancolique du Dimanche me permet d’assimiler les expériences de la semaine et de me reconfigurer en profondeur avant d’engager la semaine suivante.

    Loin d’être néfastes, ces plongées abyssales me permettent au contraire d’émerger avec une plus grande clarté le lundi matin. Elles sont le symptôme, la manifestation conscience si vous voulez, du travail organique de mon cerveau.

    Depuis ma certification de praticien PNL de janvier, un poster orne le mur de mon appartement: « Trust the unconscious mind ». Cette idée que le cerveau fonctionne si vite que seule une infime portion de son activité est perçue par la conscience m’est familière. Je l’utilise depuis des années quand j’écris, quand j’ai besoin de retrouver quelque chose (je m’en suis encore servi cette semaine pour retrouver ma carte vitale), quand je dois prendre une décision.

    Depuis que j’ai commencé à être coach, j’enseigne aux gens à accepter leurs émotions. Toutes leurs émotions. La tristesse – dont mes descentes dominicales sont cousines – est l’émotion de l’introspection. Elle nous permet d’assimiler les expériences de notre vie, de mieux les intégrer en nous tournant vers l’intérieur, en fermant en partie nos sens aux informations venues de l’extérieur.

    En me concentrant sur ce qui n’est pas encore exactement comme je le voudrais dans ma vie, en laissant s’exprimer ma frustration, je peux décider si j’en ai toujours envie ou si je peux passer à autre chose. Si j’en ai envie, je renforce ma motivation et mon désir et automatiquement, de façon organique, je hiérarchise les ressources dont j’ai besoin pour réaliser cette envie. J’ordonne mes compétences en fonction de leur utilité pour ce que j’entreprends.

    En même temps je purge les frustrations de la semaine en les autorisant à s’exprimer sans frein pendant une soirée. Il suffit parfois d’un bon feu pour tout purifier.

    Le lundi, je suis plein d’une énergie propre, neuve, purifiée par la purge de la veille, ma vision s’est clarifiée et mes ressources sont en ligne pour être employée comme j’en ai besoin.

    A trop prêter attention à nos symptômes, nous en oublions tout ce qui est en jeu sous la surface. La vérité c’est que nous fonctionnons parfaitement et que nos cerveaux ont mis en place exactement les processus dont nous avons besoin. En apprenant à voir sous la surface, à entendre cliqueter les rouages de notre inconscient, nous pouvons apprendre à avancer plus vite et à aller plus loin puisque nous cessons de lutter contre nous-même.

    Robert Fritz parle du Chemin de la moindre résistance lorsqu’il explique que nos énergies (nos actions, nos intentions) suivent le chemin naturel imposé par les structures de notre pensée (la représentation du monde et de nous-mêmes que nous avons intégrée depuis l’enfance).

    Certaines de ces structures sont bénéfiques et d’autres nous limitent. Trop souvent, pour distinguer les unes des autres, nous nous basons sur le plaisir des émotions qu’elles nous font ressentir quand, en réalité, nous devrions regarder leur rôle et leur fonction.

    Comme le médicament amer que nous devons parfois avaler, il suffit de patienter. Et d’apprendre à aimer l’amertume, habituer son palais à des goûts plus nuancés.

    La descente est suivie d’une remontée et c’est les mains chargées de vieux trésors que je fais surface.

    Une plus grande clarté, une meilleure détermination, une idée mieux définie de ce que je veux sont le fruit de mes phases introspectives.

    D’autres font leur point hebdomadaire uniquement avec leur conscience réflexive. En laissant mon inconscient prendre les commandes, je le laisse utiliser toutes les ressources dont il a besoin. #LâcherPrise

    Le principal message de la philosophie et du développement personnel, c’est d’utiliser vos meilleures ressources pour répondre à vos besoins. Si nos émotions sont des ressources, alors la mélancolie est la meilleure émotion pour répondre à ce besoin de vidange des frustrations et de réorganisation des désirs et des priorités. Elle occupe le mental conscient et lui évite de faire des plans inappropriés. Et pendant ce temps, le reste du cerveau s’occupe de tout le travail de réagencement. Parfait!