Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Theremin

    Theremin

    Vers la minute 11’50

    « Parfois quand je bois trop de café… » et ce qui suit (jusqu’à, à peu près, la minute 14)

    L’équilibre créatif, l’équilibre de vie, émotionnel, etc…. sont liés de façon indissociable. Beaucoup de gens n’ont pas envie d’entendre ça.
    Ils préfèreraient peut-être que la vie créative soit libérée de la vie tout court. Beaucoup de mes clients viennent me voir pour que je leur enseigne les techniques de l’écriture et je leur réponds: « je peux, mais ça ne vous servira à rien si nous ne travaillons pas aussi, et en priorité, sur vous, votre capacité à ressentir et à observer, à accueillir et à être, parce que créer c’est exprimer une partie de ce qu’il y a en soi et parce que ce qui bouge en soi peut parasiter la créativité si l’on ne sait pas détacher les deux vécus ».

    Alors pas mal de gens partent. Ils disent: « oui mais ce que je veux c’est la technique », comme si la technique pouvait suffire. Alors je leur apprends la technique et ils commencent à écrire et au bout d’un moment ils me disent: « je ne comprends pourquoi mais je n’y arrive pas. J’ai l’impression de faire ce qu’il faut, pourtant ».
    Alors je leur demande comment ils se sentent, et ce qui arrive dans leur vie, et ce que l’histoire qu’ils sont en train d’écrire provoque en eux à un niveau émotionnel.

    Alors commence le travail. Les résistances, l’inconfort, l’envie de ne pas regarder ce qu’il se passe.

    Faire, créer, inventer, une œeuvre, ses relations, sa vie, cela demande du discernement.

    Pendant que je travaille à ce projet, je dois faire le calme à l’intérieur de moi, laisser passer les émotions, les pensées parallèles, les associations d’idées qui concernent d’autres sphères de mon être et de mon activité. Sinon, les notes manqueront de stabilité, sinon le son sera moins pur.

    La discipline qu’exige la décision d’être l’auteur de sa propre vie c’est aussi la discipline du discernement. Apprendre à reconnaître ce qui est lié au projet et le distinguer de ce qui a trait à autre chose ; savoir dire « Non » aux distractions quand elles sont un évitement mais savoir reconnaître notre besoin de distraction quand il est un besoin de respiration.

    Couper le téléphone, refuser les sorties, préférer la solitude, se reposer, savoir dire: « voilà de quoi j’ai besoin ».

    Nous ne sommes pas venus à la vie pour divertir les autres. Nous sommes venus pour construire une vie dont nous soyons fiers. Cela demande de préférer les activités qui nous aident à construire cette vie plutôt que celles qui nous en détournent.

    Et c’est un peu ce que le theremin dit à travers Pamelia Stickney dans la vidéo en tête de cet article.

    Si nous décidons de réaliser l’impossible, c’est parce que nous pressentons que c’est dans la quête de comment nous pourrons y parvenir que se joue la rencontre avec notre plein potentiel, avec la plus grande de nos richesses intérieures. C’est en poursuivant ce qui nous semble inatteignable que nous nous invitons à développer des ressources qui, jusque là, nous manquaient.

    Cette croissance infinie s’accompagne de la nécessité d’apprendre, qui elle-même exige de ne pas savoir faire. Ne pas savoir, c’est inviter de la confusion dans sa vie. Ne pas savoir est déroutant à n’importe quel âge et il faut avoir appris à naviguer le flou d’une activité que l’on ne maîtrise pas encore et que l’on ne comprend parfois même pas.
    Quand je prends des cours de chant et que mon coach me demande de reproduire avec la voix une note qu’il joue au piano, j’y arrive mais je ne comprends pas ce que je fais, et je déteste ça. Comment puis-je le reproduire à l’infini si je ne comprends pas la mécanique qui est en jeu ? Comment puis-je me corriger si je ne comprends ni ce que je fais ni comment je le fais ?

    Je le vois sur mon fils de sept ans aussi bien que sur mes clients de plus de quarante: faire quelque chose sans savoir le faire est perturbant et, pour certains, presque impossible. Cela revient à skier dans la brume ou traverser un tunnel sans lumière.

    Je me souviens d’une nuit où je dormais chez mes grands parents. Je devais avoir 9 ou 10 ans. Je me suis réveillé en plein milieu de la nuit avec la vessie prête à déborder mais impossible de me repérer, j’étais désorienté. Je ne sais pas si les meubles avaient changé de place depuis ma précédente visite ou si mon cerveau avait mal évalué ma position dans la pièce, mais je me revois en train de ramper sous une table, d’escalader le montant du lit, à la recherche d’un mur, d’un interrupteur, d’une poignée de porte, n’importe quel élément me permettant de me repérer.

    Ça n’a pas duré longtemps et j’ai réussi à me retenir de me pisser dessus mais la sensation de déroute est restée ancrée en moi. L’absence de repères dans un endroit familier. C’est exactement ce que propose la créativité, qu’on l’utilise pour créer des œuvres ou pour inventer sa vie.

    Ce non-savoir, cet espace dans lequel l’ego s’abandonne pour faire place à autre chose, à ce qui cherche à s’exprimer en soi, à ce qui veut jouer avec nous dans l’acte créatif, cette chose que Lynda Barry cherche à définir dans What it is et Syllabus, cet inédit, ce chemin à tracer, c’est ce qui donne son relief à la vie. Et pour l’atteindre, il faut faire le calme en soi, parce qu’il est comme le theremin, sensible à la moindre variation, au moindre tremblement.

    Je parle de cet inconnu et des méthodes qui permettent de l’accueillir avec sérénité dans mon livre L’artiste est un athlète comme les autres. J’y parle aussi de la vie créative et de son importance, du rôle qu’elle joue dans la construction, pour soi, d’une vie qui mérite d’être vécue. Parce que créer, c’est honorer ce qui vibre en nous, cette inextinguible volonté de devenir, cette force désirante qui distingue le vivant du mort.

  • La vraie nature de la générosité

    La vraie nature de la générosité

    Elle m’écrit: « Je n’ai jamais pu être si sincère, si simple et si authentique. Merci de m’offrir cet espace et de me donner cela de toi aussi. C’est si précieux. J’ai du mal à réaliser que ce soit possible, si simplement. »
    D’autres aiment compliquer les choses simples.
    Moi je navigue et je crois ne rien mériter des choses qui m’arrivent. Cette idée de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez, c’est une saloperie qu’on n’a pas choisie. Peut-être que dans une vie antérieure j’étais vraiment un castor ou peut-être que je ne fournis pas assez d’efforts dans celle-ci pour justifier d’obtenir ce que j’obtiens.
    Je suis un homme difficile à aimer. Je ne sais pas recevoir, j’ai besoin d’immenses gouffres de solitude qui me happent et me font disparaître des radars pendant plusieurs semaines parfois, toujours sans prévenir, j’ai des vices et des perversions que je tâche d’assumer. Ce sont des choses que j’apprends à ne plus combattre, parce qu’elles naissent de mes besoins psychiques.
    Mercredi je discute de procrastination et j’ai envie d’introduire cette idée que nous procrastinons souvent sur nos besoins psychiques, on repousse le moment de s’occuper de soi, de laisser mûrir les idées, de laisser s’évaporer les émotions. On met tout sous le tapis. On verra plus tard. Il sera toujours temps, quand tout aura trop enflé, de nous occuper de la masse grouillante qui gonfle le tapis. Après tout, ce n’est pas urgent de rire, de pleurer, de dire stop. Plus tard, toujours plus tard.
    Alors nous émoussons notre sensibilité et nous devenons insensible aux manifestations de nos besoins.

    Nous avons peur, aussi, de les exprimer, des fois qu’ils heurtent l’autre, des fois que nos besoins menacent les besoins de l’autre. Que se passera-t-il alors ? Que se passe-t-il en cas d’incompatibilité profonde de nos besoins ? Tu veux me voir, j’ai besoin d’être seul ; je veux parler, tu as besoin de silence ; j’ai besoin de diversité, tu as besoin de sécurité. Comment faisons-nous ? Est-il possible de concilier nos besoins ? Est-il possible de les hiérarchiser ? Faut-il que l’on alterne: un jour ton besoin, le lendemain le mien ? Et devenons parfois nous résoudre à ce qu’il n’y ait rien d’autre à faire que de constater que: ça ne colle pas, nos besoins sont incompatibles.

    Et alors ?
    Si cela arrive, est-ce si grave ? Dans notre précipitation à ne pas écouter les nuances de notre vécu intérieur, nous avons créé de grosses boîtes et jeté en vrac tous les petits billets envoyés par notre système émotionnel. On dirait mon système de comptabilité: une boîte à chaussure et des reçus en vrac.
    Comment voulez-vous que l’on s’y retrouve ?
    Si l’on reconnaît que nos besoins sont incompatibles, la chose saine à faire c’est de redéfinir la relation, de chercher quels besoins elle peut satisfaire, et si elle n’en satisfait aucun, se faire un gros câlin, se regarder droit dans les yeux en faisant défiler tous les bons souvenirs, se dire « Merci », et partir chacun de son côté.
    Au lieu de ça, quand nous piochons dans la boîte à chaussure les souvenirs vecteurs de gratitude, la conscience que la relation ne marche pas, nous piochons en même temps notre peur de l’abandon, notre peur de la solitude, les souvenirs de notre père en train de dire « tu finiras vieux garçon avec ton caractère », de notre mère en train de dire « tu vas me laisser mourir sans que je sois grand-mère », nous prenons aussi des choses qui ne nous appartiennent pas, comme la pression sociale (finir vieux garçon c’est échouer à la vie), la culpabilité vis-à-vis de besoins qui ne sont pas les nôtres. Alors nous nous trompons de cible, nous nous accrochons à des gens qui ne nous permettent pas de nous épanouir, nous restons englués dans des situations (professionnelles, amicales, amoureuses) néfastes, juste parce que nous n’avons pas pris le temps de ranger nos vécus psychiques, de séparer nos besoins des besoins des autres.

    Or si je passe ma vie à répondre aux besoins des autres, ce n’est pas moi qui trouverai l’épanouissement, pas vrai ? Et si je ne consacre pas mon attention prioritaire à répondre à mes besoins, je ne pourrai jamais ni être épanoui•e ni découvrir tout ce que je peux offrir au monde en retour, je ne peux pas contacter cette lumière qui existe au centre de mon être, qui est moi dans tout ce que j’ai de plus authentique, de plus singulier, et de plus généreux.
    Être pleinement soi c’est la plus grande des générosité. On vous dira « c’est égoïste de ne penser qu’à ses besoins », c’est oublier ou même nier l’interrelation qui définit le monde, comment chaque chose, en étant exactement ce qu’elle seule peut être, influence les éléments de son entourage. L’arbre, parce qu’il est arbre, accueille l’oiseau, la terre accueille la graine aussi bien que le ver de terre qui la nourrit.
    Ce qui est vrai pour l’écosystème naturel l’est tout autant de l’écosystème social. Quand je suis moi sans concession, quand je respecte mes besoins sans négociation (avec moi-même s’entend, il peut être sain d’accepter des compromis avec les autres, dans ce cas, il est impératif de se demander: « comment respecterai-je mon besoin autrement ? » parce que nous sommes des êtres créatifs et nous trouvons mille manières de répondre à nos besoins, et aucune de ces manières n’est réellement tributaire d’autrui), quand je me donne comme règle éthique principale d’être à l’écoute de ce qui est bon pour moi, alors je peux exister avec autant de majesté que l’arbre, ou la terre, ou la graine, la fleur ou le ver de terre. Et alors, à mon contact, sans que je n’aie besoin de savoir ni comment ni pourquoi, les autres peuvent à leur tour s’épanouir, grandir, apprendre.
    Tout comme j’apprends des autres grâce à qui ils sont, exactement, dans leur réalité la plus crue.

    Pour faire simple : être soi, c’est la seule manière d’être qui soit généreuse à la fois pour soi, et pour les personnes qui nous croisent, nous côtoient ou nous fréquentent dans l’intimité. Cessons de vouloir nous substituer aux autres. Exprimons nos besoins tels que nous les ressentons. Et laissons la vie faire le reste.

  • Le paradigme de la cage dorée

    Le paradigme de la cage dorée

    Si la vie est une tension constante entre désirs et peurs, chaque certitude que nous avons sur nous-mêmes (« je suis… », « je sais faire… », « j’aime…/j’aime pas… », « je suis confortable quand… ») est un barreau qui nous enferme dans une cage dorée. Dorée parce qu’on la connaît, qu’on y a ses repères, même s’ils sont faits de violence et de souffrance.
    Changer est effrayant. Changer est exigé par nos désirs, ces élans de vie qui nous poussent à une réalisation toujours plus profonde de nous. En ce moment je résiste. En ce moment, cela fait deux ans. Je suis devenu meilleur coach, à force d’expérience. Et je reçois de partout cette injonction: « Tu as quelque chose à apporter, continue ». Et en moi cela résiste: Sûr, je prends du plaisir à voir mes clients se transformer, et il y a du jeu dans cette interaction, quelque chose de ludique qui me rend joyeux. Mais c’est autre chose que ce que j’avais décidé. Alors je résiste. J’ai peur de ne jamais finir ce roman qui ne cesse de changer de forme et qui refuse de sortir de moi, j’ai peur de ne jamais être reconnu comme auteur – inventeur de littérature –. Être un technicien de l’écriture, cela n’est pas la même chose.
    Pourquoi j’ai peur de ça, c’est une bonne question. Parce qu’au final, c’est une décision arbitraire que j’ai prise à un moment où je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire de moi. A 16 ans, il fallait que je prenne une orientation, et rien dans le monde que l’on me proposait, ne m’attirait vraiment.
    C’est par accident que je suis devenu coach. Parce qu’un jour j’ai participé à un atelier d’écriture, et proposé d’en coanimer un, on m’en a proposé un autre, puis un autre, puis un autre, puis je suis allé en chercher, puis j’ai décidé de créer le mien, puis j’ai décidé que je stagnais et je voulais découvrir comment ne pas rester sur la touche de la vie, comment continuer à avancer.
    Et j’ai découvert qu’il y avait autre chose qui m’attirait que l’écriture: l’humain et ses blocages, l’humain et cette énergie folle qu’il dépense à ne pas faire ce qui est important pour lui, et j’ai découvert que peut-être qu’écrire n’était plus aussi important pour moi et tout s’est hérissé.
    La cage m’a rappelé qu’elle était là, confortable, brillante de tout son or, une cage parfaite qui disait: « je suis un auteur qui n’est pas encore reconnu », « je sais écrire des livres et m’assurer que personne – ou presque – ne les lise », « j’aime quand je peux me plaindre que ça ne va pas comme je veux, que cela prend trop de temps et pas la bonne forme », « je n’aime pas quand on me dit que ce que je fais fonctionne et touche et immerge, parce qu’alors cela veut dire que je suis reconnu et je ne connais pas assez bien ça », « je suis confortable dans cette habitude de dire: « j’écris mais sans plus, pas des choses très intéressantes, de simples histoires d’amour avec du sexe dedans ».
    Mais déjà, c’est peut-être des histoires de sexe avec un peu d’amour dedans, et ce sont surtout des histoires de désir ardent, comme ce désir ardent de m’arracher à cette cage dans laquelle je me sens si bien.

    Et pour le faire, il faut marcher sur ce fil tendu entre peurs et désirs, et avancer avec les unes et avec les autres, et dire: « je marche au-dessus du vide et je n’ai pas envie de tomber parce que si je tombe je meurs » et ce qui est drôle c’est que tomber peut prendre deux formes: je peux cesser de désirer ou je peux cesser d’avoir peur.
    Mais je peux aussi choisir de meilleures peurs. Plutôt que d’avoir peur d’être enfin reconnu, je peux choisir d’avoir peur de ne pas être assez vulnérable et authentique dans ce que j’écris.

    L’été dernier, j’ai beaucoup écrit. J’ai écrit des textes techniques dans lesquels j’étais investi à 57%. Depuis cinq jours j’écris beaucoup aussi. J’écris un texte qui n’est pas technique et dans lequel je suis investi à 84%. J’ai peur de ne pas réussir à être à 100% (comme dans ce texte).
    Et je crois que j’ai aussi peur de le diffuser et de voir qu’il ne fonctionne pas du tout alors qu’en fait, ce n’est qu’un livre. Ce n’est pas grave s’il ne touche pas un million de lecteurs. Ca me dérange mais c’est moins grave que de réaliser qu’être coach est une activité épanouissante pour moi autant que pour mes clients, et que de ne pas le faire c’est ne pas saisir l’opportunité de m’arracher à cette vision étriquée que je persiste à avoir de moi-même.

    J’ai jeté Projet Yama, qui est un boulet que je traîne depuis treize ans. Un roman dont la publication a été annulée par le dépôt de bilan de son éditeur, mais un roman qui m’a été payé alors que je n’en avais pas écrit une ligne. Un montant symbolique et à l’époque (j’avais 22 ans), symbolique c’est tout ce dont j’avais besoin pour croire que je pouvais avancer sur ce chemin. Et c’est ce que j’ai fait ces treize dernières années, inlassablement, sans discontinuer. Et je continue.

    Le chemin s’ouvre depuis trois ans, trois toutes petites années, c’est un bébé chemin qui commence à peine à parler, mais qu’est-ce qu’il a comme choses à me dire!
    Alors je l’écoute avec attention. Parce que le weekend dernier, improviser pendant 8 heures un coaching de groupe, ça a été un pied immense, bien plus immense – oserai-je le dire – que ce que l’écriture m’a offert ces derniers mois.

    Oui, écrire ces mots me dérange. Regarder cette réalité sur l’écran me rappelle ce que Kate m’a dit avant que la dispute de Londres ne coupe le lien entre nous: « Ce qui me surprend, c’est que quand tu parles d’écriture, tu dis « c’est un travail », où est ta motivation ? »
    Je n’ai pas voulu m’entendre. Je n’ai pas voulu l’entendre. Je crois qu’il reste quelque chose de cette faim, je crois que brûler les vieux projets a été important parce que cela me permet d’accueillir de nouvelles réalités: mes textes courts, mes textes de cul et d’amour, ce sont eux qui me font plaisir. Avec eux, je m’amuse.

    Même si je les trouve banals.

    Même si Blade Runner continue à me transporter tout au fond de moi.

    Même si j’écrirai aussi d’autres choses.

    Entre deux sessions de coaching.

    Peut-être. Sûrement. Bientôt. Déjà.

    Ok, je flippe. Et sur mes lèvres il y a un immense sourire.

  • Relations toxiques: définitions

    Relations toxiques: définitions

    Est toxique…

    Toute relation autocratique.

    Toute relation dans laquelle l’un, l’autre ou les deux cherchent à museler l’être de l’autre.

    Toute relation dans laquelle l’un, l’autre ou les deux se déleste de sa responsabilité émotionnelle sur autrui.

    Toute relation au sein de laquelle, lorsque vous vous sentez dans votre centre, aligné•e, épanoui•e, l’autre vous culpabilise.

    Toute relation au sein de laquelle votre parole n’est pas prise en compte, l’expression de votre vérité n’est pas admise.

    Toute relation violente, agressive, manipulante.

    Une relation où l’on vous dit ce qui est bon ou mauvais, ce que vous avez le droit de faire ou non avec votre corps, votre voix, vos actions.

    Toute relation où l’insécurité de l’un•e sert de justification à la réduction, au musèlement, à l’humiliation de l’autre.

    On les reconnaît, les toxiques, à ce qu’ils cherchent, lorsqu’ils perdent pied, à entraîner avec eux ceux qui ont le pied ferme, l’équilibre sûr. Ils lancent des piques, tentent de rendre honteux, appuient là où ils pensent pouvoir faire mal.

    On les reconnaît à ce qu’ils s’accrochent, incapables de quitter la table lorsqu’ils se sentent glisser. Ils se rendent volontiers victimes, pour qu’on les plaigne, parce que leur seule personnalité, étouffée par des décennies d’autocensure, ne suffit à capter l’attention.

    Au final, c’est ce qu’ils sont, les toxiques, des gouffres à attention. Ils ont besoin du regard de l’autre pour se sentir exister et lorsqu’ils ne l’ont pas, ils se sentent disparaître, s’évanouissent dans l’éther. Enfin, c’est ce dont ils ont l’impression, parce que les autres ne la partagent pas, cette impression.

    Alors ils tirent la corde à eux, craignant que, s’ils ne l’ont pas, ils seront laissés là pour geler. Et parce qu’ils le font, ils mettent en danger tout le groupe. A cause de leur inconfort avec eux-mêmes, ils ressentent un inconfort social et le cercle vicieux s’enclenche: avides d’attention, ils déploient les mécanismes les plus sombres et poussent à la fuite ou au simple détournement ceux-là même qui auraient pu les aimer.

    Les toxiques me font de la peine mais je n’ai pas de place pour eux dans ma vie, alors je m’en détourne avec une certaine nostalgie, parce que sortir quelqu’un de sa vie, c’est toujours un peu triste. C’est aussi un peu le prix à payer pour continuer à s’épanouir.

  • Silence

    Silence

    parfois, le silence. trop parler étouffe le sens. ajouter des mots ajoute du bruit, alors shh.

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  • Terreurs

    Terreurs

    Ce qui nous effraie le plus, notre vulnérabilité, a le pouvoir de nous couper de nos amitiés les plus précieuses. Lorsque la terreur prend le dessus elle invite des rationalisations fallacieuses, des argumentations internes en forme de justification qui sont les plaques de métal que nous dressons face aux miroirs de notre psyché pour éviter de regarder notre reflet, déformé par la peur, pour éviter de découvrir le monstre que nous devenons lorsque la terreur s’empare de nous.

    Mais la peur est une émotion simple, qui émet un message simple. Et accepter d’entendre ce message est la première étape vers l’apaisement. Formuler sa peur, pleurer face à la possibilité de sa réalisation, permet de lâcher prise sur l’anticipation qui nous terrifie. Quel est le pire qui puisse arriver si ce que nous craignons se réalise ? Que nous souffrions au point d’en mourir ?

    Le mieux qui puisse nous arriver est souvent que notre peur se réalise, que, pris dans la réalité de notre peine, de notre isolement, de notre échec, nous prenions conscience, par l’expérience, que nous survivons, nous nous adaptons, nous devenons davantage serein et authentique et ouvert de cœur et d’esprit. La peur isole et enferme, la peur nous pousse à créer des distances avec les gens que nous aimons, pour nous éviter la souffrance de leur disparition, alors nous vivons petitement. Alors nous n’osons pas. Nous n’osons pas aimer, nous n’osons pas partir, nous n’osons pas sauter vers la prochaine branche que nous tend notre vie.

    C’est qu’il y a un gouffre entre la branche sur laquelle nous nous tenons et la branche d’à côté, et nous sommes bien certain que ce gouffre nous happera si nous sautons. Nous ne savons pas, bien sûr, si nous sommes capables d’un bond assez puissant pour passer le gouffre, nous vivons dans l’ignorance de nos ressources réelles alors nous préférons craindre le pire ne rien tenter.
    La vie est pourtant plus riche lorsque nous osons être nous, lorsque nous entrons dans notre propre lumière, et que nous la laissons rejaillir sur les autres.

    Je connaissais le principe selon lequel “quand tu entres dans ta lumière, tes proches, se sentant menacés par elle, feront tout pour t’éteindre” mais jamais je ne l’avais vécu aussi fort qu’avec lui. Et cela demande du courage que de persister dans son authenticité lorsque la peur de l’autre est activé par elle, lorsque sa peur le rend sourd à votre bienveillance.

    Être soi, c’est aussi, par contraste, permettre à ceux qui n’osent pas l’être, de voir le chemin qu’il leur reste à parcourir, un chemin qui passe par leurs zones d’ombre et leurs peurs, et leur envie de plaire, et la réalisation que plaire n’est pas le but. Et ils peuvent vous en vouloir de leur éclairer le chemin, parce que dans la lumière de votre authenticité ils voient bouger les tentacules de leurs effrois, ils voient s’allonger les ombres de leurs monstres personnels, comme ces arbres qui paraissent prendre vie quand Blanche Neige s’enfuit dans la forêt.

    Dans ces moments-là votre propre peur peut vous pousser à mettre un abat-jour sur votre authenticité, à museler votre voix, parce que vous pensez que protéger l’autre contre lui-même est votre responsabilité alors que c’est tout le contraire. Votre responsabilité c’est de vivre à fond, d’oser briller, d’être dans le rayonnement de toutes vos ressources, de tout donner de vous. Votre responsabilité c’est de vous élever sans cesse vers une expression plus radicale de votre singularité. Peut-être que vous servirez d’exemple, de phare dans la tempête, de guide, ce n’est pas la finalité. Si vous pensez en ces termes c’est encore votre ego qui domine.

    Votre ego veut contrôler, il veut un monde confortable dans lequel tout se plie à sa volonté, il veut un monde dans lequel on le flatte et on l’adule et on l’aime. Votre Soi veut simplement être et s’exprimer.

    Alors soyez. Entrez dans votre lumière et si d’autres en prennent ombrage, laissez-les faire leur propre apprentissage. Peut-être que vous perdrez certains amis, peut-être que vous les regarderez s’enfoncer dans leur pénombre en crachant et en sifflant vers vous, possédés par la terreur, comme ces créatures allergiques au soleil qui se réfugient dans les cavernes et les grottes en crachant contre le soleil.

    Dans la lumière qui est l’amour inconditionnel et compassion universelle, vous accueillerez leur peur et accepterez que leur chemin n’est pas le vôtre, et que vous n’avez aucune responsabilité dans leurs choix, leur apprentissage, leur maturation. Vos chemins peuvent se croiser, se décroiser, se séparer, se retrouver, ils peuvent être superposés ou parallèles, ils peuvent être en opposition, en contradiction, ils peuvent se heurter ou se caresser. Ça n’a pas d’importance. Ce qui importe c’est d’offrir le meilleur de vous, le plus authentique, d’accueillir vos compagnons de route avec enthousiasme, et cela ne signifie jamais que vous deviez vous diminuer pour rendre leur chemin plus confortable.

    La peur est une chose terrible quand elle nous déborde et nous envahit, elle nous fait perdre notre discernement et notre clarté, elle nous plonge dans un brouillard de perceptions contradictoires, elle amplifie la cacophonie de l’écho, elle active les missiles sol-air et les sol-sol et les air-sol et les mines antipersonnelles et elle brûle au lance-flammes le village et les villageois, sans réflexion, sans recul, sans attention. Au sortir de la peur, la tête nous tourne et nous réalisons avec effroi le mal que nous avons répandu.
    La prochaine fois que vous ressentirez l’effroi, la prochaine fois que votre ego cherchera à rationaliser l’absurde, demandez-vous ce que vous craignez et exprimez-le avec honnêteté et simplicité.

    Le jour où j’ai exprimé ma peur: “si je ne réussis pas, j’ai peur de prendre la décision du suicide”, elle s’est évaporée. Reconnue, elle n’a plus ressenti le besoin de me hanter, comme ces fantômes coincés sur les lieux de leur injustice personnelle, qui attendent d’avoir résolu ce qui était en suspens à leur mort avant de s’évaporer dans la lumière de la dissolution.