Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Swedish memories

    Swedish memories

    Jonköpping me fait penser à Forbach. Aucun lien. Aucune ressemblance. Probablement juste le contexte dans lequel j’y vais. Et le fait que chacune de ces petites villes ait vu naître quelqu’un de connu.

    La neige, bleue dans le ciel sombre du milieu d’après-midi. Les trajets en bus. Beaucoup de trajets en bus. Pour aller à Beauvais, pour aller de Stockholm à Jonköpping. Puis de la gare routière à la cité U d’Aurélia.

    La douche à l’italienne de l’appart. Les repas de crevettes. Les colocs. Les soirées, les virées. La neige. Les cinammon rolls et ces pâtisseries remplies de crème dont le nom m’échappe, là, tout de suite, mais que j’ai longtemps retenu.

    Le lac.

    Le bonneteau dans les rues du vieux Stockholm.

    Göteborg. Le musée des vikings. Le café où nous prenons nos petits déjeuners, et le comic shop juste en-dessous.

    La relève de la garde.

    Les trajets de nuit dans le bus, avec la musique et l’ordi.

    Un moineau dans un souterrain. Une statue de Pippi Longstocking. Une librairie, bien sûr.

    Un port. De l’eau. Des arbres.

    De la réglisse salée.

    Et l’absence de direction de ma vie. L’absence de présence aussi. Je suis là sans y être. Dans ma vie, je veux dire.

    C’était il y a bientôt dix ans. Déjà.

    J’ai envie de retourner en Suède, pour la vibration du pays, pour le goût de l’air. Pour les sonorités de la langue. Pour dire « Tak » et « Hej ».

    Pour la neige.

    Et peut-être pour retrouver un fantôme de moi, parler avec lui, lui dire que c’est cool ce qu’il vit et que ce que je vis l’est encore plus, même si je n’ai pas envie de comparer. Pas vraiment. Ou alors juste pour voir, en contraste, comme ma vie a changé.

    Aujourd’hui j’ai retrouvé une lettre que j’ai écrite cette année à mon moi de 16 ans. Ça commence par « Tu lis cette lettre en 1998. Je te l’écris en 2017 »

    J’avais oublié que j’avais écrit cette lettre. En la lisant, j’ai été ému de tout le chemin parcouru, toute cette lutte que j’ai décidé de ne plus mener entre ce que je voulais être et ce que je veux être.

    A quelle fréquence oublions-nous que nos rêves aussi ont le droit de changer. Que ce qui avait du sens à vingt ans, ces aspirations qui faisaient le sens de nos existences, ne sont pas toujours pertinentes à trente. Pas de la même façon. Pas sous la même forme. Ou juste pas du tout.

    Il s’en passe des choses en vingt ans. Assez pour commencer une nouvelle vie, avec de nouveaux besoins, de nouvelles envies, de nouveaux désirs.

    J’ai fait les choses à l’envers de la plupart des hommes. J’ai construit ma famille avant de m’intéresser à ma carrière. J’ai réalisé mes rêves avant d’écouter la voix de la raison. J’ai tendance à être fasciné par ces vies qui commencent à se réaliser à cinquante ans, ces hommes et ces femmes qui poussent la porte de mon bureau, s’installent et me disent: après toutes ces années à vivre pour les autres, j’ai décidé de faire attention à moi.

    J’imagine que nous faisons tous ça, d’une certaine manière. Pourtant j’ai l’impression d’avoir beaucoup vécu pour moi et d’avoir davantage à faire attention aux autres aujourd’hui. Ca ne veut pas dire de cesser de faire attention à moi mais j’ai développé une puissante sécurité interne.

    Je sais que je peux m’appuyer sur moi. J’ai travaillé pour arriver à cette confiance. Et si, d’un point de vue extérieure, je peux sembler vivre une vie d’équilibriste, en réalité j’ai des fondations solides, je suis ancré profondément dans le sol, les pieds verrouillés dans le béton de mon expérience. Je vacille, je vacille, mais je ne bouge pas. Ou peu. Et parce que je l’ai choisi.

    Ce qui est amusant c’est que les gens qui me connaissent vraiment voient mes hauts et mes bas. Je peux d’autant mieux m’abandonner à mon nihilisme, à ma vision pessimiste de l’avenir, que je suis solide. Je peux jouer avec mes états sans les prendre vraiment au sérieux.

    Quand je compte le temps qu’il me reste à vivre, je souris, je me dis « ce serait bien que j’arrive à cent ans, et pourquoi pas plus loin encore ? » et je réalise toutes les vies que je peux inventer dans ce temps et je le réalise d’autant mieux que je peux voir, de façon très factuelle, toutes celles que j’ai déjà vécues.

    Il y a un certain vertige à me dire que je ne sais pas où je serai dans deux, trois, dix, vingt ans, et c’est un vertige excitant. Il y a quatorze ans j’ouvrais mon premier livre de PNL, sans le finir. Je me disais: « je pourrais devenir praticien » mais sans trop y croire et sans que ce soit un vrai projet.

    Et aujourd’hui, je suis praticien certifié. Je continue de me former. Ce matin encore j’écoutais des enregistrements pour aller plus loin. La semaine dernière, je coachais, en étant supervisé, un de mes compagnons d’apprentissage. Et hier, en réfléchissant à ce que j’allais faire ces cinq prochaines années, j’ai réalisé que je voulais continuer à construire mon expertise de cette discipline et que je n’ai envie d’être nulle part ailleurs que là, à faire ça, et à voir le changement chez mes clients.

    Qui sait où la vie nous mène ?

    Alors j’ai envie de retourner en Suède, pour voir ces paysages et redécouvrir ces lieux et sentir le froid. Je veux marcher dans mes propres pas et ressentir ces changements dans chaque cellule de mon corps, et sourire au passé et à l’avenir parce que mon présent est la parfaite charnière entre les deux.

    Et que cette charnière, aujourd’hui, est délicieuse, exactement telle qu’elle doit être.

  • Ce truc que j’appelle ma vie

    Ce truc que j’appelle ma vie

    Il y a des jours où j’aimerais trouver le bouton reset de mon existence.

    Recommencer au début du jeu, tout reprendre à zéro. Faire mieux, cette fois.

    La vérité c’est que je ne sais pas encore si la vie est une grande aventure exaltante ou une vaste supercherie. J’oscille entre la certitude qu’elle a du sens et la conviction qu’elle est vaine.

    Je me dis qu’en reprenant au départ je pourrais faire d’autres choix et trouver une vie plus paisible que ce brouillon d’existence que je me suis bricolé.

    Quelle direction prendre ? Quel but suivre ? On me dit que les objectifs sont structurels, je les crois arbitraires.

    On me dit de trouver mon essence, ma mission, mon âme et je ne découvre que des accidents: né ici, à cette époque, dans ce milieu, je suis imprégné d’une culture qui m’est tombée dessus par hasard.

    Je regarde autour de moi tous les gens qui ont l’air de savoir ce qu’est la vie, qui savent distinguer les « winners » des « losers » et je me dis qu’ils ont de la chance de vivre avec de tels niveaux de certitude mais je ne vois pas comment les rejoindre sans perdre pied avec la réalité.

    Naïvement, enfant, je croyais que quelque chose se mettait en place quand on devenait adulte, qu’un interrupteur s’enclenchait et que d’un seul coup la lumière se faisait. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient, les « grandes personnes ». Force m’a été de constater que ce n’était pas le cas, que les histoires que je lisais dans les romans n’étaient pas de simples jeux de l’esprit mais l’expression d’une détresse existentielle qui, pour autant que je puisse en juger, est à la fois terriblement réelle et universelle.

    Quel est ce jeu tordu dans lequel nous projette notre naissance ? Quel esprit pervers en a inventé les règles ? La conscience de soi passe pour être la plus grande innovation de la nature mais c’est aussi la plus cruelle.

    Être projeté dans sa vie et la traverser, comme en apesanteur

    Être jeté dans cette arène sans entraînement ni équipement, voir passer le temps et les émotions, voir le monde qui avance entre les mains des autres et se sentir dépossédé de son expérience, tenter malgré tout de laisser sa marque ou de créer quelque chose de remarquable… ou abandonner.

    Ils sont nombreux les naufragés résignés.

    Malgré tout je m’accroche. Je tiens bon, comme Ulysse avant qu’il ne s’échoue sur l’île de Nausicaa.

    Redémarrer. Recommencer à zéro. C’est tentant.

    Il paraît que la vie n’est pas une question d’avoir les bonnes cartes en main mais de jouer la meilleure partie possible avec celles qui nous sont données. Mais selon quels critères ? Où est caché le livret de règles ?

    Je me demande s’il ne me manque pas une pièce, s’il n’y a pas quelque chose d’irrémédiablement défaillant en moi, en tout cas pour ce monde.

    Et puis je me souviens de cette phrase d’Alice: « Mais alors si la vie n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ? »  et je me dis que non, il ne me manque rien et que dans ces moments-là, c’est juste le vertige d’avoir la possibilité de choisir mes règles qui me prend à la gorge. Parce que cette conscience aiguë de l’arbitraire de la vie c’est aussi la conscience de son incroyable plasticité.

    Inventer ses règles

    Inventer ses règles c’est n’attendre de personne la permission d’être soi, n’attendre de personne la définition de soi. C’est s’affranchir des structures imposées par les accidents de la naissance et de la culture et se poser la question de ce que l’on veut puis, ayant élucidé celle-ci, se demander: quelles structures dois-je créer dans ma vie pour obtenir ce résultat ?

    Changer de croyances, changer l’organisation de l’espace, de la matière, de son temps. Prévoir un emploi du temps qui colle avec ses objectifs, se déshabituer pour faire davantage de place à de nouveaux rituels, plus adaptés à ce que l’on souhaite devenir.

    Et devenir quoi au juste ? Ce que l’on décide.

    Si la vie est un grand terrain de jeu, une grande expérience destinée à nous faire progresser et avancer dans l’existence, alors nous devons en profiter pour l’explorer aussi loin que possible.

    « Aussi loin que possible » ne signifie pas de croire que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, et surtout pas que l’on ne sera bien qu’une fois que l’on sera arrivé (où ça d’ailleurs ?), ni de se demander sans cesse comment ce serait, autrement.

    Aussi loin que possible c’est se mettre en expansion, s’ouvrir à la vulnérabilité. Cesser de chercher le sens des choses c’est accepter qu’il n’y ait rien à trouver à part soi. Et qu’y a-t-il une fois qu’on en est là ?

    S’écouter, comprendre ses besoins, les exprimer. Cesser de chercher hors de soi ce qui ne peut venir que de l’intérieur, du courage d’être seul et de celui d’aller vers l’autre. Rencontrer l’altérité et s’ouvrir à elle.

    « Je crois que j’ai trouvé ma place: ni envahissant ni négligent », je dis à Marie et Sofia. « J’ai aussi compris que pour être à cette juste place, il me suffisait de demander à l’Autre ce qu’il voulait ».

    Avant je cherchais à deviner. Comme s’il y avait de la faiblesse dans le fait de poser des questions, dans le fait de s’intéresser avec générosité et curiosité: « tu veux quoi ? » ; « Quelle place tu veux que je prenne ? »

    Quand tu me racontes tes doutes, je me demande si je dois intervenir alors je te le dis: « je ne sais pas si je dois te donner un conseil ou juste t’écouter et acquiescer ». Tu me réponds: « Je crois que j’avais juste besoin de m’épancher, de partager ce que j’avais sur le coeur ».

    Je souris.

    Se pourrait-il que le sens de la vie soit aussi simple: s’autoriser à être soi et encourager l’Autre à faire de même ?

    Finalement, ce n’est pas le bouton reset que je cherche, c’est d’arrêter de m’acharner frénétiquement sur toutes les touches de la télécommande et de me contenter d’appuyer sur « Play ».

     

  • Être perfectible

    Être perfectible

    Au cours d’une intéressante discussion avec mon père est arrivée cette question de la légitimité de l’artiste. Quand je lui ai dit que je continuais à beaucoup lire et apprendre sur l’écriture, il a dit: « mais alors c’est que tu n’es pas bon ». Choc paradigmatique.

    « Reconnaître que je suis perfectible ne veut pas dire que je ne suis pas bon », lui ai-je dit.

    Depuis un an, je travaille à un livre dont le titre de travail est Humain en construction, et qui postule que tant que nous vivons nous sommes en train d’apprendre. Apprendre à communiquer, à aimer, à pratiquer nos métiers… Mon postulat c’est que cesser d’apprendre, c’est cesser de vivre.

    Le simple fait de pouvoir toujours apprendre n’empêche pas qu’en cours de route, par accident ou insistance, l’on se découvre quelques domaines d’expertise. Après tout, à force de répéter les mêmes gestes, certains automatismes apparaissent.

    Je réalise, en ayant des conversations sur l’art et sur la démarche créative, qu’il y a un bon paquet de paradigmes à partir desquels je n’opère plus. Je ne divise plus l’art en bon/mauvais. Il y a des oeuvres qui me touchent et des oeuvres qui ne me touchent pas. Vouloir qu’existe un canon esthétique à partir duquel évaluer la qualité des oeuvres (ou des gens) m’apparaît comme le vestige d’un idéal dans lequel le monde et l’expérience humaine peuvent être enfermés dans des cadres simplistes (masculin/féminin, enfant/adulte, ami/ennemi, bien/mal, beau/laid…).

    Ce serait pratique s’il suffisait de passer les choses, les gens, les événements, sous cette lentille magique. On pourrait alors les ranger dans l’une ou l’autre des deux piles au lieu de travailler à accueillir leur complexité, leur unicité, et de fournir les efforts pour s’adapter à chaque individu, chaque situation singulière, chaque oeuvre avec sa définition propre.

    Que pouvez-vous améliorer, même d'un simple pourcent ?
    Vivre, n’est-ce pas apprendre sans cesse ?

    « Créer est inutile si l’oeuvre ne rencontre pas le succès »

    Le succès est ici défini comme la reconnaissance par la masse ou par l’un des intermédiaires autoproclamés qui séparent artistes et public (éditeurs, producteurs, etc.)

    Mon seul critère pour savoir si ce que je fais est utile c’est de savoir si je touche quelqu’un. Si un de mes livres peut changer la vie d’une personne, j’ai eu raison de lui consacrer du temps et d’affronter ma résistance et mon critique interne pour qu’il existe. S’il touche mille, dix mille, cent mille personnes, c’est un simple effet collatéral de ma décision.

    Avec Renard nous discutons de ces artistes qui se sentent écrasés par la célébrité et préfèrent quitter la lumière des projecteurs pour préserver leur authenticité. « Il faut avoir un certain niveau pour que cette démarche soit vraiment impressionnante », précise-t-elle. Je crois que ça vaut le coup de se battre pour être authentique (donc vulnérable ? est-ce dissociable ?) et que la notoriété n’est qu’un accident que l’on décide de suivre ou non.

    A chacun son itinéraire, à chacun son rythme

    Un des autres paradigmes dont je me débarrasse de plus en plus c’est cette idée qu’il puisse être trop tard, que des opportunités puissent être manquées. Chaque pas est un choix déterminé par les besoins de la psyché à un moment précis. Peut-être qu’avant de pouvoir devenir romancier, photographe, comédien, il faut, comme Steven Pressfield ou Georges R.R. Martin, ou Ogilvy, en passer par une ou plusieurs décennies à faire d’autres choses.

    Il se construit, dans ces autres expériences, une force de caractère, une sensibilité, une écoute de soi et du monde, qui nourrissent le projet initial et qui alimentent le désir d’en découdre avec ses résistances internes.

    Le chant de vos sirènes

    Quelles sont les sirènes qui bercent les premières années de votre vie ? L’argent, le confort, la sécurité matérielle, l’autonomie émotionnelle, la liberté, … sont autant de mirages, des écrans de fumée dressés entre vous et votre ambition profonde, des distractions dont le seul but est de vous tester.

    Aucune de ces sirènes ne correspond à une réalité. Il n’y a là que constructions mentales, qu’abstractions intellectuelles. Il suffit de se souvenir que la vie est changement, que rien n’est jamais assuré et que votre prochaine épreuve vous attend au coin de la rue.

    Alors pourquoi attendre ? Il y a des raisons par poignées: l’éducation, les paradigmes culturels, le système qui est fait pour décourager les vocations singulières depuis les plus petites classes à l’école (qui a été inventée pour créer des ouvriers dociles), les doutes propres à l’existence elle-même, et plus encore.

    L’itinéraire qui est le vôtre vous est nécessaire

    Les chemins de traverse, les pas en arrière, les opportunités que vous n’avez pas choisies, vos hésitations, sont là pour révéler ces raisons, dévoiler leur caractère factice et les dissiper.

    Le piège se referme quand vous utilisez la longueur du chemin lui-même pour attiser le feu de vos doutes: « J’ai raté tellement de chances de réaliser ma vocation, c’est bien le signe que je n’y arriverai jamais ».

    C’est là que la plupart des gens arrêtent. Parce qu’ils décident qu’ils ont raté « leur » chance. Comme s’il n’y en avait qu’une.

    Mais il y a autant de chances que vous choisissez de vous en donner. En amour, en art, en affaires, en matière de finances, dans le choix de votre profession, autant de chances que vous décidez d’en créer. Ce n’est pas tant que « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir » que tant que vous êtes vivant, l’énergie créative vibre en vous pour que vous l’utilisiez.

    Vous n’avez jamais trébuché lorsque vous appreniez à marcher

    Je n’ai jamais compris cette histoire de première impression. Mon expérience à moi c’est que la première impression n’est presque jamais la meilleure et rarement celle qui compte vraiment. La mémoire est une bestiole amusante, elle réécrit les expériences comme ça l’arrange. Persévérez, réussissez, et personne ne se souviendra de vos premiers pas trébuchants.

    Tenez un journal. Pour avoir des traces de vos états et de vos idées et de ce que vous ressentez. Vous en aurez besoin dans le futur, quand vous voudrez vous souvenir du chemin, comme Conan, vous pourrez dire:

    « Quand j’ai renversé la vieille dynastie […] tout était simple, bien que sur le coup cela m’ait paru terriblement difficile. Quand je songe aujourd’hui au parcours sauvage qui a été le mien, toutes ces épreuves, ces intrigues, tous ces massacres et toutes ces aventures me paraissent n’avoir été qu’un rêve. »

    Commencez, allez au bout, un projet à la fois, un pas à la fois, et souvenez-vous que tant que vous avez du souffle, le combat continue, la résistance voudra vous couper les jambes et vous lui rirez à la face, parce que ce qui compte c’est votre oeuvre. Et au bout du compte, cette discipline qui vous semble si dure aujourd’hui, cette route qui vous paraît si incertaine, tout cela vous paraîtra simple une fois de l’autre côté du rideau de fumée.

    L’alternative ? A trop croire au chant des sirènes, vous risquez de vous lamenter un jour comme le Cimmérien:

    « Je n’ai pas rêvé assez loin, Prospero. Lorsque j’ai vu le roi Numedides mort à mes pieds et que j’ai arraché la couronne de sa tête ensanglantée pour la poser sur la mienne, j’ai atteint la limite ultime de mes rêves. Je m’étais préparé à prendre la couronne, pas à la conserver. Au bon vieux temps de ma liberté, tout ce que je voulais c’était une épée acérée et la voie libre pour aller frapper mes ennemis. Aujourd’hui, toutes les voies sont détournées et mon épée ne fait que rouiller. »

    (source: Conan le Cimmérien, par Robert E. Howard, trad. Patrice Louinet)

  • Respirer, marcher

    Respirer, marcher

    Dernièrement, j’ai retrouvé mon rythme. Couché à quatre heures du mat, debout à dix. Je me reconnais davantage dans ces horaires, dans ces humeurs, dans ce que je produis dans ces temps-là.

    En temps normal j’évite de me permettre ces horaires. L’école de mon fils apprécie moyennement mon air hébété quand je sonne une heure après le début de la classe, en grommelant une excuse bidon.

    Ma vie professionnelle idéale commence à dix-sept heures. Avant ça, je respire, je marche, je lis, je gribouille. Je vis et je remplis mon imaginaire de nouvelles idées.

    Ma réalité est différente mais c’est une autre histoire.

    Rêves

    Respirer, marcher, m’assoir à une terrasse pour regarder les gens passer et m’imprégner de l’atmosphère du monde. Ecrire un peu. Coacher un peu.

    J’ai tendance à prendre les rêves des autres pour mes rêves à moi et ça me donne la migraine de la précipitation. Pendant plusieurs années, ça me filait même des migraines à aura avec toute une brassée de symptômes dont je me serais passé, comme d’oublier les noms et l’amour que j’avais pour mes amis.

    C’est une torture étrange, d’être allongé là, le corps à moitié engourdi, à regarder l’image d’un visage à l’intérieur de son crâne, à savoir que l’on connaît cette personne, à savoir que c’est un ami mais à ne rien ressentir, comme si cette amitié, comme si cette affection n’avaient jamais existé. Et d’être de toute façon incapable de mettre un nom sur le visage. Et d’être de toute façon incapable de parler parce que les mots qui sortent de votre bouche sont des syllabes incohérentes.

    Les examens cliniques n’ont montré aucun problème neurologique. Pas la moindre faille dans la mécanique. « Bug temporaire », ça aurait pu être le diagnostic. Moi j’ai compris que c’était la manière qu’avait mon inconscient de me dire: « il est temps que tu changes de vie ». C’est ce que j’ai fait. Et les migraines ont disparu.

    Quelques années plus tard, ce sont les crises d’angoisse qui les ont remplacées. Avec des douleurs à la poitrine à me demander si mon coeur s’était arrêté ou s’il allait exploser. Et les vertiges à me mettre au sol. Et Coralie qui disait: « t’en fais trop ». Et le vide dans mon corps et dans ma tête, le vide comme si l’existence toute entière était devenue un trou noir. Ça allait au-delà du sentiment d’absurdité ou de la peur de la mort, c’était la réalité vécue du vide.

    Là encore. Changé de vie. Crises d’angoisse disparues.

    Et là je sais qu’il faut que je franchisse un cap. Greg me dit: « le prochain pallier, tu y es déjà » et je sens qu’il faut que quelque cède dans ma tête, qu’une vieille connexion synaptique désuète craque pour que les nouvelles connexions prennent le relais. Mais ça ne craque pas.

    Alors je marche, je respire. Six secondes in, six secondes out. J’ai l’impression d’être de retour au dojo où je pratiquais le zazen pendant une heure tous les matins, il y a dix ans.

    Je marche et je laisse couler mes pensées dans mon sillage comme une brume usagée. Et on me dit: « comment fais-tu pour faire autant de choses ? » et je réponds: « quelles choses ? » parce que, sincèrement, je ne vois pas.

    Prendre le temps d’être, tout simplement. De m’installer au soleil et de sourire au monde, et à moi.

    Au fond, tout va bien. Guillaume pense que je suis torturé. Je me demande comment font les gens pour ne pas l’être. J’ai toujours pensé qu’ils faisaient semblant, parce que franchement, comment peut-on ne pas se poser vingt-mille questions existentielles face à cette expérience de dingue qu’est la vie ?

    Lucile, la chamane, m’a dit: « tu es là pour expérimenter, expérimente ». Si la vie est un grand terrain de jeu, je veux jouer ma partie du mieux que je peux et pour faire ça je suis content de pouvoir compter sur mon corps, parce qu’il sait, comme aime à me le rappeler Renard, et il le dit.

    Accepter de prendre le temps

    Tout est dans l’ordre des choses. Ce qui doit arriver arrive et l’esprit a sa temporalité à lui. Je relis Pressfield pour me le rappeler: chaque détour est une pièce du grand puzzle dans le cosmos de notre existence.

    Faire confiance au temps, agir, écouter les murmures subtils de l’inconscient et les messages moins subtils que le corps sait générer quand notre attention n’est pas bien affûtée.

    Marcher et respirer.

    A l’impatience des autres je réponds par un sourire. Il faut laisser le temps au système nerveux de s’ajuster, les révolutions paradigmatiques se font à l’échelle des générations, pas à celle des individus.

    A mon impatience je réponds par de l’agitation. Alors Sarah (c’est ma coach) sourit et me rappelle qu’il n’y a ni pause ni précipitation dans la nature, seulement la calme répétition des cycles saisonniers et que les choses changeront vraiment quand j’arrêterai de définir mes désirs à partir de moteurs superficiels et que je me reconnecterai à mon essence profonde.

     

    Et c’est simple en fait.

    La liste des peurs

    L’autre jour j’ai lu cette idée: établir une liste de vingt peurs et les affronter. J’ai commencé à mettre des trucs, pour voir, et puis rapidement, j’ai réalisé que certains des points de cette liste me laissaient indifférent en fait. Et ça m’a fait comme avec le culte de l’inconfort, l’effet d’un nuage de fumée.

    Avoir peur et être inconfortable ça n’a rien à voir avec l’intérêt. On dit: « sort de ta zone de confort », « affronte tes peurs », mais quand je regarde cette liste, il n’y a que cinq choses qui sont vraiment importantes et pour lesquelles j’ai vraiment envie d’investir du temps et de l’énergie.

    Le reste, ce serait du mouvement pour le mouvement, de l’agitation, de la frénésie. Ce serait me faire croire que je grandis alors que ce serait une nouvelle forme de fuite.

    « J’utilise la peur comme moteur: j’ai peur que si je n’ai plus peur, je ne sois plus motivé pour agir, » j’ai dit à Sarah en riant parce que je réalisais l’absurdité de cette phrase.

    « Qu’est-ce qu’il se passe si la peur disparaît ? » m’a-t-elle demandé.

    Et là, en écoutant mon corps, j’ai eu la surprise de me rendre compte qu’il y avait moi, l’essence de mon individualité, et qu’elle avait quelque chose à dire et à partager avec le monde. J’apprends à l’écouter et pour l’instant, ce qu’elle veut, c’est marcher et respirer.

  • Le choix de la petite porte

    Le choix de la petite porte

    « Choisis une niche et deviens super populaire auprès d’un petit segment de la population qui se reconnaîtra en toi, dans tes valeurs, tes goûts, ta personnalité ». C’est, grosso modo, le message que je retiens des livres que je lis sur le succès et de mon expérience personnelle.

    Dès que j’ai commencé, j’ai senti l’importance de l’hyper spécialisation, d’entrer par les petites portes auxquelles personne ne fait attention plutôt que de faire la queue avec les autres devant la porte gigantesque du manoir, celle avec les videurs et la corde rouge et le dress code et tout un tas de compromis que je ne serai jamais prêt à faire.

    Mon premier contrat d’édition était pour un roman de SF qui servait de background à un jeu de rôle. J’avais même créé un système de jeu à partir de cartes à jouer et, bref, je me disperse. Quand j’ai voulu faire du journalisme, j’ai signé avec des magazines spécialisés dans le jeu de société. Quand j’ai fait du scénario, c’était pour des dessins animés.

    Toujours par la petite porte.

    Le choix de la petite porte

    Ce choix de la petite porte m’a permis de vivre la vie que je voulais. Je n’ai pas eu la richesse et la gloire mais j’ai pu vivre (parfois survivre) de mes envies plutôt que de sacrifier mes désirs et mes aspirations pour un peu de stabilité ou de confort. J’ai la chance d’avoir une grande capacité à tolérer l’inconfort et la volatilité. « Tout ce que nous sommes est changeant » dit la PNL, et j’ai intégré cette réalité de (très) longue date, sans doute en partie parce que mes parents ont toujours eu la bougeotte et que je ne suis jamais resté plus de cinq ans au même endroit de toute ma vie, jamais plus de deux ans dans la même école de toute ma scolarité.

    En quelque sorte, j’ai appris à jeûner, comme dans cet extrait de Siddhartha cité par Tim Ferris dans Tools of Titans.

    C’est ce qui m’a permis de toujours préférer mon authenticité à une stabilité de surface, de privilégier la solidité de mes fondations au vernis du confort.

    Je cherche quelle niche est la mienne aujourd’hui, quelle petite porte je vais ouvrir maintenant que je reviens à l’écriture littéraire et que je veux en faire mon activité principale. Je cherche qui je suis devenu.

    Il y a treize ans, c’était simple. Je lisais de la SF, je jouais aux jeux de rôle et aux jeux de plateau. Je me reconnaissais dans ces communautés. Les opportunités étaient évidentes.

    Le dessin animé s’est un peu imposé à moi, parce que j’avais cet univers imaginaire un peu décalé et que la fiction live n’offre pas d’espace pour ces univers en France. La seule porte par laquelle je pouvais passer, c’était le D.A.

    L’état de mon identité

    J’ai parcouru un sacré bout de chemin depuis et quand je regarde l’état de mon identité, je me dis que c’est un joli bordel. Ma curiosité m’a amené sur des chemins dont je n’imaginais pas l’existence. Je réalise que ce n’est pas pour rien que j’aime autant Alice, que je trouve ses errances une certaine familiarité et sans doute que cela me rassure et me réconforte.

    Je suis devenu tellement de choses différentes. J’ai toujours un certain goût pour la SF, mais une SF qui se confond avec le présent. J’ai un penchant certain pour le développement personnel, pour la question de la réussite. Je cherche la définition de l’artiste et de l’auteur et je trouve « quelqu’un qui a des choses à dire et qui travaille sur la forme pour les exprimer de la façon la plus élégante et esthétique possible ». Je regarde du côté de la spiritualité ce qu’il y a à trouver, je me passionne pour la relation amoureuse et la sexualité, je reviens à la BD, je m’intéresse à la vente, à la motivation, au leadership, je me spécialise dans la créativité et le coaching d’artistes…

    Les piles de livres et de documents s’entassent autour de moi, par thème: ici la PNL, là l’art, de l’autre côté de la pièce l’érotisme, dans la chambre la spiritualité. Tous ces thèmes se mélangent, se répondent. Je passe d’une pile à l’autre à différents moments de la journée. Je crée des ponts entre mes champs d’étude.

    Rien de très nouveau dans le fond si je regarde mes centres d’intérêt de 2004 mais comme j’ai approfondi, les arborescences se sont multipliées. La finesse des détails est telle que je perds la vision d’ensemble, que j’oublie l’entité qui unifie le tout: moi.

    C’est dans cet oubli que surgit la question de quelle identité garder et de comment écrire à partir de cette identité.

    Comment puis-je choisir sans exclure, être dans mon écriture tout ce que je suis dans ma vie ?

    Comment communiquer authentiquement avec mes hauts et mes bas, ma passion de vivre intense et ma peur de foirer ma vie tout aussi intense, tous les champs de curiosité, d’étude et d’enthousiasme qui me définissent ? Comment unifier l’ensemble ?

    En me souvenant que c’est justement là qu’est mon identité : dans ce regard qui voit des liens entre des piles disparates, dans ce regard qui perçoit l’unité de cette diversité.

    Il n’y a pas de fil conducteur à trouver.

    Je suis le fil conducteur.

    Évidentes contradictions

    Un ami m’a dit un jour: « Tu es un grand artiste de la contradiction ». Un maître du paradoxe.

    • Je t’aime et je veux passer du temps sans te voir. Un an ou deux.
    • Je bannis les cadres normatifs de ma vie et je vis selon une routine bien huilée.
    • Je plonge dans chaque petit moment du quotidien et j’angoisse pour l’avenir.
    • Je grandis quand je suis vulnérable et je calcule chacun de mes gestes.

    Mais il n’y a pas de contradiction pour moi. Au contraire, la coexistence de ces affirmations est pour moi une évidence.

    • Comment pourrais-je t’aimer sans te quitter pour nous réinventer ?
    • Comment pourrais-je échapper aux cadres sans une discipline stricte pour m’en extraire ?
    • Comment pourrais-je apprécier le quotidien sans une conscience aiguë de sa fragilité ?
    • Comment pourrais-je être vulnérable sans faire la chasse systématique à mes résistances ?

    Comment ces affirmations pourraient-elles ne pas coexister ? Elles sont le reflet de mon identité.

    Maître du paradoxe

    Christian Biegalski m’a appris que le paradoxe était le noyau de la dramaturgie, son rouage central.

    Peut-être est-ce là mon identité.

    Peut-être est-ce cette petite porte que je dois franchir aujourd’hui, celle de l’éclectisme assumé, de la contradiction permanente.

    J’ai eu cette idée absurde hier, pour une oeuvre de vie (ce genre d’oeuvre qui est un procédé, pas un objet), puisque je lutte contre l’obsession de notre culture pour la perfection, de volontairement ajouter des fuates d’orthographe à mes livres, pour être l’incarnation de l’imperfection. Pour, à force de montrer que ce n’est pas grave d’écorcher un mot, de passer juste à côté d’une idée, de ne pas finir un livre qui nous a parlé pour son concept plus que pour son exécution, que nos conversations peuvent ne pas être impeccables à chaque fois, habituer mes lecteurs à leur propre imperfection, les rendre plus souples vis-à-vis d’eux-mêmes.

    Quand on abandonne cette idée d’avoir raison, d’être dans le vrai, d’avoir juste, d’être parfait, de donner une image de soi toute lisse, il se passe des choses formidables: des rencontres magiques peuvent se produire, des oeuvres peuvent exister.

    Je peux commencer en lâchant prise sur cette idée de trouver la niche qui me conviendra parfaitement et en me laissant exister, en tant qu’homme et en tant qu’auteur, au fil du courant et au fil des messages que m’envoie mon inconscient.

    Au rythme qui est le mien

    « La psyché est formidable, me rappelle Marie, elle fait en sorte que chacune des choses que vous faites soit exactement celle dont vous avez besoin au moment où vous la faites. La temporalité de la psyché ne doit pas être négligée, laissez-vous le temps ».

    J’ai envie de lui demander quel est le but, et je me retiens en repensant à Lawrence et à sa question: « Quel est le sens d’une fleur ? »

    Les sophistes disaient, « Rien n’existe. Même si quelque chose existe, on ne peut le connaître. Même si l’on peut le connaître, on ne peut l’exprimer ».

    Alors je me contente de faire mon travail, au mieux, et de communiquer sur mon travail, au mieux. De temps en temps je reçois le message d’un lecteur qui me dit: « Ce que vous faites est important » ou « En lisant ton article, j’ai compris quelque chose sur ma vie ».

    Alors je me dis qu’il y a du bon dans ce que je choisis d’être puisque cela permet à quelqu’un, quelque part, de trouver un peu de lumière dans sa pénombre personnelle.

    Alors je continue, confus, paradoxal et imparfait, à explorer les chemins de ma curiosité, de mon enthousiasme et de mes peurs.

    Au final, cette petite porte est peut-être bien la plus précieuse qui soit. C’est ma porte, celle dont je suis le seul à avoir la clef.

  • Welcome Home

    Welcome Home

    Rentrer chez soi. Rentrer à la maison, celle de pierre et celle de coeur. Avoir eu 35 ans en Janvier.

    Ouvrir la porte de mon appartement, retrouver mes livres, mes meubles, mon décor.

    Ouvrir la porte de mes amitiés et de mes amours: « Raconte-moi. Comment as-tu vécu en mon absence ? Quelles aventures ont coloré ta vie ? »
    Et raconter mes propres aventures. Dans le silence. À mes pages vierges.

    Retrouver mes repères et voir, grâce à cette distance que l’absence permet, ce que j’ai besoin de changer pour être encore mieux respectueux de moi-même et de mes besoins.
    Ce désordre, je n’en ai pas besoin. Cette violence, je peux m’en passer.

    Changer tout

    Je n’ai pas peur de changer. Pas peur des conversations difficiles où je dis: « je ne suis pas bien, je veux autre chose ». C’est comme ça que l’on avance, ensemble ou en solitaire, chacun sur son chemin et côte à côte.

    J’entre dans de nouveaux paradigmes de vie. J’y suis bien. Parce qu’ils me correspondent.

    Paradoxalement, depuis que j’ai décidé de m’affranchir des cadres normatifs qui encombrent les relations, j’ai les relations les plus saines de ma vie. Les frontières ont sauté, ni on, ni off, mouvantes, organiques.

    Je suis profondément bien. En phase. Aligné. Centré. Parce que je me respecte, je respecte mes besoins en les reconnaissant et en les exprimant. Je peux alors aimer sans condition (je n’attends pas de l’autre qu’il prenne soin de mes besoins pour moi), sans exigence ni attente.

    Ma vie est plus riche grâce à l’attention mutuelle que nous nous portons, affranchie de la peur de la perte.

    « Ce n’est pas si paradoxal que ça », me dit Renard, « c’est juste qu’on est tellement imbibé culturellement. Mais une fois qu’on a entamé la déconstruction, on découvre à quel point l’amour est sans cadre et sans limites, et peut être en croissance perpétuelle si on le laisse vivre naturellement ».

    Dépoussiérer mes ambitions

    Libéré du poids des attentes de l’autre (comment le laisser exiger ce que je n’exige pas pour moi-même ?) je peux lever le voile sur les trésors oubliés de l’intérieur de ma psyché, mes rêves poussiéreux. Et décider qu’il est temps de les ranimer.

    Même si je trébuche parfois et que mes démons réussissent encore par moments à me rattraper, j’ai à coeur d’avoir des conversations propres, saines, constructives avec mes ambitions. Plutôt que de m’accabler, je m’encourage. Plutôt que de me condamner, j’apprends à me comprendre et m’écouter.

    Sans attente de l’autre, il n’y a que de l’accueil bienveillant. C’est la fin de la lutte de pouvoir dans la relation. C’est la recherche de l’équilibre individuel de chacun pour assurer l’équilibre mutuel. « Réalise tes rêves » devient le postulat qui précède tout le reste.

    J’oublie souvent que le reste du monde ne vit pas selon les mêmes paradigmes. Quand j’ai des conversations avec des gens qui vivent de l’autre côté de mon miroir je me souviens de mesurer mes propos, je retiens ma flamme alors que je devrais sans doute la laisser briller et tant pis si certains s’y brûlent et m’en veulent.

    Je ne suis pas intéressé par le débat mais plutôt par l’expansion de mon bonheur et de celui des personnes qui m’entourent, quelque forme que prenne ce bonheur.

    Aucun compromis

    Je ne tolère pas que l’on me fasse souffrir parce que c’est me trahir que d’accepter cela. Et cela commence par moi-même. Si j’ai des habitudes néfastes, autodestructrices, ou simplement des freins à mon propre développement, je me fais un devoir de les transformer.

    Pour cela je dois comprendre l’utilité de ces habitudes et de ces comportements. A quoi me servent-ils ?

    Toute action vise une récompense, un résultat positif. Parfois c’est une satisfaction à court-terme qui se met en-travers d’un épanouissement à long-terme. D’autres fois, c’est la recherche du confort qui m’empêche de repousser mes limites pour aller à la rencontre de mon véritable potentiel.

    Si j’arrive à remplacer ces habitudes par d’autres, ces automatismes par une discipline propre à me faire réaliser mes objectifs et mes rêves, alors ma vie ne pourra qu’aller en s’amplifiant.

    Rien ne sert d’attendre, rien ne sert de se presser

    Je n’ai pas peur d’échouer, parce que l’échec n’est qu’une projection de l’esprit, une abstraction sans réalité tangible. J’ai peur de réussir parce que j’ai trouvé un équilibre fragile qui m’offre autant de temps libre que j’en désire et que j’ai peur de devoir le sacrifier.

    Mais je suis prêt maintenant, c’est ce que dit mon retour. Je suis prêt à la discipline et aux nuits blanches et à la détermination qui ne lâche rien.

    Trois mille mots par jour, blog exclu. Trois mille mots pour avancer sur les nouvelles, les romans, les projets de scénar, les manuels, les guides, tous les livres qui bouillonnent en moi et qui exigent de sortir.

    Le long chemin solitaire qui mène à soi

    Si je ne le fais pas aujourd’hui je le ferai demain alors pourquoi attendre encore ?

    J’ai fini de me leurrer avec cette version de l’histoire qui dit qu’un jour il est trop tard. Aujourd’hui, demain et jusqu’à ma mort il sera encore temps de me lancer.

    Attendre, repousser, c’est me priver des opportunités d’expansion que le succès (1er succès: garder le cap de la discipline) m’offrira alors j’ai décidé de ne plus attendre.

    Si j’exclus le blog de mon objectif quotidien, pourquoi le continuer ?

    Ce blog est un espace de construction de la pensée autant qu’un espace de distraction. 52 billets par an, c’est l’équivalent d’un petit roman. Si je me débrouille pas trop mal, je pourrai en tirer assez de matière pour un livre.

    Fuir la fiction – parce que la fiction est parfois difficile à écrire – ce n’est pas le but. J’espère ici réussir à témoigner de l’évolution de mes paradigmes. En mettant mes tripes à nu, j’espère donner à voir le chemin tortueux qui mène au sommet d’une vie.

    Le chant des Muses

    Quand je pousse la porte de mon appartement après cette absence de deux semaines, c’est la muse de mon écriture qui entonne ce chant d’accueil :

    « Hello, I’ve been waiting for you
    I didn’t know if you’d recognize my voice
    Cause I’ve been whispering your name again and again
    I’ve been imagining this day and I’ll never be the same

    We dance and sometimes only fall
    We sing even when there are no words
    And I hope love lifts you up again and again
    And if you ever lose your way, let me be the first to say

    Welcome home
    Welcome home
    It’s so good to see your face
    Welcome home

    Come inside from the cold and rest your weary soul
    You belong, you are loved, you are wanted
    You’re not alone
    I’ve missed you so
    […] Without you it’s not the same
    And I’ve been waiting here
    Welcome home »