Souvent tiraillé entre l’idée d’une voix immanente, une sorte de pensée personnelle et intime qui suffirait à alimenter mon discours — quand j’écris de la fiction, c’est plutôt cette voix-là qui conduit l’embarcation — et le constat du dialogue qui naît quand je lis et que je discute. Ma psy m’a dit d’arrêter de m’appuyer autant sur la pensée des autres, mais je ne pense pas qu’elle voulait dire que je devais m’en couper complètement ; je pense qu’elle voulait dire que je n’avais pas besoin de penser à travers les autres. Quand je perds confiance en moi, que mon estime de moi est basse, quand le doute prend le dessus, que le vertige me fait trébucher à l’intérieur de mon existence, je tends les bras pour me raccrocher aux branches de pensées mieux structurées, d’idées qui me paraissent solides.
Je vois souvent ma psy dans mes moments de doutes, ceci explique peut-être cela.
Je reviens à la lecture de non-fiction, moins pour son côté fonctionnel (guides, manuels) que pour sa manière de me renvoyer le reflet de ma propre réflexion (billets d’opinion, essais). La semaine dernière, je lisais un article de Derek Sivers sur son mode de vie et j’ai été frappé par la réaction complexe qui m’a traversé : à la fois exalté (« c’est possible de vivre comme ça* ») et rebuté (« ce n’est pas une manière complète de vivre »). J’ai mis du temps à démêler ce qui, d’un côté m’attire et ce qui, de l’autre, me manque.
* « comme ça », c’est en (presque) total ermitage, immergé dans le « travail« , en autosuffisance. J’entends le besoin de solitude et la capacité sociale limitée, mais la mienne est plus grande, peut-être, que la sienne, et mon besoin des autres, de la scène, des cafés en terrasse, des flâneries, est important. Je ne supporte pas le téléphone, qui me demande un effort d’attention plus important que le fait d’être avec les personnes. Je m’appuie beaucoup sur le non verbal dans ma communication et me l’enlever, c’est me priver d’un important canal de compréhension.
Alors je reprends une pratique de lecture plus active ; pas uniquement des articles, mais des livres qui développent des pensées complexes (pas toujours évident, puisque la mode dans beaucoup d’essais semble être à l’accumulation d’articles courts plutôt qu’au développement d’un fil de pensée complexe).
Je lis sur mes pratiques (le butô, la scène, le clown, le dessin et la composition visuelle), je vais me remettre à lire sur l’entrepreneuriat, sur la PNL, l’hypnose, le marketing, sur les pratiques qui m’ont accompagné au cours de ma dernière décennie.
Je garde un regard critique sur tout le courant stoïque qui semble sous-tendre une bonne partie de l’idéologie du développement personnel et professionnel. Je me demande à quoi ressemblerait une idéologie basée qui ne fuirait pas l’émotionnel. Je range ça dans un coin pour un possible futur projet d’écriture.
Pour l’instant, j’ai besoin de remplir ma tête d’idées nuancées et longuement développées. Je n’ai pas besoin d’un nouveau mème sur Instagram ou d’un nouvel article synthétisé par l’IA, d’un flash actu ou d’une réaction épidermique à un événement, mais plutôt de pensées complexes aptes à faire émerger une matière foisonnante et qui réclame un effort cognitif de ma part.