Catégorie : fiction courte

  • Randomness #217

    Your failures are so sexy

  • Tempête

    Une tempête se prépare. Tous les marqueurs sont au rouge. Nous alertons la population: laissez tout, quittez vos maisons, réfugiez-vous dans les abris et les caves. Je frappe à la dernière porte de mon secteur. J’escorte une vieille femme jusqu’à son sous-sol. « Avez-vous tout ce qu’il vous faut ? »
    Elle s’installe dans un fauteuil en souriant.
    – Oh, ne vous en faites pas pour moi, c’est ma centième tempête. Je suis rodée.
    L’abri est meublé avec goût. Il est chaleureux, confortable. Des livres occupent les murs, des tapis recouvrent le sol. Il contraste avec l’appartement spartiate.
    – Quand tout peut vous être arraché en une nuit, vous apprenez à vous contenter de peu, m’explique-t-elle.
    – Vous descendez souvent ici ?
    – Seulement en cas d’alerte.
    – L’abri est plus confortable que votre appartement.
    – C’est trop étroit. Vous verrez, je serai la première dehors à la fin de l’alerte. Je danserai dans les flaques et je frissonnerai dans le vent frais avec le sourire. Mais allez vite vous mettre à l’abri vous aussi !

    De retour dans la rue, je m’accoude au toit de ma jeep de fonction. Le vent tiède balaye déjà les rues et emmêle mes cheveux. Le ciel se replie sur lui-même en de gigantesques poings d’un noir profond. En tendant l’oreille, on peut percevoir le grondement de la tempête qui se prépare à dévaster la ville.
    C’est la grande purge de la nature.
    Elle a commencé avant ma naissance. J’ai entendu les histoires du monde d’avant, quand les hommes dominaient le monde. J’ai du mal à croire à ces légendes. Aujourd’hui, nous sommes les jouets de la Nature, de simples pantins qu’elle démembre sur un caprice.
    Nous sommes en guerre et nous sommes les assiégés.
    Tout le monde ne parle que de la destruction et la terreur. Tout le monde vit dans l’effroi mais moi je n’arrive pas à voir autre chose que de la Beauté. Pas dans la mort mais dans les couleurs que prend le ciel, dans la caresse du vent sur ma peau, dans l’effondrement des nuages. Et les parfums. L’humidité, l’ozone, la terre mouillée qui exsude ses arômes les plus secrets.
    Le vent secoue les arbres comme de simples gerbes de blés. Je souris et monte dans la voiture. Les éoliennes embarquées rechargent la batterie à l’infini. Maintenant que tout le monde est à l’abri, je vais avoir besoin de toute l’énergie possible. Pendant que tout le monde attendra, réfugié sous terre, que la nature cesse sa purge, je serai dehors à embrasser les éléments. La tempête que tous redoutent et fuient, je l’attends et cours à sa rencontre.

  • Mes coulisses (3)

    Mes coulisses (3)

    Certains débuts n’appellent pas de suite.

    Caro

    Au bras, elle portait en tatouage un lapin tiré d’Alice au Pays des Merveilles encadré par trois soldats. Pique. Coeur. Trèfle.

    « On pourrait tellement s’entendre. On voit le monde de la même manière. Comment se fait-il que je ne te supporte pas ?

    – Je ne te supporte pas davantage.

    – C’est dommage. Il y a assez de gens avec lesquels je n’ai rien en commun, tu me permets de ne pas me sentir seul avec mes idées dans ma réalité. Mais je ne peux pas être à ton contact. J’ai envie de t’étrangler au bout de cinq minutes.

    – Je sais. Je ressens la même chose.

    – Quel est le sens de tout cela ? Quelle blague perverse est-ce là ?

    – C’est un mauvais agencement, c’est tout. La pièce manquante qui empêche la machine de fonctionner. »

    Je la regardai en pensant avec nostalgie à l’amitié qui aurait pu naître de notre rencontre et qui, à cause de cette couleur absente, n’existerait jamais.

  • Mes coulisses (2)

    Mes coulisses (2)

    Certains débuts ont des airs d’achevé.

    Alice

    Les mains rentrées dans les manches de son pull à capuche, quand je l’ai rencontrée, Alice mordillait le tissu qui enveloppait son poignet droit. Elle graffait les ruelles. J’aidais les grosses fortunes à choisir leurs investissements. Je ne comprenais pas qu’elle s’intéresse autant à son art. Que pouvait-elle en espérer ?

    « Du sens, me répondit-elle.

    – Le sens ne met pas un toit sur ta tête, l’avais-je reprise

    – L’argent ne chasse pas tes monstres, avait-elle rétorquée.

    J’ignorais de quoi elle parlait. Les monstres n’existaient pas.

    – Tu es trop terre à terre. Ta vie est d’une tristesse contagieuse. »

    Elle était partie sur ces mots.

  • Randomness #004

    Randomness #004

    On a retrouvé une vieille carte au trésor au fond d’une épave, protégée de l’eau et du temps par un écrin de verre. La carte est codée mais la chasse est lancée. Quiconque retrouve le trésor peut le garder.

  • Nous avons déclaré la guerre à la Terre

    Nous avons déclaré la guerre à la Terre

    Ces actes de terrorisme visent à réduire nos espoirs. L’ennemi cherche à nous miner de l’intérieur. Il cherche à nous montrer sa toute puissance. A nous faire croire à sa toute puissance en nous attaquant à l’intérieur de nos frontières, en s’en prenant à nos populations innoncentes, à nos civils, à nos enfants. Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous ne laisserons pas ces actes barbares nous atteindre. Nous traquerons sans relâche les coupables. Nous n’aurons pas de repos tant que leurs têtes ne pendront pas aux portes de nos cités!

    Douze mille innocents ont péri aujourd’hui. Des hommes, des femmes, des enfants. Des jeunes et des vieillards. De toutes les classes sociales et de toutes les ethnies. Ceux qui ont fait ça ont agi sans discrimination. Ils nous envoient un message clair: c’est à notre Nation toute entière qu’ils s’en prennent. A l’humanité toute entière!

    Les laisserons-nous agir impunément ?

    Baisserons-nous les bras face à leur lâcheté ?

    Laisserons-nous les barbares nous prendre notre liberté ? Cette liberté pour laquelle nos ancêtres se sont battus si courageusement !

    Non!

    Trop longtemps nous avons vécu dans la peur, dans la souffrance. Je dis stop! Cela a assez duré. L’Empire du Mal ne nous vaincra pas. Nous vaincrons. Nous serons plus forts!

    Nos ennemis avancent à couvert mais nous les affronteront le visage au clair, le regard fier et l’arme au poing. Comme le peuple conquérant que nous sommes.

    Nous battrons le tambour longtemps avant notre arrivée, pour les prévenir de notre détermination. Nous hisserons nos drapeaux au sommet de nos cités pour leur rappeler que nous approchons. Que leurs attaques ne nous intimident pas mais nous renforcent.

    Jamais! Jamais la terreur ne nous empêchera d’agir. Avons-nous peur ? Perdrons-nous certaines batailles ? Sacrifierons-nous nos héros ? C’est inévitable. Mais ce n’est pas le nombre de batailles que nous perdrons qui compte, c’est le nombre de batailles que nous remporterons!

    Je le déclare aujourd’hui: nous entrons en guerre contre la Terre.

    Nous refusons de laisser les éléments nous chasser de nos maisons, nous voler nos enfants et réduire à néant nos efforts de bâtisseurs.

    Nos pères, nos grands-pères ont construit ces villes que la nature réduit aujourd’hui à néant. Il est temps que cela cesse.

    Il est temps d’en finir avec les tsunamis, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre. Nous refusons de laisser les éléments nous dicter leur loi.

    Nous n’aurons de relâche que lorsque nous aurons déraciné chaque arbre, asséché chaque Océan, réduit en poussière chaque montagne.

    Nous n’aurons de repos que lorsque nous aurons abattu chaque cerf, chaque loup, chaque ours.

    Nous ne déclarerons notre victoire que lorsque nous aurons effacé de la surface du globe chaque moustique, chaque guêpe, chaque abeille.

    Trop d’enfants meurent sous leurs attaques.

    Certains nous accuserons d’irréalisme: comment pouvons-nous espérer vaincre la Terre ? Elle est partout ? Elle nous entoure!

    D’autres nous reprocherons de ne pas voir qu’elle nous nourrit, que nous avons besoin d’elle et que nous devons vivre en bonne entente.

    Ce sont eux les utopistes! Les irréalistes! Comment peuvent-ils croire qu’une chose assez insensible pour tuer 200.000 innocents en une seule vague est capable de vivre en bonne entente avec nous ?

    Nous la contraindrons. Elle pliera face à notre loi ou disparaîtra. Nous prenons les armes aujourd’hui et les nations qui ne seront pas avec nous serons contre nous.

    Dieu bénisse l’Amérique et le reste de l’humanité!