Catégorie : fiction courte

  • Randomness #017

    Seul pour Noël, parce qu’il a été très sage, il reçoit la visite de la Mère Noël.

  • Randomness #129

    Where else would you go ? You’d be the same, there.

  • Windy

    “Stop!” gémit Windy à l’attention de son réveil. Explosion sous son crâne. Brûlure dans ses iris. Courbatures partout. Pilule. Ça ira mieux dans vingt minutes. Douche impossible – “Crédit épuisé. Recharger ?”. Substitut de repas. Caféine. Rideaux tirés. Shoot dans un des trucs qui encombrent le sol de la pièce appartement – “Fuck!”. Atropine. Écran. Commandes en attente: 0 – “Fuck!”. Windy déteste chercher du travail.

    Excitants. Narcotiques. Psychédéliques. Nootropes. L’équilibre des états de conscience est un art et Windy une virtuose.

    Rien. Rien. Rien. Windy retourne sa boîte de clefs USB. Où sont ces données ? Un jour, elle a commencé une liste. Où est la liste ? Windy ouvre clef après clef. Les données qu’elles contiennent ne valent rien. Pas tout de suite. Ou alors au prix de trop d’efforts. Celles qu’elle cherche, elle pourrait les vendre dans la journée. Pas cher. Juste assez pour quelques crédits d’eau. Clef métal. Marquée Idoru, inc. C’est là qu’elle les a mises, non ?

    500. Mieux que rien. Mauvaise négociation. Pas d’humeur. Douche maintenant.

    Windy s’emmerde. Allongée sur un muret, elle regarde les nuages dériver derrière la nuée des drones de service qui surplombent la ville. Ça fait longtemps qu’elle n’en a pas piraté un. Aucun intérêt mais ça tromperait l’ennui. Elle peste. Le mur de drogues s’est ébréché et laisse passer son existentialisme. Il est temps de rentrer.

    Windy secoue les flacons qu’elle extraie de la couche de documents, de fringues sales, de boîtes de nourriture à emporter, de CDs, qui recouvrent le sol de sa pièce-appartement. Vide. Vide. Vide. Elle est sûre d’en avoir un qui soit encore au moins au quart plein. Quelque part. Le brouillard posé sur son esprit l’empêche de penser droit.
    Il n’existe pas une infinité de façons d’échapper à l’angoisse existentielle. Le sexe dure trop peu longtemps, le travail fatigue, la drogue est la seule option qui offre un répit durable sans exiger d’effort de volonté. Windy alterne entre les trois solutions. Masturbation, porno, nuits blanches à pianoter sur sa console de piratage, et cachetons. Parfois tout à la fois.

  • Mélanie

    Un jour que Franck gardait la fille de Steve, Yvonne, sa mère, qui voyait leur union d’un mauvais oeil vint lui rendre visite. Mélanie n’avait pas plus de 8 mois. De la musique émanait d’un iPod posé sur le sol. Franck couvait Mélanie du regard et faisait de son mieux pour ne pas entendre les pépiements de sa mère qui examinait le contenu de la bibliothèque et commentait chacun des titres qu’elle croisait. Franck remarqua les étincelles bleutées qui parcouraient le baladeur. Il ne remarqua qu’alors le silence de sa mère. Elle fixait le bébé d’un air grave : “Est-ce que Steve est au courant ?”
    Franck haussa les épaules. Il n’en savait rien. Il n’avait qu’une certitude : si l’enfant était magique, rien de bon ne pouvait en découler.
    Sa mère était sur le pied de guerre. Elle compulsait son carnet d’adresses pour réunir un conseil.
    – Attends avant de t’affoler, peut-être que ça lui passera. Ce ne serait pas la première fois, fit Franck.
    Yvonne l’ignora. Elle pianotait sur le clavier de son portable.
    Deux heures plus tard, le salon était rempli de sorciers et de sorcières. Tous avaient le regard fixé sur Mélanie qui rigolait en jouant avec le chat. Franck servait le thé.

  • Si je meurs cette nuit

    Je laisserai derrière moi des centaines d’histoires inachevées.
    Des histoires d’amour, des histoires d’argent, des préoccupations, une pastèque entamée et un melon.
    Un fils au coeur brisé d’être orphelin, un père jaloux de ne pas être parti en premier.
    Une licorne qui aurait voulu guérir mes blessures.
    Une jolie veuve qui pleurera un deuxième amour parti trop tôt.
    Une sœur en sursis.
    Une carrière en faux départs.

    J’aurai aimé, j’aurai contemplé, j’aurai ressenti, j’aurai craint, j’aurai vécu.
    Assez peu de regrets.
    J’ai écrit plusieurs des livres que je voulais écrire.
    J’ai aidé plusieurs des personnes que je pouvais aider.
    J’ai aimé les femmes que je voulais aimer et quitté celles que je n’aimais plus assez.
    J’ai affirmé mes idées, défendu mes valeurs avec générosité.

    Je n’aurai pas fait assez des choses que je voulais faire.
    Je partirai avec le coeur rempli de regrets.
    Pour la fortune que je n’aurai pas amassée.
    Pour les livres que je n’aurai pas écrits.
    Pour tout ce que je n’aurai pas transmis.
    Pour tout ce que je n’aurai pas changé.
    Pour toutes les guérisons que je n’aurai pas finies.
    Pour toutes les chaînes que je n’aurai pas dénouées.

    Si je meurs cette nuit, ce sera d’avoir vécu sans filet
    Si je meurs cette nuit, ce sera de n’avoir pas économisé
    Pour le trajet de retour, d’avoir brûlé mes navires.

  • La vie sans plan

    Il regarde le calendrier qui a déjà englouti la moitié d’une année, les lettres d’huissiers, les messages en attente de sa banque. Il soupire. A l’intérieur, ça va, il se sent plus aligné que jamais, authentique et heureux. Mais ces poids à ses pieds, en forme de sacs d’or, l’empêchent de s’envoler.
    “C’est donc ça : être fort et tenace, la lutte, tout ce que je trouvais très romantique quand j’étais adolescent, c’est donc la sueur versée, quand tout le monde dort, pour préserver ma liberté.”
    Les chansons parlant de cicatrices, de bataille menée. L’idée de tomber et se relever sept fois devenue réalité maintenant qu’il porte lui aussi les traces du parcours. La vie était cette excursion en montagne hors des sentiers battus, le genre qui offrait son lot de griffures et d’écorchures. Il l’aimait, sa vie, même si c’était combat après combat. “Tu es un survivant” lui avait dit la Chamane sans le connaître. Quelque part un peu maso peut-être, il aimait ça.

    La vie en bricolage. Ni gourou ni patrie. Il se méfiait des leçons toutes faites mais engloutissait les témoignages venus d’un autre temps. Marc Aurèle, Saint Augustin, Kant, Nietzsche, et les autres. La seule chose qu’il avait apprise c’est que toujours l’humanité avait improvisé sa vie. Il ne pensait pas souvent que cela eût été plus simple de suivre l’exemple des autres et de rester sur les rails d’une vie déterminée d’avance par la peur, l’ignorance et la fragilité. Il concevait, quelque part dans son intellect, avec un gros effort d’imagination et de rationalisation, que d’autres avaient non-choisi cette option mais malgré ses efforts cela restait abstrait.
    “Mon temps m’appartient” affirmait-il juste avant de se plaindre qu’il en manquait.

    La vie sans plan. Il s’était rendu ivre de discours motivationnels et productivistes, il avait une vision et un tableau pour la représenter, il avait des objectifs, des systèmes. Il se levait le matin avec des actions claires en têtes. Mais au fond, il n’avait pas de plan. Il découvrait la vie au fur et à mesure, sans trop savoir ce qu’il en faisait. Il ne croyait pas qu’il y ait un sens particulier, on naissait puis on mourait et entre les deux, on faisait des choses, il y avait une citation comme ça. Alors quand il se sentait aligné avec lui-même, même si ce n’était pas un moment d’hyper productivité, il sentait qu’il avait gagné quelque chose et qu’il était sur la bonne voie. Ce n’était pas grand chose, juste l’idée de vivre vraiment. C’était souvent dans des moments sans envergure particulière : en écoutant Fleetwood Mac pendant que la pluie battait dehors, en échangeant des textos avec les femmes qui tournaient autour de sa vie, ses satellites.