Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • Nourrisson

    Ample jupe en patchwork, elle ressemble à Esmeralda avec sa coiffure bouclée, sombre, et ses lèvres épaisses qui t’invitent à les mordre. Son épaule toujours nue, qu’elle ait froid ou chaud, qu’elle porte un pull ou pas. Ses pieds musclés dans leurs sandales, ses longues jambes de danseuse et son maintien altier, son port de tête, fier, sa voix rauque, profonde. Et son regard qui me cherche, me trouve, ne me lâche plus.

    – Je m’appelle Rana.
    Elle me parle de danse, de son corps qui vibre et qui virevolte. Je l’imagine contre moi, luisante de transpiration, de la musique en arrière plan, des bougies qui baignent la pièce d’une lumière douce.
    Sur le balcon qui me semble appartenir à un autre monde, exister dans une autre dimension, j’entends Alain et ses potes rire et parler avec leurs voix graves. Je me dis « revoyons-nous », je lui dis: « c’est cool, ça fait longtemps que tu danses ? »
    Je n’ai pas l’habitude de dire aux filles qu’elles me plaisent. Mon move c’est la main glissée dans le dos à la sortie d’un restau, le baiser volé au milieu d’une rue sombre, comme avec Sophie à la sortie de l’indien. Là il n’y a ni restau ni ruelle. La lumière de la cuisine est plutôt vive et je connais Rana depuis dix minutes à peine. Comment propose-t-on de se revoir à une fille qu’on connaît depuis dix minutes ?
    J’ai vingt-quatre ans, je ne connais rien à la vie. Ma première histoire a duré six ans et m’a laissé de belles cicatrices en forme de points d’interrogation : c’est quoi les relations, c’est quoi les filles, c’est quoi la vie avec une autre à ses côtés ? Ce soir, au milieu de la bande de mon pote homo, je me demande si ce ne serait pas plus facile avec un homme, mais je ne suis pas dupe, je les ai entendu parler de leurs histoires sur le balcon, j’ai perçu les regards de jalousie, d’envie, les hésitations… Homme ou femme, même combat.
    Vingt-quatre ans et je me sens comme un nourrisson.
    La soirée se termine. Elle part ou je pars, je ne sais plus qui part. Je ne la reverrai pas.

  • Not here to be loved

    Not here to be loved

    Je préfère, oui, c’est plus sympa, mais si vous n’aimez pas ce que j’ai à dire, si vous n’aimez pas qui je suis, ce n’est pas très important, parce que je ne vous dois rien.

    On pourrait croire, comme ça, que les choses sont différentes, mais la vérité toute crue c’est que c’est ma vie que je dois vivre et pas la vôtre et que si nos chemins se croisent c’est un heureux accident duquel ne dérive pas d’autre obligation qu’une certaine courtoisie à votre égard (parce que sans courtoisie nous ne sommes que des barbares).

    Si nous nous découvrons des atomes crochus, nous déciderons peut-être de nous revoir, d’échanger quelques moments, quelques idées, nous nous apprécierons peut-être. Pour un temps ou pour longtemps.

    C’est la même chose de votre côté. Ne cherchez pas à me préserver pour que je vous aime ou parce que vous ne voulez pas me froisser. Je ferai la part des choses. Peut-être qu’il me faudra un peu de temps, mais j’ai appris, récemment, cette formule: « oui et c’est ok », quand j’ai un point de vue différent de quelqu’un d’autre, comme l’autre jour sur Facebook.

    Oui et c’est ok

    Parce que votre sensibilité et vos préoccupations et votre vision du monde vaut autant que la mienne et parfois nous n’aurons pas la même. Il est des choses auxquelles je crois (comme la prévalence du professionnalisme sur l’amateurisme, comme la prévalence du juste temps sur l’urgence, comme l’importance du plaisir dans l’effort et de l’effort dans le plaisir…) auxquelles vous ne croyez peut-être pas. Peut-être qu’il est important pour vous de courir d’urgence en urgence. Oui, et c’est ok.

    Depuis que j’ai décidé de ne plus m’émousser pour être aimé, je dis les choses à voix plus haute et les gens qui, avant, étaient bien contents de m’entendre chuchoter, élèvent à leur tour la voix et quelque chose en moi a envie de se terrer et de se taire, de ravaler ses paroles et d’aller se cacher. Alors à la place, je réponds « Oui, et c’est ok ».

    Différentes vies, différents points de vue. Le mien est meilleur que le vôtre. Le vôtre est meilleur que le mien. Parce que chacun s’inscrit dans un écosystème différent, répond à des besoins différents. Les miens, les vôtres. Vous n’avez pas été mis sur Terre pour répondre à mes besoins et réciproquement.

    Avant quand quelqu’un exprimait un mécontentement à côté de moi, je pensais par défaut que c’était de ma faute. Je me disais « il faut que je répare ». C’est aussi pour ça que je n’ai pas réussi à rester dans une relation saine pendant des années, dès que j’en avais une j’avais la bougeotte, il fallait que j’en sorte, que je trouve quelqu’un à réparer ou quelqu’un qui me confirme que je ne méritais pas d’être là.

    Alors c’est pas terrible mais j’ai travaillé depuis, là-dessus, et maintenant c’est l’inverse, dès que je tombe dans une relation malsaine, il faut que je parte. « C’est pas toi c’est moi », et hop c’est fini. C’est bien mieux comme ça. Je ne me pose plus en sauveteur. Ça veut aussi dire que j’accepte d’avoir besoin d’aide. J’accepte de laisser les autres m’aider quand j’en ai besoin. Un peu, et pas n’importe qui, mais c’est un début.

    J’écris tout ça ici parce que peut-être avec un peu de chance que ça résonnera avec quelqu’un. Peut-être que ça fera tilt chez vous et que vous réaliserez que vous avez le droit d’exister, que vous avez le droit d’être vous radicalement et de vous exprimer et quand ça provoque une réaction antagoniste, vous avez le droit de dire « Oui, et c’est cool ». Parce que ça coupe court à toute descente en vrille de la conversation. Ils vont répondre quoi en face ? Répéter qu’ils ont un autre point de vue ? Non, ils vont aller chercher quelqu’un d’autre à provoquer.

    Quelle est la prochaine étape ?

    Il se passe quoi une fois que l’on a décidé de s’accepter radicalement ? De ne plus se laisser emmerder par les névroses des autres ? Quand on a décidé de se regarder et de dire: « tu sais quoi ? J’ai plus de 35 ans, j’ai vécu une vie imparfaite, et je suis quand même là où j’ai envie d’être, et même s’il me reste des blessures à guérir, je suis quand même un adulte », il ne reste plus qu’à être.

    J’ai retenu mes larmes chez mes thérapeutes l’autre jour: « Je croyais avoir réglé tout ça, je croyais avoir avancé ». Je n’en pouvais plus. Qu’est-ce que je foutais encore là, encore à ce point de vulnérabilité où, putain, j’en pouvais plus de vivre ?

    « Wow, wow, wow », m’a arrêté M. « Vous avez réglé des choses. Vous avez avancé, mais c’est comme une spirale. Vous avancez et vous faites un virage qui vous ramène à vous, à un niveau plus profond ». Alors ouais, c’est parti. Ça faisait un an que c’était calme et il est temps de redescendre à la mine, d’aller colmater quelques brèches. Et tu sais quoi ? C’est ok.

  • Randomness #217

    Your failures are so sexy

  • Accueillir la peur, aussi

    Accueillir la peur, aussi

    J’ai peur quand même, un peu. Surtout en début d’aprem. C’est peut-être une histoire de nutrition ou de rythme circadien.

    Je m’efforce de me rappeler que c’est ok d’avoir peur. C’est le coût et le contrecoup de l’incertitude, la peur est une compagne de la vie créative. Parce que créer c’est chercher comment se surprendre, se réinventer, trouver les interstices inexplorés de son propre imaginaire.

    C’est, en clair, privilégier toujours l’inconnu plutôt que le familier.

    Nous sommes programmés pour nous méfier de l’inconnu, pour le craindre. Simple question de survie: dans les broussailles de la jungle se cachent les prédateurs, or la vie ne veut qu’une chose, vivre. CQFD.

    La théorie veut que les artistes (au sens très large du terme) soient les descendants des chasseurs préhistoriques. Les chasseurs allaient délibérément face au danger pour nourrir la tribu, sans doute pas par altruisme, sans doute plutôt par goût de l’adrénaline et du challenge.

    Je la pose là comme ça, cette théorie, parce qu’elle est chargée d’histoires potentielles.

    Il reste que le début d’après-midi est plus difficile. Et le soir aussi, quand j’arrive au bout de ma réserve d’énergie de la journée et que je vois tout ce qu’il me reste à faire pour arriver à destination

    Destination: un horizon sans cesse repoussé d’accomplissement personnel. Mon plan de vie a comme échéance mon dernier souffle.

    De quoi as-tu peur ?

    De tout. De ne pas y arriver. De ne pas supporter la longueur du chemin. De baisser les bras avant l’heure. De me résigner. De succomber à l’attrait de la vie confortable. De préférer le brillant à la frugalité, l’urgent à l’important.

    Mais c’est passager. Après, mon corps se recharge et mon cerveau se remplit de bonnes substances et il redémarre. Finis les doutes, finie la peur.

    Je ne l’écris ici que parce que c’est quelque chose dont on ne parle pas. Ou quand j’en parle, comme quand je parle de ma mélancolie ou de ma tristesse, il y a toujours quelqu’un pour vouloir m’en guérir, comme si c’étaient de mauvaises émotions.

    Elles ne sont pas mauvaises. Elles apportent de la richesse et de la diversité et de la nuance à ma vie. Elles éclairent mon écriture et mes relations, les enrichissent. La peur me permet de rester alerte. La peur de la résignation me rappelle que c’est important pour moi de ne pas me résigner.

    Parfois c’est difficile parce que la vie continue avec le poids de l’angoisse. Mais, hey ! La vie continue et c’est miraculeux.

    La peur, la joie, la tristesse, la colère nous livrent de précieux indices sur nos valeurs et nos besoins. C’est aussi ça, vivre, le mouvement perpétuel et la redéfinition du monde autour de soi et de soi dans le monde, une forme d’évolution neutre pour le monde, chargée de sens pour nous.

    Les émotions sont nos guides à l’intérieur de cette évolution. Elles nous disent ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas, ce qu’il faut laisser filer et ce contre quoi il convient de s’exprimer. Pour son propre alignement interne.

    Quand j’écris « j’ai peur quand même », j’exprime le fait que même si je comprends l’utilité de cette peur, sa présence réveille en moi un besoin de réassurance, comme dans mon rêve de la nuit dernière, où Marie m’enveloppait de ses bras et de baisers posés sur mon crâne.

    Alors c’est important, oui, de reconnaître le rôle de ses émotions et de ne pas les chasser. Et c’est tout aussi important d’écouter ce qu’elles nous font et de répondre aux besoins qu’elles font surgir.

    Besoin d’isolement, besoin de partage, besoin d’élever la voix, besoin d’enveloppement.

    Le message ne va pas sans l’émotion, qui ne va pas sans son exigence d’accueil. Comment pourrais-je entendre le message de l’émotion si je ne la laisse pas vivre en moi ?

    J’ai peur un peu, quand même, de ne pas y arriver, parce que c’est important pour moi de faire plus que ce dont je me crois capable. Et là, tout de suite, j’ai aussi besoin de courage.

  • Tempête

    Une tempête se prépare. Tous les marqueurs sont au rouge. Nous alertons la population: laissez tout, quittez vos maisons, réfugiez-vous dans les abris et les caves. Je frappe à la dernière porte de mon secteur. J’escorte une vieille femme jusqu’à son sous-sol. « Avez-vous tout ce qu’il vous faut ? »
    Elle s’installe dans un fauteuil en souriant.
    – Oh, ne vous en faites pas pour moi, c’est ma centième tempête. Je suis rodée.
    L’abri est meublé avec goût. Il est chaleureux, confortable. Des livres occupent les murs, des tapis recouvrent le sol. Il contraste avec l’appartement spartiate.
    – Quand tout peut vous être arraché en une nuit, vous apprenez à vous contenter de peu, m’explique-t-elle.
    – Vous descendez souvent ici ?
    – Seulement en cas d’alerte.
    – L’abri est plus confortable que votre appartement.
    – C’est trop étroit. Vous verrez, je serai la première dehors à la fin de l’alerte. Je danserai dans les flaques et je frissonnerai dans le vent frais avec le sourire. Mais allez vite vous mettre à l’abri vous aussi !

    De retour dans la rue, je m’accoude au toit de ma jeep de fonction. Le vent tiède balaye déjà les rues et emmêle mes cheveux. Le ciel se replie sur lui-même en de gigantesques poings d’un noir profond. En tendant l’oreille, on peut percevoir le grondement de la tempête qui se prépare à dévaster la ville.
    C’est la grande purge de la nature.
    Elle a commencé avant ma naissance. J’ai entendu les histoires du monde d’avant, quand les hommes dominaient le monde. J’ai du mal à croire à ces légendes. Aujourd’hui, nous sommes les jouets de la Nature, de simples pantins qu’elle démembre sur un caprice.
    Nous sommes en guerre et nous sommes les assiégés.
    Tout le monde ne parle que de la destruction et la terreur. Tout le monde vit dans l’effroi mais moi je n’arrive pas à voir autre chose que de la Beauté. Pas dans la mort mais dans les couleurs que prend le ciel, dans la caresse du vent sur ma peau, dans l’effondrement des nuages. Et les parfums. L’humidité, l’ozone, la terre mouillée qui exsude ses arômes les plus secrets.
    Le vent secoue les arbres comme de simples gerbes de blés. Je souris et monte dans la voiture. Les éoliennes embarquées rechargent la batterie à l’infini. Maintenant que tout le monde est à l’abri, je vais avoir besoin de toute l’énergie possible. Pendant que tout le monde attendra, réfugié sous terre, que la nature cesse sa purge, je serai dehors à embrasser les éléments. La tempête que tous redoutent et fuient, je l’attends et cours à sa rencontre.

  • (in)disponibilité affective

    (in)disponibilité affective

    Il y a des périodes comme ça, où l’attention est concentrée, happée, par des tas de choses plus ou moins idiotes. Du boulot, des bêtises administratives, les vacances scolaires, le travail personnel qui reprend, la fatigue, le pollen et ses allergies, la pâte à crêpes qui attend d’être utilisée, les rendez-vous, les coupures inattendues à la racine du pouce, et puis la famille qui débarque avec qui il faut définir de nouvelles frontières. Toute ressemblance avec des personnes et événements réels serait le fruit des coïncidences et du hasard. La jauge de disponibilité affective directement affectée. Ça fuit. Sérieusement, il n’y a plus rien dans le réservoir. C’est vide. Même pas de quoi apprécier une ptite vite entre deux portes. Juste vide.

    Alors il y a les amis qui sont là, quelque part, qui passent ou ne passent pas, écrivent ou n’écrivent pas, et la petite voix dans la tête qui dit: « tu dois t’occuper d’entretenir tes relations, tu dois envoyer des messages pour dire ‘je pense à toi’ ». Et l’autre voix qui dit: « Non! Ne fais pas ça! Ils vont prendre ça pour une invitation à plus, à des cafés et des moments de partage et des coups bus en terrasse et … non, ne fais pas ça! »

    C’est pas joli joli le discours de l’indisponibilité affective, mais il faut bien l’admettre, il traîne dans le coin régulièrement.

    Ce n’est pas un vrai problème, mais c’est toujours sympa d’avoir des mots à mettre sur les ressentis et les expériences. La prochaine fois que je me sentirai déphasé par rapport aux autres, je pourrai regarder à l’intérieur et me demander où j’en suis, niveau disponibilité affective. Est-ce que j’ai de la place pour recevoir de l’amour et en donner ? Est-ce que je suis agité dès qu’il faut que je me pose pour échanger un moment de vulnérabilité et d’intimité (hey, je ne parle pas de sexe pour une fois!) ? Est-ce que je n’attends qu’une chose, c’est que la journée se calme pour pouvoir m’attaquer à des tâches ou simplement récupérer devant un morceau de Netflix ou un bouquin ou … « ce que je veux en fait et ça ne regarde personne! » ?

    Bon, ben la prochaine fois, plutôt que de faire le mort ou d’être awkward dans une interaction sociale, je pourrai dire : « excuse-moi mais là ma dispo affective est à zéro ». Et ça passera. Elle reviendra.

    Et j’ai un pouvoir là-dessus, je peux faire l’effort de me rendre disponible. Je peux mettre en place des stratégies pour compartimenter les morceaux de ma vie, et dire « Ok, le temps de cette interaction, j’oublie touuuuuuuuuuuus les trucs qui me demandent de l’énergie en ce moment, et j’y reviens après » mais si je suis honnête, ça me gave. Parce que dans ces moments-là, tout ce que je veux c’est FAIRE ces trucs qui me demandent de l’énergie. Parce que ce sont les trucs les PLUS IMPORTANTS DU MONDE à ce moment-là (pas de façon absolue, mais là, tout de suite, oui, et quand je dis « du monde », c’est toujours « de mon monde »).

    Mais après, forcément, tout de suite, la partie qui pense à long terme en moi, le général qui étudie les situations et établit des stratégies, se lance dans de longues diatribes : « Sire! » (oui, dans ma tête, les différentes voix m’appellent « Sire », deal with it) « Sire! Si nous ne donnons pas de temps aujourd’hui à cette personne, le lien qui l’unit à nous va se distendre et nous risquons de la perdre! Il est de mon devoir de vous avertir que vous devez veiller à la continuité du lien… Sire »

    Alors comme ça, ça sonne sociopathe mais en vrai, ce sont des tas d’émotions qui sont agitées à ce moment-là. La peur de l’abandon et de la solitude (ON MEURT TOUS SEULS!). Bon, il y a aussi une part qui calcule le coût énergétique et affectif que cela représente de créer du nouveau lien vs d’entretenir le lien existant, mais l’un n’est pas exclusif de l’autre, on peut être émotionnel ET rationnel. Je sais que vous comprenez.

    Bref, le général fait chier.

    Ma conscience de ma mortalité m’oblige à lui faire une place importante dans mon équipe. Si je ne suis pas stratège, si je ne vis qu’au fil de mes envies du jour, vu qu’elles dépendent autant du climat que des sursauts de ma curiosité, je vais finir sans avoir rien réalisé.

    L’équilibre, cependant, est important. Parce que la voix qui s’exprime au quotidien est celle de l’intuition, celle de la plus petite prochaine action, celle qui garantit l’exécution des plans du général. Il faut faire, pas seulement planifier, parce qu’à planifier sans jamais agir, on finit par se perdre dans le rêve. « Un jour, dit-on, un jour ».

    Comme dans un conseil, j’écoute. Le général, l’intuition, le bouffon, le trésorier, l’intendant, le maître du temple, le responsable de la luxure (« Pour le public, c’est le « maître de cérémonies » »), le censeur, bref tout le monde. C’est la cacophonie. Ce que d’autres voient comme des tâches colorées sur une IRM est dans mon crâne comme une assemblée bruyante sous un dôme à l’acoustique étourdissante.

    Une fois qu’ils se sont tous exprimés, je prends la décision que j’espère la plus éclairée possible.

    Et quand ma jauge de disponibilité affective est basse, en général, le Général peut aller se rhabiller.